Le
présent rapport de recherche a été préparé à la demande du Comité d’examen
de la Loi sur les transports au
Canada. Il renferme les constatations et les opinions du(des)
auteur(s), mais ne reflète pas nécessairement les opinions du Comité
d’examen ou de ses membres.
Étude réalisée pour l’Examen de la Loi sur les transports au Canada
L’impact des affaires électroniques sur les
transports au Canada
Rapport préparé par Garland Chow Juillet 2001
L’impact des affaires électroniques sur les transports
au Canada
Professeur Garland
Chow
Centre for Transportation Studies &
The Faculty of Commerce
The University of British Columbia
Préparé pour le Comité
d’examen de la Loi sur les transports au
Canada
Juillet 2001
I. INTRODUCTION
1. Importance des affaires électroniques
pour les transports au Canada
Internet engendre une révolution de la façon dont les entreprises font
des affaires. Il a changé la façon dont les organisations fonctionnent et font
des affaires en autorisant la restructuration des processus
d’approvisionnement, de production et de logistique. Il a accru la capacité des
entreprises de collaborer au sein de la chaîne d’approvisionnement et d’adopter
de nouvelles pratiques d’achat et de vente ou de s’y adapter. Il en est découlé
une baisse des coûts d’opération et une amélioration de l’efficacité, une
évolution des relations avec les fournisseurs et clients, et un changement de
la structure de l’industrie. Internet a une incidence importante sur les
transports au Canada, car ce secteur est à la fois un utilisateur d’Internet et
un fournisseur auprès d’entreprises qui utilisent le Web. Le commerce
électronique offre aux entreprises de transport des possibilités d’utiliser la
technologie pour améliorer le service, accroître la productivité et réduire les
coûts. Les affaires électroniques soulèvent un défi car elles créent de
nouvelles exigences et capacités de la chaîne d’approvisionnement qui influent
sur la demande des services de transport et, dans de nombreux cas, génèrent de
nouvelles exigences à satisfaire. Il s’agit d’une source de défis autant que de
possibilités, car Internet réinvente le marché par la création de bourses de
fret et la commercialisation en ligne des services.
Les transports canadiens seront confrontés à des enjeux importants dans
un proche avenir. Quels types de stratégies d’affaires électroniques doivent
être adoptés et à quel rythme? L’adoption du commerce électronique est-elle une
nécessité pour les entreprises qui veulent être compétitives sur le marché
mondial et nord‑américain des transports? Quel est le rôle des bourses
électroniques dans les transports? Quelle est l’ampleur du changement requis de
la part des entreprises de transport pour qu’elles s’adaptent aux besoins de
transport des clients à l’ère d’Internet? Ces enjeux sont importants à tous les
échelons des pouvoirs publics également. Comment les changements du marché
influeront-ils sur la structure concurrentielle de l’industrie du transport et
particulièrement la capacité de transporteurs basés au Canada de faire
concurrence aux transporteurs américains? Quelle sera l’incidence des affaires
électroniques sur les tendances de la demande de transport et quelle sera leur
incidence sur l’utilisation et le besoin d’infrastructures de transport?
Va-t-on assister à des transferts de mode importants? Quelle est l’incidence
des gains d’efficacité générés par Internet sur la demande d’infrastructures de
transport? Quelles en seront les répercussions sur la congestion,
l’environnement, la sécurité et la consommation d’énergie[1]?
2. Objectifs, portée et
méthodologie de l’étude
Le présent rapport a été préparé pour le Comité d’examen de la Loi sur les transports au Canada (CELTC)
avec le mandat suivant :
$ Évaluer
la place des affaires électroniques dans les transports au Canada.
$ Étudier
les orientations précises que peuvent adopter les entreprises canadiennes de
transport dans le domaine des affaires électroniques.
$ Préciser
la façon dont le commerce électronique peut influer sur la compétitivité du
transport canadien.
$ Préciser
les répercussions sur la politique gouvernementale.
Un cadre d’analyse de ces questions est décrit à la figure 1[2].
Les affaires électroniques peuvent influer sur la demande de transport
en :
$ « dématérialisant »
les produits matériels, réduisant ou transformant ainsi la demande de
transport;
$ changeant
les pratiques de gestion de la chaîne d’approvisionnement qui influent sur la
forme et le contenu des achats des expéditeurs auprès des fournisseurs de
services de transport;

$créant de nouveaux modèles de
distribution et besoins de transport par voie de ventes en ligne.
Les affaires électroniques peuvent influer sur l’offre de services de
transport en permettant aux entreprises de transport d’améliorer leurs propres
processus opérationnels internes, la gestion des relations avec la clientèle,
les achats et la coordination de la chaîne d’approvisionnement. Internet permet
la croissance de bourses commerciales ou de cybermarchés, qui fournissent un
nouveau support aux expéditeurs et aux transporteurs pour l’achat ou la vente
de services de transport. Tous ces changements du volet offre, du volet demande
et de la nature des interactions commerciales ont des répercussions sur la
structure commerciale de l’industrie des transports et par conséquent, des
répercussions sur les volets sociaux, environnementaux et économiques, et sur
la sécurité de la société.
La présente étude est axée sur le secteur fret de marchandises de
l’industrie du transport. L’utilisation des affaires électroniques par les
secteurs du transport ferroviaire, du transport routier et du transport
maritime/port des transports canadiens y font l’objet d’un examen spécial. Le
rapport est basé sur la recherche et l’examen à grande échelle de la
documentation des universités et de l’industrie ainsi que sur la collecte
d’information primaire auprès des représentants de l’industrie. Les auteurs du
rapport ont mis à profit des études connexes parrainées par le CELTC ou
Transports Canada, ou réalisées par le personnel du CELTC. Ces études et leurs
liens avec le présent rapport sont résumés à l’annexe B.
3. Environnement et
concepts des affaires électroniques
Le terme affaires électroniques désigne toutes les opérations
commerciales effectuées, facilitées ou autorisées par l’échange électronique
d’informations, que ce soit par Internet (Web), par l’échange de données
informatisées (EDI), les intranets, les télécommunications spécialisées ou le
courriel. Au nombre des opérations, il y a celles d’achat ou de vente, le
service à la clientèle, la collaboration avec des partenaires commerciaux ou
les opérations administratives au sein d’une entreprise. Les opérations peuvent
intervenir au sein d’une entreprise et toucher la chaîne d’approvisionnement
interne ou se faire entre plusieurs entreprises et toucher la chaîne d’approvisionnement
externe. Les opérations électroniques qui entraînent un changement dans la
propriété d’un produit ou d’un service (celles d’achat ou de vente) sont
désignées sous le nom officiel de commerce électronique.
Les affaires électroniques sont souvent qualifiées d’affaires
d’entreprise à entreprise (B2B), d’entreprise à consommateur (B2C),
d’entreprise à gouvernement (B2G) et de consommateur à consommateur (C2C). La
croissance et l’ampleur potentielles des affaires électroniques sont étourdissantes.
AMR Research estime que l’activité électronique B2B représentera
5,7 billions de dollars en 2004, soit environ 29 % de toutes les
opérations commerciales. AMR déclare que les entreprises chefs de file
réaliseront plus de 80 % de leurs activités par l’intermédiaire du Web. À
l’image du marché B2B, le segment B2C connaît une croissance rapide. Forrester
Research estime que les dépenses de consommateurs en ligne se chiffreront à
2 billions de dollars, soit le huitième de toutes les dépenses effectuées
sur le marché de détail d’ici l’année 2003. Forrester Research prévoit
également que le nombre de foyers qui effectuent des achats en ligne augmentera
de 17 millions à l’heure actuelle à 49 millions d’ici 2004. Selon la
Table ronde sur les possibilités des affaires électroniques canadiennes, la
valeur des affaires électroniques au Canada était d’environ 11 milliards
de dollars en 1999. D’ici 2003, on prévoit que la valeur du commerce
électronique canadien atteindra environ 94 milliards de dollars.
Statistique Canada constatait en 1999 que 52,8 % des entreprises du
secteur privé utilisaient Internet. Ces entreprises réalisaient 75,4 % des
activités économiques du secteur privé. Seulement 37,1 % d’entre elles
n’avaient aucun plan d’utilisation d’Internet. On trouvera au tableau 1
l’activité de ventes et d’achats par Internet des secteurs canadiens du
transport, de la fabrication et des ventes au détail. Un indice de l’importance
du commerce électronique dans le milieu des transports au Canada est tiré de
l’enquête auprès des expéditeurs réalisée par le personnel du CELTC[3].
Les statistiques du tableau 2 indiquent l’ampleur de l’utilisation de l’EDI ou
d’Internet par les expéditeurs canadiens avec les fournisseurs de services de
transport. Le pourcentage de répondants qui utilisent Internet est nettement
plus élevé (57 %) que le pourcentage de ceux qui utilisent l’EDI
(36 %). De plus, 22 % prévoient utiliser Internet pour leurs
opérations avec leurs fournisseurs de services de transport, alors que
seulement 16 % prévoient exploiter l’EDI pour ce faire. Cela reflète
l’accessibilité et la popularité supérieures d’Internet auprès des expéditeurs.
|
Tableau 1 – Utilisation d’Internet dans le secteur privé canadien
(1999) |
|||
|
Caractéristiques
de l’utilisation d’Internet |
Secteur
industriel |
||
|
|
Transports et entre-posage |
Fabrica-tion |
Commerce de détail |
|
Pourcentage d’entreprises qui utilisent
Internet pour vendre des produits ou services |
10,1 |
14,9 |
10,9 |
|
Pourcentage d’activités économiques
imputables aux entreprises qui utilisent Internet pour vendre |
21,2 |
16,3 |
21,9 |
|
Pourcentage d’entreprises qui utilisent
Internet et l’utilisent pour vendre des produits ou services |
23 |
23,3 |
27 |
|
Ventes par Internet avec ou sans paiement en
ligne (millions) |
164,3 $ |
900 $ |
610,6 $ |
|
Ventes d’Internet en pourcentage des recettes
d’exploitation totales |
0,3 |
0,2 |
0,3 |
|
Pourcentage d’entreprises qui utilisent
Internet pour acheter des produits ou services |
10,7 |
18,9 |
10,8 |
|
Pourcentage d’activités économiques
imputables aux entreprises qui utilisent Internet pour acheter |
27,8 |
31,8 |
15,7 |
|
Pourcentage d’entreprises qui utilisent
Internet et l’utilisent pour acheter des produits ou services |
24,4 |
29,7 |
26,7 |
Source : Bakker, 2000
Tableau 2 – Utilisation
de l’échange de données informatisées et d’Internet – 2000
|
||||
|
Utilisation de l’échange de données informatisées (EDI) |
Utilisation de l’EDI |
Plan d’utilisation de l’EDI |
NSP/S.O. |
Nombre total de réponses |
|
|
||||
|
Avec les fournisseurs de produits et de matériaux |
35 % |
21 % |
44 % |
110 |
|
Avec les fournisseurs de services de transport |
36 % |
16 % |
48 % |
107 |
|
Au sein de votre entreprise |
54 % |
8 % |
38 % |
115 |
|
Avec la clientèle d’affaires |
50 % |
13 % |
37 % |
120 |
|
Avec le consommateur final |
21 % |
14 % |
65 % |
100 |
|
Avec le gouvernement |
21 % |
9 % |
70 % |
99 |
|
|
|
|
|
|
|
Utilisation
d’Internet |
Utilisation d’Internet |
Plan d’utilisation d’Internet |
NSP/S.O. |
Nombre total de réponses |
|
|
||||
|
Avec les fournisseurs de produits et de matériaux |
60 % |
15 % |
25 % |
115 |
|
Avec les fournisseurs de services de transport |
57 % |
22 % |
22 % |
120 |
|
Au sein de votre entreprise |
72 % |
5 % |
22 % |
129 |
|
Avec la clientèle d’affaires |
59 % |
20 % |
21 % |
120 |
|
Avec le consommateur final |
42 % |
13 % |
44 % |
104 |
|
Avec le gouvernement |
37 % |
12 % |
52 % |
104 |
Source : Hinchcliff, 2001
II. Impact des affaires électroniques sur la
demande de transport
1. Gestion de la chaîne
d’approvisionnement
La chaîne d’approvisionnement désigne toutes les entreprises et les
processus qui entrent en jeu dans la production et la livraison d’un produit au
consommateur final. Les processus de la chaîne d’approvisionnement incluent
toutes les activités requises pour s’approvisionner en fournitures et matières
premières pour la production, en produits finis pour la revente et en pièces
pour le service après‑vente, comme l’illustre la figure 2. Les processus
de la chaîne d’approvisionnement incluent la fabrication et la production de
produits ou services et la livraison des marchandises à chaque membre de la
chaîne d’approvisionnement, ce qui inclut la logistique à la fois interne et
externe et la logistique inverse. La chaîne d’approvisionnement elle-même peut
être constituée d’une seule entreprise intégrée verticalement et de son client
final. Toutefois, rares sont les entreprises aussi complètes; la majorité
d’entre elles sont plutôt l’un des maillons d’une chaîne d’approvisionnement
plus vaste, un réseau de fournisseurs et leurs fournisseurs et clients, et
leurs clients. Cette structure de l’industrie axée sur le marché bénéficie des
coûts inférieurs et de la productivité de la spécialisation, différents membres
de la chaîne d’approvisionnement ajoutant successivement de la valeur. On
prévoit que la chaîne d’approvisionnement elle-même deviendra l’entité
commerciale, qui fonctionnera comme une famille d’entreprises dont chaque
membre contribue à une compétence de base précise. Ce type d’organisation ne
deviendra pas dominant du jour au lendemain, étant donné que le partage
d’informations commercialement sensibles est étranger à la culture de nombre
d’entreprises. Toutefois, des économies de coût réelles peuvent être réalisées
lorsqu’il y a collaboration entre les partenaires de la chaîne
d’approvisionnement, voire entre les concurrents, et le processus a déjà
commencé dans un certain nombre d’industries. Par exemple, un certain nombre
d’entre elles ont effectué des gains remarquables au moyen du processus de
planification, prévision et réapprovisionnement concertés (Collaborative
Planning Forecasting and Replenishment ou CPFR).
Figure 2. Gestion de
la chaîne d’approvisionnement
Plan
|
Livraison |
Approvision-nement |
Fabrication |
Livraison |
Source |
Fabrication |
Livraison |
Source |
Fabrication |
Livraison |
|
Fournisseur des fournisseurs |
Fournisseur (interne
ou externe) |
Votre entreprise |
Client (interne
ou externe) |
||||||
La gestion de la chaîne d’approvisionnement consiste à planifier, à
exécuter et à contrôler les méthodes qui entrent en jeu dans la livraison de
produits au consommateur final, au meilleur prix possible. L’information a
toujours été cruciale pour ces trois tâches de gestion. Des données comme les
prévisions de la demande et les futures conditions de coûts constituent le
fondement des décisions d’optimisation concernant la production – réseau de
distribution et acheminement des produits, et collaboration au sein de la
chaîne d’approvisionnement. Le flux d’information déclenche les opérations et
permet une coordination plus précise entre les différents protagonistes de la
chaîne durant l’exécution. L’information détaillée en temps réel permet un
contrôle étroit des processus, une souplesse habilitante et la capacité de
réagir à l’évolution des conditions du marché ou aux processus qui échappent au
contrôle. Aussi, la technologie de l’information a toujours eu une influence
importante sur l’efficacité et la rentabilité de la chaîne d’approvisionnement.
Le tableau indique les applications les plus importantes d’Internet pour les
activités de la chaîne d’approvisionnement.
Tableau 3
Application d’Internet aux processus
de la chaîne d’approvisionnement
|
Achats |
C Planification de la demande grâce à
Internet; disponibilité en temps réel/capacité d’engagement et exécution. C Autres liens avec les systèmes
d’achat, d’inventaire et de prévision avec les fournisseurs. C Demandes de paiement automatisées. C Achats directs et indirects par
l’intermédiaire des marchés, des bourses, des encans et des services
d’appariement entre les vendeurs et les acheteurs. |
|
Logistique interne |
C Programmation, expédition, gestion
des entrepôts, gestion de la demande et planification intégrées en temps réel
et planification et programmation avancées à l’échelle de l’entreprise et de
ses fournisseurs. C Diffusion à l’échelle de
l’entreprise de données en temps réel sur les inventaires sortants et en
cours. |
|
Opérations (production) |
C Échange d’information, programmation
et décision intégrées aux usines, aux assembleurs en sous‑traitance et
aux fournisseurs de composants. C Information en temps réel sur la
disponibilité et la capacité pour les effectifs et réseaux de vente. |
|
Logistique externe |
C Traitement en temps réel des
commandes, qu’elles soient déclenchées par un consommateur final, un préposé
aux ventes ou un partenaire du réseau. C Accords et modalités contractuelles
automatisés spécifiques au client. C Accès du client et du réseau à
l’avancement de la fabrication et de la livraison du produit. C Intégration concertée avec les
systèmes de prévision du client. C Gestion de réseau intégrée, ce qui
inclut l’échange d’information, les demandes de garantie et la gestion des
contrats (« versioning », contrôle des processus). |
Source : Adapté de Porter, 2001
Le transport est l’un des processus les plus importants et les plus
cruciaux de la chaîne d’approvisionnement. Les coûts du transport représentent
environ 60 % du coût total de la logistique et dans de nombreux contextes
d’approvisionnement, le transport constitue la composante la plus importante du
cycle de commande, influant sur la rapidité et la fiabilité de ce cycle et sur
la qualité de l’expérience du client. Le secteur des transports est à lui seul
une industrie, composée de multiples modes et de milliers d’entreprises
individuelles qui luttent pour le marché des expéditions. Les services et
capacités que l’industrie des transports doit fournir et les moyens selon
lesquels les entreprises de transport commercialisent et produisent leurs
services sont profondément influencés par les affaires électroniques. Les
affaires électroniques influent sur la demande de transport de diverses façons.
·
La
technologie électronique et, plus précisément, la technologie des affaires
électroniques, a permis aux gestionnaires de la logistique et de la chaîne
d’approvisionnement d’intégrer leurs activités et de collaborer au sein des
entreprises et entre celles-ci. L’intégration et la collaboration sont
compatibles avec des stratégies de gestion comme l’impartition et la
participation à des alliances et des partenariats. Il en découle pour les
fournisseurs de services de transport l’exigence d’être en mesure de jouer un
rôle de partenaires, en échangeant et en gérant l’information. L’amélioration
de l’information et le renforcement de l’intégration appuient l’utilisation de
systèmes d’approvisionnement sur demande qui imposent de nouvelles exigences
aux entreprises de transport en matière de diversification des types de
services, de technologies et d’autres capacités, et d’amélioration de la
qualité de ces facteurs.
·
Le
commerce électronique a été adopté dans la fonction d’acquisition avec pour
résultat à la fois des possibilités et la nécessité pour les transporteurs de
se relier électroniquement aux clients.
·
La
technologie des affaires électroniques a permis la création d’entreprises en
ligne et celles‑ci utilisent des réseaux et stratégies de distribution
différents. Les changements de la demande de transport et des capacités des
transporteurs découlent de ces nouvelles entreprises en ligne, et provoquent
des changements de modes. Les nouvelles entreprises ont des besoins de
logistique différents et donc des besoins de transport différents. La
désintermédiation des intermédiaires de la chaîne d’approvisionnement pourrait
provoquer une modification des modes de distribution.
·
Les
affaires électroniques peuvent remplacer les mouvements matériels par la
numérisation, qu’on appelle également dématérialisation ou matérialisation
électronique. Elle consiste en un remplacement des biens tangibles par des
biens virtuels, ou numérisation. Il peut en résulter une réduction des besoins
de mouvements physiques.
2. Intégration de la chaîne
d’approvisionnement
Aperçu
La technologie électronique et plus précisément la technologie des
affaires électroniques a permis aux gestionnaires de la logistique et de la
chaîne d’approvisionnement d’assurer l’intégration et la collaboration au sein
des entreprises et entre celles-ci. L’intégration et la collaboration
concordent avec la tendance à l’impartition et la constitution de partenariats
et d’alliances. Les entreprises ont toujours recherché cette intégration pour
réduire la durée du cycle, les stocks et les autres coûts de la chaîne
d’approvisionnement, particulièrement dans les industries où le risque de
désuétude des stocks ou la valeur de ceux-ci sont élevés. Internet est un
médium incroyable qui permet la réalisation des activités de la chaîne
d’approvisionnement de manière vraiment synchronisée.
À l’échelon interne, Internet permet des gains d’efficacité par voie de
création d’intranets qui assurent que tous les employés ont accès à la même
information, ce qui facilite la collaboration au sein des entreprises, entre
les emplacements et entre les divisions, et grâce à la technologie
d’information de gestion qui permet le partage de l’information entre les
applications et les différents systèmes existants. Cette dernière technologie
inclut FTP et XML, qui ont ensemble la capacité d’accepter automatiquement les
données en format XML et de produire des données dans ce format.
Internet permet des gains d’efficacité externes en appuyant les
alliances au moyen de liaisons point à point qui permettent aux systèmes
d’information d’interagir sans intervention humaine pour les tâches de routine,
permettant l’intégration de partenaires multiples en fournissant des données
exactes à tous les membres de la chaîne d’approvisionnement simultanément. Il
en découle la possibilité d’une optimisation de la chaîne d’approvisionnement,
réduisant l’effet « boule de neige », des pointes dans les commandes,
et les pénuries et excédents de stocks causés par des retards d’acheminement de
l’information.
Habilitation de systèmes d’approvisionnement sur demande
La réussite de l’intégration permet de transformer la chaîne
d’approvisionnement pour passer de l’approvisionnement automatique à
l’approvisionnement sur demande. Le modèle traditionnel de la chaîne
d’approvisionnement automatique visait à prévoir la demande, à produire pour
constituer des stocks et à entreposer les produits à proximité du consommateur
afin de satisfaire la demande. Il en découlait des réductions du coût de
production et de transport, mais une augmentation des coûts de détention de
stocks importants. Les systèmes d’approvisionnement sur demande, comme
l’assemblage ou la fabrication sur commande, provoquent un report de la
production du produit ou de la détention d’inventaires le plus loin possible en
amont de la chaîne d’approvisionnement. Les systèmes d’approvisionnement sur
demande sont plus réceptifs à la demande réelle des clients et se traduisent
par des mouvements de plus faibles quantités et plus fréquents. La réponse
rapide dans le commerce de détail, l’efficacité continuellement renouvelée dans
l’épicerie, les inventaires à stock zéro dans les soins de santé, la fabrication
juste à temps constituent des exemples de stratégies d’approvisionnement à la
demande. La centralisation des stocks à un nombre réduit d’emplacements
constitue une autre façon de reporter. Pour que ces systèmes fonctionnent, de
l’information comme l’état de l’approvisionnement, de la demande et des
expéditions doit être échangée entre tous les intervenants de la chaîne
d’approvisionnement. Du fait de la visibilité des stocks détenus ou en
mouvement, les divers participants à la chaîne d’approvisionnement peuvent
planifier et synchroniser leurs processus avec les signaux de la demande.
Les progrès dans l’industrie informatique constituent la meilleure
illustration de l’abandon d’un système d’approvisionnement automatique coûteux
pour constituer des stocks. Dell Computer Corporation donne l’exemple de
l’utilisation d’une stratégie de chaîne d’approvisionnement à la demande avec
son modèle « Dell Direct » et fait la preuve des capacités d’un
système de « fabrication sur commande » à accès Internet. Le modèle
Dell Direct est basé sur la reconfiguration de la chaîne d’approvisionnement,
l’intégration étroite des capacités de B2B et B2C, et de nouvelles stratégies
de relations avec la clientèle. Les clients peuvent choisir une configuration
personnalisée sur le site Web de Dell, arrêter les détails de l’achat et du
paiement en ligne, puis effectuer le suivi de l’acheminement de leur commande à
travers toutes les étapes, de la production jusqu’à la livraison. Les commandes
sont directement transmises du site Web au programme de production de Dell, les
pièces sont commandées auprès des fournisseurs seulement après réception de la
commande (et du paiement), les pièces sont assemblées immédiatement avant la
production et incorporées à des cellules, et le produit final est vérifié et
équipé de logiciels avant l’expédition. Les accessoires comme une imprimante ou
un lecteur optique sont entreposés par le fabricant. Les stratégies de
regroupement en cours de transit sont mises à profit pour assurer l’arrivée des
différents composants de la commande à l’emplacement du client au même moment[4].
Résultat, l’entreprise ne détient aucun stock, ce qui contribue à la baisse de
ses coûts. Tous les autres grands fabricants d’ordinateurs personnels
construisent pour stocker et vendent par l’intermédiaire de revendeurs qui
détiennent des stocks. Cette industrie est marquée par des coûts élevés de
désuétude des stocks, les composants devenant rapidement périmés d’un point de
vue technologique, et plus les stocks détenus dans la chaîne
d’approvisionnement sont élevés, plus les coûts de désuétude sont élevés.
Ce type de chaîne d’approvisionnement nécessite des systèmes de
transport qui soient rapides, fiables, souples et chargés d’information. Le
réseau de distribution de Dell au Canada commence dans sa principale usine de
Round Rock (Austin), au Texas (et plus récemment sa nouvelle usine d’assemblage
de Memphis, au Tennessee). Les fournisseurs sont tenus de préciser la
disponibilité juste à temps des composants et des autres matières premières.
Pour ce faire, nombre d’entre eux ont créé des points de regroupement des
fournisseurs où ils stockent leurs produits, qui sont ramassés et livrés à Dell
en moins de 24 heures. Essentiellement, les fabricants d’ordinateurs personnels
comme Dell ont transféré leurs stocks aux fournisseurs. La logistique interne
interurbaine est à peine modifiée, étant donné que l’expédition, en général par
envois interurbains en camion complet, se fait en vrac jusqu’à ces points de
concentration (par opposition à directement à l’usine du fabricant
d’ordinateurs). Toutefois, les transports locaux du point de concentration des
fournisseurs à l’usine selon le modèle juste à temps ont augmenté.
La logistique externe est radicalement modifiée. La chaîne d’approvisionnement
automatique traditionnelle produit des ordinateurs personnels en grandes
quantités qu’elle livre par camions entiers ou conteneurs à un centre de
distribution (quai à quai) au Canada pour redistribution immédiate à des
centres de détail où le produit est stocké, ou à un emplacement central (au
Canada cependant) pour distribution aux magasins de détail sur demande. Le
produit est acheminé aux détaillants par camions entiers, par expédition de
détail ou parfois par services de messagerie selon l’urgence et selon que le
produit est expédié pour stocker ou pour une commande existante. Les
consommateurs vont prendre possession de leurs achats sur place aux magasins.
Dans le cas des ordinateurs personnels distribués par les grands réseaux de
détail, le produit est plus susceptible d’être acheminé par camions entiers à
un centre de distribution local puis par livraison locale aux magasins,
regroupés avec d’autres produits. Même si la valeur du produit est élevée, les
pénalités pour retard de transport sont minimes, étant donné que les produits
sont transportés pour stocker, et non pour répondre à la demande immédiate.
Toutefois, la plupart des détaillants respectent des horaires précis et la
fiabilité est donc appréciée. Ces retards sont minimisés par la fréquence des
livraisons à chaque point de la chaîne d’approvisionnement.
Par opposition, la chaîne d’approvisionnement à la demande de Dell
expédie également des envois en camion complet (ECC) d’ordinateurs personnels
de ses usines américaines, mais le produit a déjà été vendu et la destination
finale est déjà connue. Tous les produits sont acheminés à un ou plusieurs
centres de redistribution situés à un emplacement central, qui transbordent les
ordinateurs personnels soit à un camion de livraison au détail (LD) soit à un
service de messagerie ou de distribution de colis pour livraison immédiate aux
clients. Ainsi, on constate une évolution, le recours à des ECC pour acheminer
le produit à un emplacement (point de détail) où le client peut aller le ramasser
étant remplacé par le recours à des camions LD et de livraison de colis pour la
livraison directe aux consommateurs. Les transporteurs qui assurent la
livraison finale doivent être en mesure de livrer à des résidences, d’effectuer
des livraisons internes (qui ne limitent pas au quai de déchargement) et
posséder un système de codage par code à barres et des systèmes de suivi des
expéditions en temps réel, qui puissent être reliés au site Web de Dell. Ces
capacités sont nécessaires pour offrir aux clients de Dell la possibilité de
vérifier l’avancement de leurs commandes avec exactitude et de diriger la
livraison. Même si la plupart des entreprises de messagerie ou de livraison de
colis possèdent de telles capacités, tous les expéditeurs de détail n’ont pas
ces qualités.
L’acheminement par ECC des usines américaines à des points de
distribution au Canada nécessite à la fois de la rapidité, de la souplesse et
de la visibilité. Comme nous l’avons souligné précédemment, les transporteurs
doivent être en mesure de fournir de l’information sur l’état de l’expédition
en temps réel (dans le cas des transporteurs par ECC, statut du véhicule), qui
soit accessible aux clients par l’intermédiaire du site de Dell. De plus, pour
ce segment de la chaîne d’approvisionnement, Dell a besoin de transporteurs ECC
avec des véhicules à chauffeur unique et chauffeur double (sièges indépendants)
ayant une capacité suffisante de livraison à destination du Canada. Dell prend
des engagements de livraison à l’égard du client, en ce qui a trait à la durée
totale du cycle de commande composé essentiellement du cycle de fabrication et
du cycle de livraison. Lorsque les PC sont produits selon un cycle de
fabrication court, Dell demande un camion à chauffeur unique, mais lorsque le
cycle de fabrication est long, Dell exige un camion avec deux chauffeurs, de
manière à réduire de 24 à 36 heures le délai d’acheminement des États‑Unis
au Canada.
La fiabilité est aujourd’hui plus importante sur le segment ECC du
transport, les produits étant acheminés à un point de transbordement pour être
redistribués en vue d’une livraison dans un délai du cycle de commande limité.
Dans de nombreux cas, il existe une fenêtre de temps pour la livraison au point
de redistribution, étant donné que les livraisons par camionnette et LD se font
selon un cycle de départ échelonné selon un cycle de 24 heures. Le besoin
de fiabilité et de visibilité des véhicules du transporteur ECC est accru, Dell
effectuant un nombre accru de regroupements en cours de transit, pour rassembler
des composants du système qui ne sont pas produits au même emplacement que les
cartes UC. La fiabilité dépend en partie de la capacité dont dispose le
transporteur sur des voies de circulation précises. Sans véhicules dans le
voisinage de l’usine texane de Dell, il serait difficile pour un transporteur
de répondre efficacement à la demande de services de transport de Dell. Cela ne
pénalise pas les transporteurs domiciliés au Canada, comme on aurait pu le
penser dans un premier temps. L’analyse par l’auteur des options de transport
par camions possibles pour acheminer les produits de Dell du Texas à des points
de déchargement au Canada a révélé que nombre de transporteurs ECC domiciliés
au Canada offraient des services, une rapidité et une souplesse comparables à
leurs homologues domiciliés aux États-Unis, mais que leurs taux étaient
inférieurs. Ces transporteurs canadiens assurent déjà l’expédition de volumes
importants au Texas ou au Mexique ou sur la côte Ouest depuis le Centre du
Canada (Ontario) en voyages aller et possèdent donc une capacité correspondante
de retour à charge en Ontario. Toutefois, la capacité de suivi des véhicules
était une exigence minimum d’accès à ces marchés.
Pour le meilleur ou pour le pire, des entreprises comme Dell suscitent
des attentes de la clientèle qui commencent à influer sur d’autres industries.
Les consommateurs sont également de plus en plus des utilisateurs d’Internet et
ils ont fini par exiger que soient fixées au minimum comme normes du commerce
de détail le traitement des commandes spéciales de produits un jour et une
livraison à domicile au cours de la semaine qui suit et dans des délais
raisonnables mais souvent dans des plages horaires précises. Il semble que ce
modèle soit celui qui est étudié ou mis en œuvre dans nombre de segments
d’achat du secteur B2C, depuis le vêtement jusqu’à l’automobile. Il en
résultera des exigences d’options de transport plus rapides, plus fiables et
riches en information de la part des autres industries.
Au fur et à mesure que les autres industries deviennent intégralement
axées sur la demande et configurables sur le Web, la demande de fournisseurs de
services de livraison plus rapides qui puissent combler les besoins exigeants
de la fabrication sur commande va croître. L’ensemble du processus de
fabrication sur commande et de livraison est accéléré par les techniques basées
sur Internet, du fait de la capacité des fournisseurs d’accéder aux commandes
des clients dès qu’elles sont passées, ce qui réduit les délais traditionnellement
importants de transmission de cette information le long de la chaîne
d’approvisionnement.
Les systèmes d’approvisionnement sur demande et de report créent
également des exigences relativement à la capacité des fournisseurs de
fonctionner en tant que partenaires, afin de produire, de partager et de gérer
l’information et de fournir un niveau supérieur de service, en termes de
rapidité et de fiabilité. Les systèmes d’approvisionnement sur demande ont pour
résultat inhérent de réduire les quantités de produits requises à chaque étape
de la chaîne d’approvisionnement; cela ne signifie pas pour autant des charges
de véhicule réduites. Les logisticiens recherchent la combinaison idéale de
regroupement et de dégroupement des chargements, par l’intermédiaire des
centres de transbordement et de distribution traditionnelle afin de minimiser
les coûts de transport et de maximiser l’utilisation des véhicules. Enfin, les
systèmes d’approvisionnement sur demande se traduisent par une diminution des
retours ou des expéditions entre établissements étant donné que le déplacement
des produits est basé sur la demande réelle plutôt que prévue.
3. Amélioration de la
planification et de l’exécution des processus par voie de collaboration
Le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement modernes est basé sur
l’information, ce qui inclut la situation des marchandises en transit. Compte
tenu de cette visibilité de l’inventaire en mouvement ou immobilisé, les divers
participants de la chaîne d’approvisionnement peuvent améliorer la
planification et la synchronisation de leurs processus. Pour ce faire, les
fournisseurs de services logistiques doivent avoir la capacité d’effectuer le
retracement et le suivi des expéditions dont ils sont responsables et rendre
cette information facilement accessible à l’échelon interne et aux clients ou
partenaires de la chaîne d’approvisionnement. Par exemple, Federal Express a
conçu un système d’information qui fournit des données en temps réel sur
l’acheminement des produits depuis le traitement des commandes jusqu’aux
mouvements en transit vers Georgia Pacific Paper, en passant par la manutention
dans les centres de distribution. Disposant ainsi de l’information requise, la
direction de l’entrepôt de Georgia Pacific (WMS) est en mesure de mieux
planifier les besoins de personnel et la programmation, en sachant quels sont
les produits acheminés au centre de distribution. La disponibilité
d’information à jour sur la demande permet une plus grande exactitude des
prévisions et une compréhension plus précise de la demande en amont. Il en
découle une réduction du nombre des commandes urgentes qui nécessitent des
livraisons rapides ou coûteuses par transport spécial et une augmentation des
possibilités de regroupement.
La visibilité de l’inventaire durant le transit améliore également
l’efficacité de la distribution et réduit les stocks. Par exemple, voyons le
cas de la demande d’un produit qui n’est pas en stock dans un entrepôt. Cet
entrepôt commande des stocks supplémentaires, même s’il existe un inventaire en
transit qui répondrait à la demande. Le fait d’être informé de cet inventaire
en transit et de la possibilité qu’il arrive un temps pour être utilisé permet
de réduire le stock de sécurité détenu à un emplacement précis, de réduire la
commande de stocks inutiles et de réduire l’expédition rapide de produits. Les
fabricants tirent des avantages opérationnels importants du partage de
l’information et de la prévision concertées. La connaissance des ventes réelles
et l’amélioration des prévisions des ventes réelles au public permettent aux
fabricants de réduire l’effet « boule de neige », d’étaler leur
production de produits finis et de planifier leurs besoins de transport avec
plus d’exactitude. Cela permet à l’expéditeur de déployer des stratégies d’étalement
qui produisent un flux de transport continu, en non marqué par des hausses
subites.
ECR et CPFR
Dans le secteur de détail, Wal-Mart a été le précurseur du recours à la
collaboration pour habiliter les stratégies d’approvisionnement sur demande.
Dès le début des années 1990, Wal‑Mart et certains de ses
fournisseurs avaient conçu un système de logistique de l’information pour
canaliser les données de point de vente (PV) réunies lors de chaque vente[5].
Avec des systèmes informatiques compatibles et la volonté de partager les
données avec les fournisseurs, l’information relative aux articles passés au
lecteur optique dans un magasin pouvait être transmise directement aux
fournisseurs – leurs propres centres de distribution ou fabricants. Les
fabricants pouvaient, à leur tour, ajuster leurs fournitures (ou chaînes de
production) selon la demande des consommateurs cumulée de chaque magasin. En
théorie, en mettant l’information relative aux ventes de tous les magasins de
détail à la disposition du détaillant et de ses fournisseurs simultanément, on
créait une boucle continue, au sein de laquelle l’information relative aux
ventes circulait dans un sens, générant un flux de produits similaires, juste à
temps pour combler la demande de détail. La notion de partage de l’information
sur les ventes avec les fournisseurs et de création d’un flux continu et
coordonné de produits fut introduite au reste de l’industrie alimentaire au
détail et institutionnalisée par une coalition d’associations professionnelles
(p. ex., Food Marketing Institute, Grocery Manufacturers of America) et
fabricants et fournisseurs de produits alimentaires (p. ex., Proctor and
Gamble) et un nombre limité de grandes chaînes (p. ex., Kroger) sous le nom
d’Efficacité continuellement renouvelée (ECR) en 1992. Le processus se souciait
peu du consommateur, mis à part le fait que son objectif consistait à effectuer
le suivi des achats des consommateurs au point de vente et de partager ces
données avec des fournisseurs, de manière à ce qu’ils puissent adapter la
livraison de leurs produits au volume de produits vendus. L’objectif de l’ECR
consistait à amener chaque magasin ou entreprise d’alimentation à se comporter
comme Wal-Mart; à mettre en œuvre l’échange de données informatisées (EDI) pour
commander les produits et réduire les offres dans chaque catégorie de manière à
rationaliser la livraison et les coûts connexes. En 1998, 24 % des
magasins répondant à un sondage réalisé par Food Marketing Institute
déclaraient utiliser l’EDI avec au moins certains de leurs fournisseurs. Sur ce
pourcentage, 53 % utilisaient un réseau à valeur ajoutée de tiers (RVA).
Il s’agit de réseaux qui relient les différents membres de la chaîne
d’approvisionnement d’un détaillant au moyen de technologies et d’interfaces de
type Web. Seulement 17 % utilisaient Internet et le reste les deux (FMI,
1999). Le fait que l’EDI nécessite des systèmes informatiques compatibles
coûteux à monter et à exploiter constitue l’un des principaux freins à
l’adoption de pratiques de gestion prônée sous l’égide de l’ECR. L’ECR a
souffert d’un manque de ce que les économistes appellent des « effets de
réseau » (Belleflamme, 1998; Katz et Shapiro, 1994).
Conformément à la vision de l’ECR, la création d’un ensemble de réseaux
de communications individuels et exploitables, unissant les ordinateurs de tous
les magasins qui pourraient communiquer avec les ordinateurs de tous les
fournisseurs était une commande dépassant les capacités de l’industrie. Les
problèmes techniques de compatibilité et la résistance culturelle au partage
des données avec les fournisseurs à l’échelon des magasins se sont traduits par
une adoption très lente. Comme prévu, les grandes chaînes ont été les premières
à adopter le concept. Elles possédaient toutes leurs propres centres de
distribution et ne devaient donc pas communiquer avec un grossiste
intermédiaire entre elles et un fabricant/fournisseur. Nombre des grands
fabricants faisaient déjà partie d’un réseau électronique de commande et de
réapprovisionnement avec Wal‑Mart, et ils étaient donc prêts à
fonctionner dans ce type d’environnement commercial. Les magasins de détail
plus modestes n’étaient tout simplement pas désireux ou en mesure de participer
à l’échange de données informatisées (EDI) nécessaire pour participer à des
relations ECR avec les fournisseurs. Toutefois, il semble que les plus grandes
chaînes, faisant déjà partie des réseaux de fournisseurs, estimaient des
économies d’échelle étaient possibles à l’échelle de l’industrie si un plus
grand nombre de détaillants et de fournisseurs pouvaient être persuadés de se
joindre aux réseaux. En d’autres termes, elles voyaient les avantages pour
l’ensemble de l’industrie et pour elles-mêmes de l’intégration au « réseau »
d’un plus grand nombre de détaillants et de fabricants. En 1999, plusieurs
détaillants de grande taille comme H.E. Butts, Kroger et Wal-Mart se
présentèrent devant le Uniform Code Council (UCC) qui avait négocié à l’origine
la conception de leur code à barres, pour demander s’ils pouvaient contribuer à
la conception d’une plate-forme Internet qui permettrait à pratiquement tous
les magasins de détail de communiquer directement avec ses fournisseurs, sans
devoir investir dans du matériel et des logiciels spéciaux. Le UCC répondit
avec UCCNet, une filiale à part entière de l’entité sans but lucratif UCC. Elle
se voulait une interface Internet électronique en format libre, que pourraient
mettre à profit les détaillants pour instaurer des relations entreprise à
entreprise avec leurs fournisseurs. Elle fut lancée en juillet 2000,
75 entreprises utilisant les fondements du commerce électronique conçus
par l’industrie et basés sur des normes (Ghitelman, 2000). Tout en demeurant à
ses premiers balbutiements, elle offre l’accès au commerce électronique aux
entreprises petites ou grandes, avec son langage informatique unique, eXtensive
Markup Language (XML).
La planification, la provision et le réapprovisionnement concertés
(CPFR), une fois de plus introduit par Wal-Mart, reprend la vision ECR de 1992
et la met en œuvre grâce à l’utilisation d’une technologie d’information
améliorée qui permet un échange vertical de renseignements entre les
détaillants et les fabricants. L’échange de renseignements sur les points de
vente au détail avec le fabricant de produits alimentaires sur une base
quotidienne fournit des données de base de ce système. Grâce au dossier
historique des ventes au grand public, le fabricant et le détaillant prévoient
chacun les ventes sur une période donnée, échangent leurs prévisions et
négocient les futures ventes prévues, au besoin. Les fabricants conviennent de
livrer la marchandise selon un calendrier convenu à l’avance et ils gèrent les
stocks de leurs produits dans chaque magasin. Ce système exige de toute
évidence de l’information exacte des lecteurs optiques et une interface
Internet permettant l’acheminement sécuritaire des données. Il exige le
consentement à partager les données et la responsabilité des produits sur les
étagères. Une liaison Internet pour les commandes, la facturation et la
communication entre les détaillants et les fournisseurs ne suppose pas
nécessairement un programme CPFR à grande échelle. Toutefois, l’utilisation
d’un réseau électronique constitue une étape nécessaire à l’instauration de
relations CPFR avec les fournisseurs. « L’ensemble de la CPFR vise
l’instauration de la confiance entre les détaillants et les fournisseurs »
(Robinson, 1999). Wal-Mart utilise la CPFR avec plus de 8 % de ses fournisseurs
(IGD, 1999). Shulman (2000) croît que ce système est un système entreprise à
entreprise à consommateur, étant donné que l’information commence vraiment au
niveau des achats des consommateurs et que le système répond à ces achats en
effectuant un réapprovisionnement correspondant. Il s’agit d’un système dans le
cadre duquel les fabricants produisent pour combler la demande des
consommateurs et non pour occuper la capacité de leurs usines. Il s’agit
véritablement d’une nouvelle façon de penser et de faire les choses, autant en
amont qu’en aval de la chaîne d’approvisionnement.
Avec la CPFR, chacune des parties est exposée à des risques moindres de
stocks excédentaires ou de retours de stock, et les ventes ont tendance à
augmenter (Margulis, 1999). En 1999, 26 % des détaillants et 43,5 %
des grossistes prévoyaient essayer un système de CPFR (Blair, 1999). Forester
Research, Inc. prévoit que le commerce alimentaire d’entreprise à entreprise
sous une forme ou une autre croîtra de 22,5 milliards de dollars à 211,1 milliards
de dollars d’ici 2004, pour représenter 12% de la valeur des transactions
(Blackmon, 2000).
Ceux qui mettent au point des logiciels pour habiliter les processus de
CPFR s’entendent sur les tendances suivantes de la technologie de la chaîne
d’approvisionnement : 1.) intégration du processus d’optimisation pour
accroître les bénéfices; 2.) collaboration avec les partenaires commerciaux
pour accroître le rendement, réduire les stocks et mieux comprendre le
consommateur; 3.) communication de données en temps réel; 4.) évolution de
l’intégration des entreprises vers la planification et la programmation
avancées; 5.) cogestion des stocks (Robinson, 1999). Ces tendances
transformeront un système de distribution fragmenté et coûteux obéissant aux
besoins d’approvisionnement en un système d’approvisionnement sur demande.
Les systèmes de réseaux d’affaires électroniques entreprise à entreprise
exigent ni plus ni moins la restructuration des activités, le changement de la
culture et l’intégration de données d’un lieu à un autre; évolution d’une
surface de vente d’un détaillant vers un système de décisions qui fait appel à
un fabricant, à l’entrepôt d’un tiers et à un système de transports, et la
capacité d’évaluer et de changer les options « à la volée ». Toutefois,
étant donné que les coûts de toutes les parties prenantes diminuent au sein
d’un vaste réseau efficace, la concurrence augmentera et de nouveaux réseaux
seront créés pour définir des marchés à créneau unique.
Les fabricants qui effectuent la livraison directe au magasin sont parmi
les plus actifs dans le domaine de l’instauration de relations CPFR avec les
détaillants. Lorsqu’un accord de réapprovisionnement des étagères en fonction
de la demande liée aux ventes est conclu, nombre de fabricants choisissent de
livrer eux-mêmes, d’approvisionner les étagères, de gérer l’inventaire et, dans
certains cas, ils conservent la propriété du produit jusqu’à ce qu’il soit
vendu, c’est‑à‑dire, jusqu’à sa lecture optique à l’achat. Dans ce
cas, le détaillant n’immobilise aucune liquidité dans les stocks, il possède un
actif réduit, économise sur la main-d’œuvre et dispose de plus de liquidités
entre le moment où l’article est vendu et le moment où il doit payer la facture
du fabricant. Les collations salées et les boissons et certains produits de
boulangerie sont les plus susceptibles d’être livrés directement et
manutentionnés sur le mode du « commerce basé sur le lecteur
optique ». On pourrait soutenir qu’il s’agit là pour les fabricants d’une
façon de récupérer le contrôle de leurs produits et de reprendre une partie du
pouvoir de négociation qui a été transféré aux détaillants, lorsqu’ils ont pris
possession de la clé de la gestion des stocks à l’échelle du système, à savoir
les données du lecteur optique.
Réseaux de valeur et chaînes d’approvisionnement virtuelles
La combinaison de la technologie de l’information et de la philosophie
de l’impartition a également engendré l’élaboration de « réseaux de
valeur », par opposition aux chaînes d’approvisionnement linéaires.
Entreprises virtuelles ou chaînes d’approvisionnement en réseau, ces réseaux de
valeur ont pour meilleur exemple Cisco. Le modèle de Cisco consiste à confier à
l’extérieur une grande partie de la fabrication et d’autres processus non
essentiels, en utilisant Internet pour assurer une intégration étroite avec des
fournisseurs. Il en découle en bout de ligne que la propriété des biens
matériels utilisés dans la production est devenue inutile pour Cisco et non
pertinente pour ses clients. La fabrication est confiée à des emplacements
extérieurs dispersés et l’assemblage par convergence en cours de transport est
mis à profit pour réaliser la production des articles sur commande. La
connaissance en temps réel à la fois de l’approvisionnement et de la demande permet
aux fournisseurs de Cisco d’expédier les composants directement aux
consommateurs, contournant ainsi Cisco. L’approvisionnement direct signifie une
réduction des frais de transport, une accélération de la durée du cycle et une
réduction des stocks, mais exerce de fortes pressions à la fois sur la
fiabilité du service et la visibilité des expéditions, exigences à remplir pour
permettre à Cisco de répondre aux besoins des clients. Par exemple, les
systèmes internes de Cisco sont reliés au système de gestion de la logistique
d’UPS, ce qui permet à Cisco d’assurer le suivi de l’acheminement du produit en
temps réel. Cela permet à Cisco d’interpréter, de réorienter ou de reconfigurer
les commandes sur bref préavis. Cisco peut reporter une livraison de manière à
ce qu’elle arrive juste à temps, soit ni trop tôt ni trop tard.
De plus, la caractéristique de réseau d’Internet permet la coordination
entre de multiples membres de la chaîne d’approvisionnement simultanément,
plutôt qu’en séquence. Le fait que l’information ne soit pas acheminée en
séquences d’un partenaire à l’autre, mais plutôt mise continuellement à la
disposition de toutes les personnes autorisées, constitue l’une des
caractéristiques de ce réseau. Cela n’aurait pu être possible de manière rentable
ou rapide avec l’EDI. On prévoit que d’ici cinq ans, les chaînes de fabrication
linéaire actuelles auront été démantelées. Elles auront été remplacées par des
réseaux de spécialistes de la fabrication, qui coopéreront tous à la vitesse
d’Internet pour livrer les produits (Radjou, 2000).
La synchronisation de la chaîne d’approvisionnement a commençé dans de
nombreuses industries, particulièrement au sein des grandes entreprises comme
Cisco et lorsque le nombre de transactions justifie l’investissement dans
l’EDI. La diminution du coût et la mise en œuvre simplifiée des communications
Internet ont rendu possible cette coordination dans les petites et moyennes
entreprises également. Les technologies Internet peuvent fournir nombre de ces
capacités à l’heure actuelle à un coût nettement inférieur et les petites et
moyennes entreprises doivent tirer profit de ces technologies faciles à
utiliser.
La hausse de la productivité et d’autres avantages reliés à Internet ont
été évoqués par des entreprises comme Cisco, GE, AT&T et IBM. Les efforts
du Personal Systems Group d’IBM sont particulièrement instructifs (Département
du commerce américain, 1998) :
Chaque mois, les services du marketing du
groupe déclarent de l’information sur le nombre de PC qu’ils estiment vendre.
Les services de la planification et de la production recensent la capacité de
fabrication et les matériaux disponibles dans chaque usine. Grâce à
l’information provenant de l’ensemble de l’entreprise sur l’offre et la
demande, des programmes de production sont affectés à chaque usine. Le
personnel des achats utilise la même information pour négocier avec les
fournisseurs. Lorsque de nouvelles données arrivent chaque semaine, le
processus est répété et le programme de production est ajusté précisément.
La communication électronique entre
les usines, les services du marketing et des achats ont rendu possible cette
réponse rapide. Les problèmes sont communiqués dès qu’ils se présentent et les
ajustements adéquats sont réalisés. Lorsque la demande augmente soudainement ou
lorsqu’une usine ne peut réaliser son programme de production, IBM est informé
à temps pour accroître la production d’une autre usine.
Le Personal Systems Group introduit
progressivement ce système de planification avancé (Advanced Planning System ou
APS) depuis 1996 et déclare déjà des résultats importants. Au cours de la
première année de l’APS, les rotations de stocks ont augmenté de 40 % par
rapport à l’année précédente et les volumes de ventes de 30 %. Le groupe
prévoit de nouvelles augmentations de 50 % des rotations et de 20 %
du volume de ventes en 1997. En utilisant mieux sa capacité de fabrication
existante, IBM a évité de devoir réaliser des investissements supplémentaires
pour répondre aux besoins liés à l’augmentation du volume. Cette diminution des
investissements et des coûts d’exploitation du fait de l’amélioration des
rotations de stocks s’est traduite par des économies de 500 millions de
dollars.
En bout de ligne, la plupart des
fabricants voudront ce type d’économies. Ernst & Young prévoit que les
stocks pourront être réduits de 250 à 350 milliards de dollars à l’échelle de
l’économie américaine. Il en découlerait également une augmentation importante
du taux d’utilisation de la capacité de
fabrication.
L’intégration et la synchronisation
de la chaîne d’approvisionnement sont rendues possibles par l’échange
d’information et la collaboration entre les partenaires de la chaîne
d’approvisionnement, dont les entreprises de transport et les autres
fournisseurs de logistique. En conséquence, les entreprises de transport
doivent avoir la capacité d’échanger de l’information avec leurs expéditeurs
et, de plus en plus, être en mesure de le faire par le Web. Nombre
d’entreprises de transport ou de services de logistique fournissent cette
information en temps réel de manière personnalisée, de manière à ce qu’elle
fasse partie intégrante de la chaîne d’approvisionnement de leurs clients. Cela
crée des possibilités d’assurer des contrats à long terme en intégrant les
processus à ceux des clients et en offrant une valeur ajoutée qui va au‑delà
des services de transport et de logistique traditionnels. Les cas de Cisco-UPS
et FedEx – Georgia Pacific Paper en constituent des exemples.
4. Amélioration de
l’approvisionnement
Internet a amélioré et rendu
possible le remaniement du processus d’approvisionnement dans nombre
d’entreprises. Par voie d’automatisation des processus d’achat grâce à
Internet, les entreprises ont réduit les coûts des transactions d’acquisition,
raccourci le cycle d’achat et accru le contrôle. On estime que la valeur
moyenne d’une transaction d’achat manuelle peut être réduite de plus de
100 $ à moins de 10 $ par voie d’automatisation. Cette même
automatisation peut servir à contrôler les dépenses imprévisibles ou non
autorisées. Internet permet la transmission instantanée des appels d’offres,
l’accès rapide aux sources disponibles et des réponses diligentes.
La division Éclairage de GE a
commencé à effectuer des achats en ligne en 1996. Le processus qui durait sept
jours auparavant a été réduit aujourd’hui à deux heures. Les coûts de main‑d’œuvre
reliés aux approvisionnements ont diminué de 30 %, 60 % du personnel
d’acquisition chargé des travaux administratifs étant redéployé dans des
activités stratégiques. Le traitement électronique de tous les documents et
transactions du début à la fin permet la réduction des erreurs qui
nécessitaient le retraitement de 25 % des bons de commande dans le passé.
Le total du cycle d’acquisition depuis la mise en évidence du fournisseur
jusqu’à l’attribution du contrat est passé d’entre 18 et 23 jours à entre neuf
et onze jours.
Le processus d’acquisition sur
Internet réduit également le coût des produits eux‑mêmes. Internet
facilite l’approvisionnement à l’échelle mondiale et accroît la base de
fournisseurs. Éclairage GE envoie désormais instantanément ses demandes de
propositions dans le monde entier et les coûts des matériaux ont diminué de
5 % à 20 % grâce à l’élargissement de la base de fournisseurs en
ligne. En février 1997 seulement, GE a trouvé sept nouveaux fournisseurs, dont
l’un offre un coût inférieur de 20 %. Puisque Éclairage GE a créé son
propre site d’acquisition, les entreprises peuvent également participer à des marchés
horizontaux ou verticaux (bourses) où des acheteurs et des vendeurs multiples
achètent et vendent des produits.
Les fournisseurs de services de
logistique comme les entreprises de transport sont des fournisseurs importants,
tout comme les fournisseurs de biens matériels. Le processus d’acquisition des
services de transport peut être automatisé ou mieux contrôlé grâce à
l’automatisation des achats sur Internet ou approvisionnement électronique. Les
sociétés de transport qui n’ont pas accès à Internet ne peuvent accéder aux
clients qui utilisent Internet pour trouver des fournisseurs de services de
transport et faire des transactions. Les expéditeurs importants recherchent
l’automatisation des achats simplement pour rationaliser et réduire le coût des
transactions d’achat fréquentes. Selon une enquête de Morgan Stanley Dean
Witter (MSDW) auprès des expéditeurs américains, les transactions manuelles
avec des fournisseurs de services de transport de marchandises, qui incluent
les communications en personne, par téléphone, par télécopieur et par courrier
régulier, diminueront de 67 % à l’heure actuelle à seulement 31 % au
cours des deux prochaines années (Valentine, 2001).
Les entreprises peuvent créer leur
propre site d’achats ou participer à des marchés horizontaux ou verticaux
(bourses) où des acheteurs et des vendeurs multiples achètent et vendent des
produits. Les deux stratégies offriront des possibilités de regrouper ou de
coordonner des commandes pour réduire les frais de transport et de logistique.
À l’échelon interne, les commandes peuvent être regroupées et passées
stratégiquement en utilisant la technologie de l’information pour réunir et
actualiser l’information sur les capacités et le rendement des fournisseurs, et
pour utiliser ces données pour regrouper les commandes auprès des fournisseurs
les plus efficaces. Le regroupement sera intensifié par la mise en commun du
pouvoir d’achat des consortiums rendu possible par Internet. Pour les
transports, cela signifie la hausse des pressions exercées sur les marges
bénéficiaires. À titre de répercussion indirecte, la technologie Internet
encourage la collaboration entre les membres de la bourse d’achats, permettant
à celle-ci de regrouper plus efficacement les commandes pour constituer de
grosses commandes avec un délai et un degré de certitude accrus ou de
coordonner les mouvements pour intensifier l’utilisation des véhicules. Cela
permet l’utilisation plus efficace des actifs des fournisseurs de services de
transport.
Internet facilite
l’approvisionnement à l’échelon mondial auprès d’une base de fournisseurs en
ligne élargie. Cet élargissement de la portée géographique de
l’approvisionnement s’est traduit par une augmentation de la demande de
mouvements de transport longue distance et transfrontaliers. Parallèlement, les
expéditeurs pourront chercher à tirer profit de leur pouvoir d’achat et à
réduire les coûts de transport par voie de réduction du nombre de fournisseurs.
Les expéditeurs rechercheront des transporteurs qui offrent un service
multimodal et international. L’approvisionnement électronique et l’utilisation
de bourses d’échange électroniques entraînent tous deux un renforcement de la
concurrence basée sur les prix au sein de la chaîne d’approvisionnement, ce qui
pousse à leur tour les fournisseurs, dont fournisseurs de services de
transport, à réduire leurs marges bénéficiaires et à travailler plus fort pour
réduire les coûts.
Sur nombre de bourses électroniques
verticales ou sites de vente en ligne privés, une liste choisie de
transporteurs ou de fournisseurs de logistique de tiers est intégrée au site
commercial en étant automatiquement reliée aux transactions. Par exemple, lors
de l’achat d’un produit auprès d’un détaillant en ligne, les options d’expédition
sont présélectionnées et les coûts affichés. L’acheteur a peu de latitude en ce
qui a trait au choix d’un autre mode de transport et il n’existe aucun
transporteur concurrent à court terme même s’il existe toujours des
possibilités qu’un nouveau transporteur supplante le « transporteur de
prédilection » existant. Sur certains sites, le coût total de l’achat et
du transport d’un produit à la livraison est indiqué, l’acheteur étant en
mesure de choisir une option de transport précise. Schneider Logistics Inc. (SLI) a constitué une alliance stratégique avec
des sites commerciaux sur Internet, comme PlasticsNet.com et iMark.com. Le
partenariat fait de SLI la division de la logistique de ces entreprises
virtuelles. Lorsqu’un consommateur clique sur le lien « livrer
maintenant », la responsabilité de la livraison de la commande est
transférée immédiatement à SLI. Le client reçoit un tarif de transport de point
à point en temps réel pour des options d’expédition multiples, qui est calculé
en fonction des temps de transport et des caractéristiques d’expédition
demandés. Ceux qui exploitent le marché Internet n’ont pas à télécharger
l’information puis à soumissionner sur le chargement, étant donné que SLI est
responsable de l’ensemble du processus, depuis l’organisation des horaires
d’expédition et du mode de livraison jusqu’à l’offre d’un suivi en ligne.
Dans le secteur du transport longue
distance, Internet a pour autre avantage de faciliter les opérations de troc
des biens dont le coût du transport est élevé (comme le papier ou l’acier). Une
entreprise de Californie peut chercher à acheter du papier à un fournisseur
québécois alors qu’une entreprise new-yorkaise peut chercher à acheter le même
type de papier auprès d’un fournisseur de la Colombie-Britannique. S’il est
possible de permuter les acheteurs, plutôt que de livrer deux fois à travers le
continent, le résultat net consistera en deux voyages relativement courts.
Paperexchange.com encourage exactement ce type de gain d’efficacité. Les
bourses commerciales de produits peuvent être reliées à des bourses de
transports pour contribuer à maximiser l’efficacité des deux systèmes.
5. Commerce de détail en
ligne
Demande du commerce de détail en ligne et désintermédiation
Internet a fourni un lien de
communication direct entre les vendeurs et les consommateurs, sur un marché qui
était auparavant dominé par des réseaux de commandes sur catalogue par courrier
et par téléphone. Le secteur B2C est composé à la fois de détaillants en ligne
exclusifs (détaillants en ligne exclusifs) comme Amazon.com et d’entreprises
complètes traditionnelles qui ont créé leurs réseaux de vente en ligne. Au
Canada, Canadian Tire, Sears Canada, Hudson Bay, Chapters et Staples
constituent des exemples de détaillants traditionnels qui ont constitué leur
système de vente en ligne. Les détaillants en ligne exclusifs au Canada
incluent plusieurs épiceries de vente à domicile, comme Grocerygateway et
Megadepot, qui sont devenues Onvia.com et ont déménagé aux États‑Unis.
Des faillites, regroupements et retraits récents de détaillants en ligne
exclusifs n’ont pas ralenti la croissance des ventes au détail sur Internet,
les détaillants traditionnels ayant élargi la gamme des produits offerts en
ligne.
Les ventes directes en ligne aux
consommateurs ou B2C sont modestes en comparaison des transactions B2B. En
1999, 11 % des détaillants canadiens ont utilisé Internet pour vendre pour
610,6 millions de dollars de produits, soit seulement 0,3 % des
recettes d’exploitation totales. Il ne fait presque aucun doute toutefois que
les achats par Internet vont augmenter, quoi qu’à un taux moindre. Les facteurs
justifiant cette augmentation incluent :
Maîtrise accrue d’Internet par les
consommateurs.
Poursuite
de l’essor des infrastructures Internet. Le gouvernement estime que la
technologie de l’information et le commerce électronique sont des catalyseurs
de la croissance économique. Aussi, il cherche activement à accroître le
commerce numérique. Le gouvernement américain appuie l’expansion d’Internet au
moyen de programmes de promotion et de développement, de programmes d’éducation
des consommateurs, etc.
La technologie continuera à
progresser, ce qui entraînera une amélioration de l’expérience d’Internet, permettant
une personnalisation, une navigation et des commandes faciles et plus rapides.
L’infrastructure des sites deviendra plus évoluée, la vitesse de connexion
augmentera, et le cryptage et la sécurité du paiement deviendront plus
normalisés et acceptés.
Le nombre croissant d’ordinateurs
ayant accès au Web et de télévisions susceptibles d’être branchées sur Internet
améliorera le degré d’aisance des consommateurs à l’égard d’Internet et
contribuera à convertir le pourcentage de la population qui continue à hésiter
à faire son entrée dans le monde virtuel.
Les systèmes de soutien de
l’information Internet amélioreront la capacité de voyager sur le Web, les
possibilités de comparaison des prix et le côté pratique du magasinage (Rosen
et Howard, 2000).
Selon les estimations de ventes pour
2002, les principales marchandises vendues au détail sont les ordinateurs, les
aliments, les livres, les vêtements, les cadeaux et la musique. Une grande
partie des ventes en ligne sont essentiellement un transfert des ventes par
catalogue du téléphone sur le Web. Les ventes sur catalogue qui ont été
transférées aux ventes sur Internet représentent une proportion importante des
ventes sur Internet, avec environ 40 % des ventes sur catalogue
(42 milliards de dollars), soit 36 % des recettes du commerce de
détail électronique estimées d’ici 2003. Les 12 premières entreprises de vente
sur catalogue possèdent toutes leurs activités de commerce électronique (Rosen
et Howard, 2000).
Selon une étude de Ernst and Young,
51 % des acheteurs en ligne vivent dans des villes de moins de 50 000
habitants, alors que seulement 2 % des consommateurs d’Internet vivent
dans des grands centres métropolitains. Cela reflète les possibilités d’achat
limitées dans les collectivités modestes (Rosen et Howard, 2000). Le Canada est
l’un des pays chefs de file en terme d’utilisation d’Internet, ce qui reflète
peut-être la faible densité de sa population. Parallèlement, le développement
des détaillants en ligne exclusifs au Canada a été lent et certainement
inférieur à la croissance enregistrée aux États-Unis globalement. Cela pourrait
être dû à l’échelle ou à la disponibilité du capital de risque. Il en découle
des répercussions sur le flux des marchandises, avec des transferts possibles
des sources intérieures vers les sources transfrontalières.
Répercussions du commerce de détail en ligne
Les ventes en ligne nécessitent
généralement un système et un réseau de logistique différents. Les produits
sont aujourd’hui ramassés et livrés en lots pour les consommateurs plutôt qu’en
caisses ou charges de palettes. Les livraisons à la clientèle doivent se faire
dans des secteurs résidentiels qui n’ont pas été conçus à l’origine pour un
volume important de mouvements de véhicules utilitaires. Ces secteurs résidentiels
n’ont peut-être pas la densité requise pour les activités de livraison. Les
clients peuvent souhaiter des livraisons les soirs et les fins de semaine,
ainsi que les avantages des plages horaires et de la livraison rapide. Ce sont
tous de nouveaux défis pour les entreprises de commerce en ligne,
particulièrement en ce qui a trait à l’efficacité du transport et, pour nombre
d’entreprises en ligne, les coûts de la logistique constituent un obstacle à la
vente au détail en ligne. « Les entreprises de commerce électronique
doivent accorder plus d’attention à ce qui s’est souvent avéré leur plus grande
faiblesse : l’exécution et la distribution » (The Economist, 26
février 2000).
Comme le prouve l’industrie des
ventes par catalogue, le coût de livraison, particulièrement pour les articles
de faible prix unitaire, qui sont les plus simples à commander en ligne,
constitue le principal facteur de dissuasion des achats à domicile. Les
transactions en ligne continuent à inclure un volet humain et un coût matériel.
Dans un magasin de détail, le client repère le produit et « livre »
efficacement le produit à domicile. Dans le cas du magasin virtuel, l’employé
doit repérer la marchandise et l’entreprise doit assurer la livraison. La
densité de la livraison à des emplacements résidentiels et le faible volume de
livraisons en ligne justifient l’augmentation du coût de livraison final.
Le commerce de détail en ligne peut
se traduire par une désintermédiation des participants de la chaîne
d’approvisionnement. Internet et les autres technologies de l’information ont
produit des flux plus volumineux d’information échangée avec les clients, de
manière à réduire la valeur des intermédiaires ou des autres participants qui
n’ajoutent aucune valeur à la chaîne. Les rôles des entrepôts et autres entités
intermédiaires sur les marchés autant industriels que de consommation
diminueront. Ainsi, Dell et nombre d’autres entreprises ont éliminé les
détaillants, vendant en ligne et livrant directement aux clients. La majorité
des détaillants en ligne se font concurrence sur la base du prix et réduisent
leurs coûts en stockant et en livrant à partir d’un point de stockage
centralisé plutôt que de stocks implantés sur tous les marchés locaux (le
modèle du magasin de détail). Cette stratégie de distribution a accru la
demande de livraisons sur de longues distances de petits paquets à des
emplacements résidentiels, sept jours par semaine et en soirée. Cela représente
une évolution par rapport au transport d’envois plus volumineux ECC aux entrepôts
et aux expéditions LD jusqu’aux magasins, où les clients avaient l’habitude de
ramasser eux-mêmes les marchandises. De plus, ces livraisons ont généralement
un délai critique, ce qui nécessite une fiabilité et une rapidité accrue. Un
fabricant de la Saskatchewan qui avait l’habitude d’envoyer un camion complet à
un distributeur de la Californie vend aujourd’hui 90 % de ses produits par
Internet directement au client et livre chaque envoi jusqu’à sa destination
finale. Cette entreprise ne fait appel à des transporteurs pour gérer des
charges complètes, mais plutôt à des « entreprises de messagerie »
qui effectuent les livraisons individuelles (IBI, 2001). Des tendances
similaires ont été constatées et continueront à l’être sur les marchés B2B où
les distributeurs et les grossistes perdent leur part du marché. Le marché
canadien des produits pharmaceutiques, où les fabricants ont cherché à vendre
et à livrer directement aux hôpitaux, contournant les distributeurs
traditionnels, en constitue un exemple.
L’évolution des modèles de demande
pourrait signifier une évolution de la part de marché des différents types de
transporteurs (p. ex., une augmentation pour les livraisons de colis et une
diminution pour les transporteurs ECC ou LD). Cela a ensuite des répercussions
sur le développement des infrastructures qui appuient les opérations des
différents modes. L’augmentation des livraisons le lendemain et le surlendemain
nécessitera‑t‑elle une augmentation de la capacité d’atterrissage
dans les aéroports? La capacité des terminaux aéroportuaires sera-t-elle
adéquate ou les entreprises de livraison de colis modestes devront-elles
utiliser des installations éloignées moins efficaces? Quelle est l’incidence de
l’augmentation des livraisons résidentielles sur la capacité des routes
municipales et leur utilisation?
Les répercussions dépendent en
grande partie du produit et du système d’approvisionnement utilisé par les
détaillants en ligne. Dans le cas des détaillants de produits d’épicerie en ligne,
ces produits continuent à devoir être stockés à l’échelon local, de sorte que
le transport d’arrivée de produits jusqu’aux centres de distribution connaîtra
des changements minimes. Toutefois, les produits ne sont plus acheminés aux
magasins de détail, mais ramassés et emballés en vue de la livraison aux
consommateurs au centre de distribution. On constatera une réduction des
expéditions locales par camion aux magasins de détail et des déplacements des
consommateurs pour magasiner sur place, compensée par une augmentation des
livraisons aux consommateurs par camion.
Par opposition, des librairies au
détail en ligne comme Amazon et Chapter.com stockent leurs produits dans des
centres de distribution nationaux centralisés pour minimiser ces stocks et ils
ont recours au transport longue distance pour la livraison des produits
directement aux consommateurs. La chaîne de détail traditionnelle transporte
les livres en vrac des installations de production aux entrepôts nationaux,
puis aux entrepôts régionaux et enfin aux magasins où les consommateurs
achètent le produit et en prennent livraison. La librairie de détail en ligne
remplace généralement le transport aérien ou de surface des colis par
l’expédition par camion entier sur de longues distances, et remplace la
livraison par camion par les déplacements en automobile des consommateurs sur
de courtes distances pour se rendre aux magasins. Ce système
d’approvisionnement sur demande en ligne a entre autres pour retombée une
réduction notable de la proportion de livres retournés des détaillants aux
entrepôts nationaux, qui se chiffre d’habitude à 35 %.
Hendrickson et coll (2000) ont
élaboré un modèle qui compare les coûts de la vente au détail traditionnelle
des livres à la vente au détail sur Internet. Ils modélisent une chaîne
d’approvisionnement de livres traditionnels, soit de l’imprimante à l’entrepôt
national puis à l’entrepôt régional par camion, à l’entrepôt régional (du
détaillant ou de l’éditeur) par camion, et au magasin du détaillant par camion,
pour ramassage par le consommateur conduisant son automobile. Ils prennent pour
hypothèse que 35 % des livres sont retournés des détaillants à l’entrepôt
national par camion depuis l’entrepôt régional des détaillants. Dans le cas
d’une chaîne d’approvisionnement sur Internet, les livres sont transportés de
l’imprimerie à l’entrepôt national par camion, à une plaque tournante de
commerce électronique par camion, au centre régional par transport aérien, et
sont livrés aux clients par une entreprise de transport de surface de colis
depuis le centre régional. Cette centralisation des stocks réduit
essentiellement le risque que les livres soient situés géographiquement sur le
mauvais marché. Simulant la vente de 1 million de dollars ou 286 000
exemplaires d’un succès de librairie, ils ont constaté ce qui suit :
Le total des coûts, ce qui inclut le
transport, l’emballage, la production des retours et la vente au détail est
favorable à l’approvisionnement par commerce électronique lorsqu’on tient
compte du coût des livres retournés; le coût total de chaque système est à peu
près équivalent lorsqu’on ne tient pas compte des retours.
Le total des coûts de transport (ce
qui inclut le coût des retours) est de 646 000 $ pour la chaîne de
commerce électronique, contre 693 000 $ pour la chaîne
traditionnelle, le transport aérien étant remplacé par le transport par camion
sur de longues distances (à peu près équivalent) et la livraison par camion en
vue du ramassage par les consommateurs en automobile sur de courtes distances
(inférieur).
Lorsqu’on évalue les répercussions
sur le transport et l’environnement du commerce électronique, celui-ci a une
incidence environnementale moins importante, étant donné que l’élimination des
transports en automobile compense largement la plus grande consommation de
carburant des transports aériens en comparaison du transport routier.
Ils concluent, à partir de leurs
hypothèses, que :
Le commerce électronique peut
réduire les coûts de transport en provoquant un transfert du transport des déplacements
coûteux des consommateurs et des livraisons par camion plein vers les
expéditions de détail et le transport aérien.
Dans le cas de la vente par commerce
électronique, les stocks sont par essence reportés et maintenus plus en amont
de la chaîne d’approvisionnement, jusqu’à ce qu’ils soient réclamés. Cela
élimine le coût des retours, qui sont élevés.
Ce dernier constat est appuyé par
des preuves non scientifiques que les vendeurs en ligne connaissent des taux de
retour inférieurs, ce qui démontre l’une des caractéristiques typiques
d’Internet, soit la capacité de minimiser le gaspillage.
La réorientation du trafic
attribuable à la vente au détail en ligne B2C est certaine, mais on possède très
peu de données sur son importance et ses conséquences en bout de ligne. La
croissance des ventes en ligne B2C va se poursuivre, mais la vente au détail
exclusive en ligne continue à se rationaliser. Webvan, le plus important et le
plus ambitieux détaillant en ligne de produits d’épicerie a récemment fait
faillite. Chapters.com réduit la gamme des produits qu’offre l’entreprise sur
le Web. Parallèlement, les détaillants traditionnels font prudemment leur
entrée sur le marché en ligne. Pour l’instant, on ignore quel modèle de
commerce électronique l’emportera en bout de ligne sur le marché et
l’efficacité des systèmes de transport que possèdent les détaillants existants.
Dans le cas de produits livrés sur une longue distance, comme les livres, par
exemple, les achats en ligne peuvent permettre la livraison directe par un
distributeur principal au consommateur, alors que dans le cas du magasinage
traditionnel, le livre pourrait tout d’abord être livré du distributeur à
l’entrepôt du libraire traditionnel, puis au libraire, où le consommateur
l’achète. Même si l’incidence nette dans ce cas est vraisemblablement encore
une augmentation de la consommation d’énergie des transports commerciaux, il
est beaucoup plus difficile de calculer l’incidence finale.
Plus important encore, on demeure
essentiellement au stade des conjectures, pour ce qui est de la réduction du
nombre des voyages et des kilomètres parcourus par les automobiles privées des
consommateurs dans le cas de la livraison par le commerce en ligne des produits
aux résidences. La livraison efficace de colis par camion pourrait remplacer au
moins en partie les déplacements individuels inefficaces en automobile aux
centres commerciaux, supermarchés, librairies et autres points de vente. Cela
sera particulièrement vrai si la plupart des colis sont livrés par la poste,
qui visite déjà pratiquement tous les domiciles canadiens chaque jour (Romm,
2000).
Il est clair qu’on constatera une
augmentation des transports commerciaux, mais le degré d’augmentation dépendra
vraisemblablement du degré de regroupement des livraisons finales. Dans
l’hypothèse où une diversité de camions différents se présente à la même
résidence ou dans le même quartier durant la semaine, à chaque fois pour une
livraison individuelle, il en découlera une augmentation des mouvements de
transport. Toutefois, nombre d’entreprises reconnaissent que les coûts de
livraison constituent un obstacle aux achats en ligne et elles cherchent à
regrouper les livraisons en augmentant la diversité des produits qu’elles
vendent en ligne. Ce fut essentiellement la stratégie de Webvan, mais
l’entreprise a manqué d’argent avant d’atteindre l’échelle et la densité de
volume requis pour réduire ses coûts de distribution à des niveaux
concurrentiels. D’autres envisagent de regrouper une très large gamme de
produits et services pour la livraison directe aux résidences des
consommateurs, ce qui inclut des « produits d’épicerie, repas préparés,
aliments et fournitures pour animaux familiers, timbres-postes, services de
nettoyage à sec, location de jeux et de films vidéos, développement de
pellicules photographiques, eau en bouteille et refroidisseurs, ainsi que
ramassage et livraison de colis ». À long terme, les consommateurs
pourraient ne pas exiger la livraison le lendemain de nombre d’articles qu’ils
achètent régulièrement (nourriture pour animaux familiers, fournitures de
bureau, vitamines et produits médicaux, etc.). Ils auront besoin d’une
livraison fiable à intervalles réguliers, ce qui, en théorie, devrait permettre
la mise sur pied d’un système efficace.
Une autre grande question se
pose : est-ce qu’une proportion importante d’Américains changeront leurs
habitudes de conduite automobile au cours des prochaines années lorsqu’il sera
possible d’effectuer une masse critique de voyages virtuels sur Internet (Romm,
2000). Les études viennent à peine de commencer sur ce changement et des années
de recherches sur l’incidence du proche voisin du commerce de détail en ligne,
le téléachat, fournissent quelques réponses[6].
Commerce de détail en ligne et transport
Les plus grands bénéficiaires du
commerce de détail en ligne ont été les formes de transport qui,
intrinsèquement, acheminent les produits rapidement et par petits envois. Les
entreprises de messagerie et de transport de colis, comme UPS, FedEx et
Purolator ainsi que les systèmes postaux sont utilisés pour la livraison
directe au consommateur qui contourne le magasin de détail traditionnel. Les
entreprises de livraison locales ont également profité, dans la mesure où le
système de distribution continue à stocker des produits à l’échelon local. De
plus, de nouvelles entreprises de transport ou d’approvisionnement électronique
sont créées pour combler la demande d’acheminement rapide et fiable d’envois de
la dimension d’un colis de la part des entreprises en ligne. Elles incluent les
entreprises ECC qui assurent ou coordonnent tous les processus nécessaires à
l’exécution des commandes en ligne et les entreprises virtuelles qui sont des
gestionnaires de l’information sans immobilisations qui mettent à profit les
actifs des entreprises de transport existants. Sameday.com et NextJet sont des
exemples de telles entreprises.
La dématérialisation aura une
incidence sur des transporteurs sélectionnés, mais ce sont les transporteurs
postaux qui constituent la meilleure
illustration de ces répercussions. Toutefois, le service postal peut participer
de manière notable à la croissance des ventes en ligne, étant donné qu’il
possède déjà l’infrastructure nécessaire aux livraisons à domicile. Le système
postal de la plupart des pays visite pratiquement toutes les résidences sur une
base quotidienne; aussi, greffer la livraison des ventes réalisées en ligne au
système de livraison existant devrait s’avérer relativement efficace. Des
sociétés en ligne de premier plan comme Amazon.com expédient déjà 65 % de
leurs marchandises par le service postal américain. Le service postal sera
toutefois exposé à une vive concurrence des grosses entreprises de livraison
comme UPS et FedEx, qui ont précisément ciblé la livraison à domicile pour le
compte des détaillants en ligne comme possibilité de croissance. Pour de telles
entreprises, l’énergie représente un coût de fonctionnement important; elle est
donc un excellent incitatif à l’optimisation de l’efficacité. Ces entreprises
sont déjà des adoptantes précoces de véhicules à carburants de substitution et
nombre d’entre elles prévoient être des adoptantes précoces de véhicules à
consommation réduite. De plus, pour de telles entreprises, une augmentation de
10 % de la livraison de colis pourrait ne signifier qu’une augmentation de
5 % du kilométrage parcouru par les véhicules, étant donné le
perfectionnement avec lequel elles utilisent la technologie de l’information
pour optimiser les trajets et les temps de livraison.
6. Matérialisation
électronique
La dématérialisation est une
tendance de longue date au sein de l’économie, les producteurs cherchant à
réduire la taille et le poids de leurs produits. Internet accélère l’évolution vers
un monde de l’immatériel en transportant des produits qui ont été convertis
d’atomes en bits d’information. C’est ce qu’on appelle la matérialisation
électronique, qui aura des répercussions notables sur la demande de transport
dans certains secteurs de produits. La consommation de papier est l’une des
cibles les plus probables de la matérialisation électronique. Même si le
« bureau sans papier » annoncé de longue date et promis par la
révolution informatique ne s’est pas concrétisé, l’Internet et la numérisation
ont réduit le besoin de papier dans un certain nombre d’utilisations
traditionnelles. Même si ce monde sans papier pourrait ne pas se concrétiser,
la consommation de papier par dollar de PIB chutera sensiblement. Une analyse
prévoit que d’ici 2003, Internet réduira la demande de papier de
2,7 millions de tonnes, en comparaison de ce qu’elle aurait été sans
Internet (environ 30 millions de tonnes pour l’ensemble des catégories de
papier), même sans augmentation de l’utilisation de certains papiers (Boston
Consulting Group, 1999). Ce ralentissement est dû entre autres au fait que les
États-Unis sont plus avancés pour ce qui est de l’usage d’Internet. Les
Américains, qui jadis imprimaient systématiquement leurs courriels, le font de
moins en moins, et se sentent aujourd’hui beaucoup plus à l’aise pour lire les
textes en format électronique que ce n’était le cas il y a quelques années.
Nombre d’entreprises ont réduit la
consommation de papier en utilisant Internet et la technologie informatique
pour réduire les coûts. AT&T a réduit sa consommation de papier de plus de
400 tonnes. Sa stratégie a inclus les points suivants (Romm et coll,
2000) :
·
Conversion
du guide du personnel d’AT&T, document à l’origine imprimé de
1 500 pages (copié et distribué au moins 20 000 fois par année)
en une ressource en ligne. Un certain nombre d’autres répertoires de
l’entreprise ont été « matérialisés électroniquement » de manière
similaire.
·
Accès
en ligne à l’organisation d’environnement, de santé et de sécurité, ce qui inclut
son bulletin mensuel (ce qui en soi permet d’économiser 1,8 million de feuilles
de papier).
·
Fonction
de demande de fournitures en ligne accessible sur Internet.
·
Accès
à près de 400 formulaires de l’entreprise en ligne, de manière à ce qu’ils
puissent être imprimés seulement au fur et à mesure des besoins.
·
Distribution
de AT&T Today en ligne, ce qui
élimine 10 000 exemplaires quotidiens et permet d’économiser 24 millions
de feuilles de papier.
D’autres entreprises adoptent les transactions
électroniques pour les achats, la gestion des ressources humaines et les
ventes, réduisant ainsi le besoin de formulaires imprimés. IBM déclare que son
système de gestion de la chaîne d’approvisionnement basé sur le Web a réduit la
consommation de papier de 5 millions de feuilles. La numérisation des documents
qui peuvent être imprimés seulement au fur et à mesure des besoins, a également
pour avantage l’élimination des documents excédentaires.
Tout comme le CD ROM a provoqué un
déclin spectaculaire des encyclopédies imprimées, Internet est voué à avoir un
impact similaire sur les journaux, les périodiques, les catalogues, les
répertoires, le courrier direct, les livres axés sur l’information et ainsi de
suite. À la place du transport de versions imprimées, l’information est relayée
par Internet. Les logiciels, la musique et les films constituent d’autres
domaines visés par la matérialisation électronique. La fabrication de logiciels
sur disques ou disques compacts (livrés par avion ou par camion) continue à
évoluer vers la livraison de fichiers purement électroniques sur Internet. De
manière ironique, deux des produits qui peuvent faire l’objet d’une
matérialisation électronique, les livres et la musique, sont les produits les
plus vendus en ligne. Cela pourrait compenser une partie de l’augmentation du
transport de petits colis sur de longues distances. Des preuves substantielles
indiquent que le volume de courrier matériel par habitant diminuera au fur et à
mesure qu’un plus grand nombre de personnes accéderont à Internet. Au fur et à
mesure que croît la facturation par courrier électronique et en ligne, la
menace pour la livraison postale s’intensifiera.
Une autre forme de matérialisation
électronique émane de la réduction de la capacité des installations qui découle
de l’amélioration de la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Les
entreprises qui ont été en mesure de mettre en œuvre des systèmes
d’approvisionnement à la demande ont réduit leurs stocks et le besoin de locaux
d’entreposage de ces stocks. Par exemple, l’amélioration de la « fréquence
de rotation » des stocks (nombre de fois où les stocks des locaux
d’entreposage ou entrepôts existants sont vendus ou utilisés pour la production
chaque année) réduit les intérêts reliés aux stocks, et les coûts de
manutention et d’entreposage. Le doublement de la fréquence de rotation des
stocks réduit de moitié le besoin de superficie d’entreposage. Cela réduit le
besoin d’installations d’entreposage, ce qui réduit à son tour la demande de matériaux
de construction et le besoin de transport de ces matériaux.
Des réductions similaires de la
construction d’installations sont possibles dans le secteur de la vente au
détail, étant donné que les stocks sont centralisés en fonction des opérations
en ligne, dans le secteur des bureaux d’affaires en raison du fait qu’un plus
grand nombre de personnes travaillent à domicile grâce à Internet et dans le
secteur des locaux de fabrication en raison de l’efficacité de la fabrication
habilitée par Internet. Lorsque les fabricants seront plus en mesure de
produire uniquement les quantités nécessaires et de réduire le nombre d’erreurs
de fabrication, ils auront besoin de moins de matières premières (et de moins
de nouvelles usines de fabrication) par dollar de PIB. Étant donné que les
matières premières sont parmi les marchandises les plus lourdes à transporter,
même une économie très faible influera de manière notable sur le nombre de
tonnes-milles transporté. Et dans l’éventualité où le commerce électronique réduit
le volume de construction par dollar de PIB, il en découlera également des
répercussions importantes, étant donné que la construction nécessite un volume
très important de transports. La construction d’édifices commerciaux (et
d’usines de fabrication) en particulier nécessite une grande quantité d’acier
et de ciment, deux des produits les plus lourds à transporter.
Pour les transports, la
matérialisation électronique a pour incidence de diminuer la demande de
mouvements matériels des produits. Cela est particulièrement important pour les
sociétés de transport canadiennes qui acheminent le papier et les matières
premières ou en cours de transformation utilisées pour la production de papier
(p. ex., pâtes, billes de bois, produits chimiques). La demande de papier
pourrait malgré tout augmenter, mais elle sera plus faible par habitant qu’en
l’absence d’Internet. La matérialisation électronique est également importante
pour les services postaux et de messagerie, qui transportent les produits
imprimés et autres qui peuvent être numérisés. Les modes de transport et les
transporteurs qui dépendent de matières premières pour la production et des
matériaux de construction devraient également connaître une diminution de la
demande en proportion du PIB.
7. L’expérience canadienne
Une étude de l’impact du commerce
électronique sur la vente au détail de marchandises diverses et de produits
pharmaceutiques au Canada démontre les répercussions des affaires électroniques
(White, 2000). L’étude comportait cinq enquêtes sur le terrain concernant sept
grandes entreprises de vente au détail et en gros. Les résultats sont les
suivants :
Toutes les entreprises de
marchandises diverses ont adopté le commerce électronique pour leurs opérations
B2B, qu’il s’agisse de technologies EDI ou Internet. Chaque organisme a mis en
place son système de commerce électronique à partir d’une technologie EDI en
propriété exclusive et, dans une certaine mesure, est passé ensuite à des
systèmes Internet.
L’industrie de la vente au détail de
produits pharmaceutiques utilise largement l’EDI pour recevoir et commander des
produits, à l’exception de la Colombie–Britannique où Internet est utilisé par
une coopérative de la Colombie–Britannique pour recevoir les commandes de ses
magasins affiliés. Certains fournisseurs de produits pharmaceutiques commencent
à vendre des produits à des pharmacies, directement dans Internet.
Les intervenants utilisent Internet
pour échanger des renseignements critiques sur des produits, entre eux et avec
les fournisseurs ou les clients, ce qui permet de prendre des décisions sur les
prévisions liées aux produits et l’acheminement des produits dans un esprit de
collaboration. La communication des renseignements sur la demande, des détaillants
aux fournisseurs, permet de réduire les délais d’approvisionnement, d’optimiser
la production et de diminuer l’inventaire.
Internet permet aussi aux
consommateurs d’adapter plus facilement leur commande de produits à leurs
besoins et à leurs préférences. Les détaillants peuvent présenter des milliers
de choix mais, par l’entremise des communications électroniques, les choix
personnels de plusieurs milliers de clients peuvent être regroupés en lots de
commandes acheminés aux fournisseurs.
La relation avec les fournisseurs
est renforcée grâce à Internet, ce qui améliore le flux de l’information entre
les parties et favorise la prise de décisions dans un esprit de collaboration.
Selon l’étude sur les expéditeurs du
CELTC, il y a des répercussions sur la chaîne d’approvisionnement[7]. Comme le résume le tableau 4,
plus de 25 % des expéditeurs interrogés (et plus de 50 % des
expéditeurs qui répondent à la question) indiquent que le commerce électronique
rend possible une nouvelle stratégie de distribution auprès des fournisseurs,
des fournisseurs de services de transport et de la clientèle commerciale.
|
Tableau 4 Le recours au
commerce électronique permet-il d’adopter de nouvelles stratégies de
distribution? |
|
|
|
|
|
|||||
|
Avec |
Oui |
Non |
NSP / S/O |
Total des réponses |
Pas de réponse |
|
||||
|
Les
fournisseurs de produits et de matériel |
51 % |
29 % |
20 % |
100 % |
55 % |
|
||||
|
Fournisseurs
de services de transport |
54 % |
27 % |
19 % |
100 % |
53 % |
|
||||
|
Votre
propre entreprise |
45 % |
36 % |
19 % |
100 % |
52 % |
|
||||
|
Votre
clientèle commerciale |
57 % |
29 % |
14 % |
100 % |
51 % |
|
||||
|
Les
consommateurs finals |
37 % |
29 % |
34 % |
100 % |
61 % |
|
||||
|
Le gouvernement |
24 % |
36 % |
40 % |
100 % |
60 % |
|
||||
|
Source :
Hinchcliff, 2001 |
|
|
|
|
|
|
||||
Ces données sont corroborées par une
étude réalisée vers le milieu de l’an 2000 auprès de 250 expéditeurs
américains importants par Morgan Stanley Dean Witter (MSDW). Selon cette étude,
70 % des répondants s’attendaient à ce que leurs besoins en transport de
marchandises changent à la suite du recours au commerce électronique et
44 % ont dit qu’un fournisseur de transport de marchandises devait avoir
une connectivité de commerce électronique pour pouvoir soumissionner dans leur
domaine d’activité. Les fonctions les plus recherchées sur les sites Web des
transporteurs sont le suivi et le retracement des envois en temps réel. Un
déplacement vers des services de messagerie a été constaté par 65 % des
expéditeurs interrogés, ce qui rend compte d’une tendance plus vaste dans
l’industrie. L’enquête a permis de mettre en lumière d’autres changements
importants, notamment une augmentation du recours au transport routier local et
aux services de messagerie (Valentine, 2001).
De même, KPMG a dressé le classement
suivant rendant compte de la pertinence des offres de services de transporteurs
dans Internet par les expéditeurs : suivi des envois, rubrique d’aide à
utiliser par les clients, visibilité de l’envoi pour tous les partenaires de la
chaîne d’approvisionnement, affichage de l’information, communication en ligne
avec les clients, renseignements sur la facturation et capacités
transactionnelles du client. Les points les moins importants, même s’ils restent
significatifs, sont les suivants : espace libre offert aux enchères à prix
réduit, commandes en ligne, planification axée sur la collaboration, inventaire
juste à temps, gestion et prix.
8. Conséquences de
l’évolution de la demande liée à Internet sur le transport
Internet permet des stratégies
d'intégration et de collaboration au niveau de la chaîne d'approvisionnement
comme en témoignent les systèmes d’approvisionnement sur demande,
l’amélioration des processus logistiques et de fabrication, les inventaires
centralisés et l’approvisionnement électronique. Internet permet la vente au
détail en ligne, la désintermédiation et la matérialisation électronique. Le
tableau 5 résume les principales répercussions sur le transport pour ce qui est
de la demande de transport, de l’évolution éventuelle des modes de transport et
des capacités des transporteurs.
|
Tableau 5 Évolution de la chaîne d’approvisionnement liée aux affaires
électroniques et conséquences pour le transport |
|
|
Impact sur la chaîne d’approvisionnement |
Conséquences pour les transporteurs |
|
Collaboration et intégration liées à Internet |
Les transporteurs doivent pouvoir participer
à des partenariats. |
|
Envois plus petits et plus fréquents |
Déplacement du mode de transport vers des
transporteurs qui acheminent de petits paquets. Nécessité de créer une plus grande capacité
de groupage et une capacité de transbordement. |
|
Visibilité de l’envoi |
Suivi et retracement des envois en temps réel
sur le Web. Capacité d’échanger de l’information. |
|
Fiabilité et vitesse |
Déplacement vers des modes de transport
intrinsèquement plus fiables. Amélioration du service nécessaire pour les
modes de transport actuels. |
|
Moins d’envois urgents |
On passe de modes de transport et de
transporteurs plus rapides à des modes de transport et à des transporteurs
plus lents mais fiables. Meilleure utilisation du matériel. |
|
Moins de mouvements gaspillés, moins de
retours et de mouvements de positionnement |
Réduction de la demande globale de transport. |
|
Amélioration du chargement/nivellement de la
demande |
Meilleure utilisation du matériel. |
|
Expédition directe au client |
Nécessité de créer une capacité de groupage. Nécessité de créer une capacité de
transbordement. |
|
Livraison directe au client |
Systèmes de livraison à des destinations
résidentielles. Livraisons après les heures de travail et
pendant les fins de semaine. |
|
Partage de l’information sur la demande |
Meilleure utilisation du matériel. |
|
Groupage des charges |
Changement des modes de transport. |
|
Augmentation du troc |
Réduction de la demande |
|
Diversification des sources
d’approvisionnement |
Demande d’une capacité de service
diversifiée. Passage de modes de transport nationaux à des
modes de transport internationaux. Proposition multimodale. |
|
Maximisation du pouvoir d’achat |
Pression sur les marges bénéficiaires. |
|
Approvisionnement électronique;
automatisation et rationalisation des processus d’approvisionnement |
Possible grâce au Web. Participation à des bourses commerciales
électroniques. Plus grandes possibilités commerciales. |
|
Soumissions, enchères, bourses commerciales |
Meilleure utilisation de la capacité. Plus grandes possibilités commerciales. Intensification de la concurrence par les
prix. |
|
Matérialisation électronique |
Réduction de la demande de transport de
produits finaux et des mouvements intermédiaires ou de matières premières. |
|
|
|
Les changements concernant la
demande de transport portent sur ce qui suit :
$ La
matérialisation électronique réduit la demande de transport de produits
numérisés, notamment des produits papier contenant de l’information. Par
conséquent, les transporteurs de produits papier et de tous les matériaux de la
chaîne d’approvisionnement du papier, notamment les services postaux, sont
directement concernés. Indirectement, l’efficacité de la chaîne
d’approvisionnement et la modification des habitudes de travail peuvent réduire
la quantité de matériaux de construction nécessaires pour la création d’un
espace de fabrication, d’entreposage, de vente au détail et de travail et, par
conséquent, le transport de matériaux de construction.
$ La
vente au détail en ligne et l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement que
permet Internet entraînent l’ajournement des inventaires en aval, réduisent le
risque du retour ou du repositionnement des produits et, par conséquent, la
demande de transport. Les améliorations du processus de gestion de la chaîne
d’approvisionnement, notamment l’expédition directe et le nivellement des
expéditions, contribuent aussi à réduire la demande de transport.
$ Les
approvisionnements électroniques réduisent la demande de transport du fait que
l'on échange des produits plutôt que de les transporter.
$ L'approvisionnement
électronique facilite la diversification des sources d'approvisionnement, ce
qui peut aboutir à une augmentation de la demande de transport par suite de
l'allongement des distances de transport de produits.
$ Internet
poursuit la tendance à la substitution des inventaires par le transport dans
les systèmes d’approvisionnement sur demande, augmentant ainsi la demande d’un
transport rapide et fiable.
·
Internet
a facilité l’optimisation et la planification qui permettent de réduire ou de
mieux planifier le mouvement des marchandises. Les soumissions se font en lots
groupés plus importants du fait que les expéditeurs ont de plus grandes
possibilités de grouper la marchandise interne et la marchandise entre eux. La
demande de transport peut être adaptée par le nivellement de la production que
permettent la méthode juste à temps et des stratégies de réponse rapide qui
dépendent grandement de l’échange d’information.
Les changements concernant les
exigences du transport sont les suivants :
·
La
vente au détail électronique et les stratégies de gestion de la chaîne
d'approvisionnement qui ont pour effet d'aspirer les produits dans la chaîne au
lieu de les y pousser, augmentent la fréquence de la demande de livraison de
petites quantités. En règle générale, ces livraisons sont très fiables et très
rapides.
·
La
vente au détail électronique modifie également la destination de ces livraisons
vers les résidences en dehors des heures de travail normales.
·
En
revanche, l'approvisionnement électronique et une meilleure planification
logistique peuvent se traduire par un groupage des envois plus important chez
les expéditeurs. Par conséquent, les améliorations des processus de la chaîne
d'approvisionnement permettent une meilleure planification avancée. Cela
aboutit à une baisse des envois urgents et à des envois plus importants.
·
Les
systèmes d'approvisionnement sur demande et la vente au détail électronique
s'adaptent à la demande, de sorte que la vitesse, la fiabilité et la
flexibilité sont des caractéristiques des systèmes logistiques très prisées.
Bon nombre de transporteurs sont sélectionnés en raison de leur capacité
d'offrir ce paramètre de service (transport rapide et fiable de petits envois)
et de réduire les coûts au minimum par le groupage et le transbordement de
marchandises.
·
Les
intrants des transports peuvent remplacer les intrants des inventaires dans le
système logistique grâce à l'utilisation d'un moyen de transport plus rapide et
plus fiable (pour réduire les stocks pour les cas d'imprévu) ou du transport
longue distance (pour centraliser l'inventaire et réduire les stocks).
Les changements concernant la
capacité de transport sont les suivants :
·
Pour
participer aux chaînes d'approvisionnement qui offrent ces résultats, les
transporteurs doivent se doter de nouveaux moyens en ce qui concerne la
technologie de l'information. La capacité de fournir et d'échanger des
renseignements en temps réel sur la progression des envois et des véhicules de
transport avec de nombreux partenaires dans la chaîne d'approvisionnement revêt
de plus en plus d'importance; pour de nombreux expéditeurs, c'est l'un des
critères fondamentaux du choix d'un transporteur. La connectivité et la
visibilité de l’information sont des caractéristiques du transport qui
deviennent de plus en plus des exigences minimales auxquelles doit répondre un
expéditeur dans le milieu des affaires électroniques.
·
Pour
faire partie de chaînes d'approvisionnement sur Internet, les transporteurs
doivent être branchés pour pouvoir échanger des renseignements et effectuer des
opérations, comme la vente de leurs services en ligne et la fourniture de
renseignements sur la situation d'envois.
·
Les transporteurs
ont de plus en plus besoin de participer à des partenariats pour échanger des
renseignements sensibles et appuyer la collaboration et l’intégration de la
chaîne d’approvisionnement.
·
À
mesure que les envois sont plus petits et sont destinés directement à la
consommation, la capacité de grouper et de dégrouper la marchandise par
l’entremise du transbordement devient impérieuse pour le transport efficace des
marchandises.
Les changements éventuels des modes
de transport sont les suivants :
·
Les stratégies
d'aspiration, la centralisation des inventaires, la vente au détail
électronique et la tendance à contourner les intermédiaires aboutissent
généralement au remplacement du transport de gros envois sur de longues
distances par celui d'envois plus petits. Cela peut signifier un déplacement
des envois en train, en camion et de détail par camion au profit respectivement
des envois par camion, de détail par camion et des services de messagerie.
·
Les
mêmes forces rendent plus attrayants les modes de transport fondamentalement
plus fiables et plus rapides. À nouveau, cela entraîne un déplacement de la
demande de transport des envois de détail par camion aux services de
messageries ou des envois par train aux envois en camion complet.
·
La
vente au détail électronique permet généralement de remplacer le magasinage en
voiture par la livraison locale d'envois multiples par camion.
·
L’approvisionnement
électronique pourrait signifier un déplacement des services de messagerie au
profit des envois de détail par camion et des envois de détail par camion au
profit des envois par camion en raison d’un meilleur groupage et d’une
meilleure planification. La diversification des sources d’approvisionnement
verra un déplacement des transporteurs nationaux vers les transporteurs
internationaux.
·
À
mesure que les expéditeurs contrôlent les processus de la chaîne
d’approvisionnement, ils planifient mieux et ont moins d’urgences. Le transport
des marchandises coûte ainsi moins cher et l’on fait appel à des transporteurs
plus lents mais moins coûteux.
Impacts sur les transporteurs en
matière de concurrence et de productivité :
C Les
bourses commerciales électroniques et les achats électroniques vont exercer une
plus grande pression sur les prix des transporteurs.
C
Grâce
aux achats de transport en ligne, les transporteurs qui sont branchés à
Internet aurons un plus grand accès aux expéditeurs.
C Internet
permet aux expéditeurs d’échanger de l’information avec les transporteurs, ce
qui aidera les transporteurs à mieux utiliser leur matériel.
De nombreuses études mettent en
lumière l’orientation générale de l’utilisation et de l’impact d’Internet sur
le marché et l’industrie du transport mais l’orientation et l’ampleur des
répercussions d’Internet sur le transport dépendent des marchés, de l’industrie
et des clients. Les transporteurs devront s’adapter à l’évolution des besoins
de leurs clients à mesure qu’ils ont recours aux affaires électroniques. En
analysant la façon dont Internet va influer sur les décisions des clients en
matière d’approvisionnement, de stratégies des voies de vente au détail et de
demande fondamentale, les transporteurs pourront prévoir et planifier leur
offre de service, leur capacité et leur stratégie en matière d’affaires
électroniques.
Les planificateurs en transports doivent relever le défi complexe de synthétiser ces estimations afin de déterminer l’impact net sur les besoins en infrastructure de transport. Ainsi, les modèles de livraison juste à temps et les autres systèmes d’approvisionnement sur demande, issus du commerce électronique entreprise à entreprise et de l’échange d’information ont leurs propres contraintes de temps. L’infrastructure physique, comme les routes congestionnées et les demandes imprévisibles dues aux urgences climatiques rendent les systèmes de livraison rationalisés et efficaces sensibles aux défaillances. Ainsi, l’inventaire de deux heures de sièges et d’autres pièces automobiles que les usines Ford Motor Co. privilégiaient est passé à un inventaire de quatre heures afin de s’assurer que les intrants étaient suffisants pour exploiter l’usine sans interruption. Les camions qui arrivent en retard en raison d’une variété de problèmes liés à l’infrastructure rendent ce changement nécessaire. Certains fabricants ont dû avoir recours au fret aérien et garder des quais de chargement ouverts toute la nuit pour que les camions puissent arriver en dehors des heures de pointe. À l’autre bout de la chaîne d’approvisionnement, les coûts d’une rupture de stock dans un magasin de détail sont d’abord assumés par le client et ensuite par le détaillant qui perd des ventes. La documentation de ces coûts ne fait que commencer. Il est clair que l’efficacité de la logistique de la chaîne d’approvisionnement et la vitesse des communications dans Internet ne peuvent compenser les contraintes de l’infrastructure actuelle, ni les coûts qu’entraînent des décisions qui sont prises par des machines et non pas par des hommes et des femmes.
III. Adoption et utilisation
des affaires électroniques dans le secteur des transports[8]
1. Survol
Les affaires électroniques sont tout
autant un enjeu qu’une possibilité à exploiter en matière de transport. Il
s’agit d’un enjeu dans la mesure où la chaîne d’approvisionnement a de
nouvelles exigences et de nouvelles capacités qui se répercutent sur la demande
de services de transport, créant, dans de nombreux cas, de nouvelles exigences
d’approvisionnement. Ces points ont été examinés à la section II. Les affaires
électroniques représentent aussi une possibilité, pour les entreprises de
transport, d’utiliser la technologie pour améliorer le service, augmenter la
productivité et réduire les coûts. Il s’agit donc à la fois d’un enjeu et d’une
possibilité puisque Internet réinvente le marché grâce à la création de bourses
de marchandises. La capacité de relever ces défis et de saisir ces possibilités
est particulièrement importante pour les expéditeurs canadiens. Les capacités
de transport du Canada, en tant que nation essentiellement commerçante,
déterminent en partie sa compétitivité sur le marché international des biens et
services. Les entreprises canadiennes de transport doivent relever un autre
défi : faire face à la concurrence d’entreprises américaines importantes
et bien situées. Cette section est un survol de l’adoption et de l’utilisation
de la technologie des affaires électroniques par l’industrie des transports et
met particulièrement l’accent sur les transporteurs canadiens lorsque cela est
possible.
Internet est une technologie
habilitante, un ensemble puissant d’outils qui peuvent être utilisés,
prudemment ou imprudemment, par presque n’importe quelle industrie et dans le
cadre de presque n’importe quelle stratégie (Porter, 2001). Internet tend à modifier
les structures de l’industrie, à amoindrir la rentabilité globale et à réduire
la capacité de toute entreprise de créer un avantage concurrentiel qui peut
être maintenu. La question clé n’est pas de savoir s’il faut ou non déployer la
technologie Internet – les entreprises n’ont pas le choix si elles veulent
rester concurrentielles. Il s’agit de savoir comment la déployer.
2.
Compétence en matière de transport
en ligne
On peut vendre des produits
électroniquement mais ces produits (à moins qu’il ne s’agisse d’information)
doivent être livrés physiquement au client ou ramassés par le client. On parle
couramment d’approvisionnement électronique (ou simplement d’approvisionnement)
et le transport fait partie intégrante du processus d’approvisionnement, comme
les entreprises d’entreposage, les services de logistique de tiers, les
fournisseurs de services d’applications (FSA), les fournisseurs de logiciels
pour la chaîne d’approvisionnement et les bourses commerciales. À mesure qu’une
quantité croissante de produits va se vendre en ligne, des changements vont se
produire dans les types et la qualité des services exigés. Dans les affaires
électroniques B2B et B2C, les clients s’attendent à ce que l’approvisionnement
électronique corresponde à un certain niveau de rendement, de vitesse et de
précision, dépassant de loin leurs attentes quant au rendement d’entreprises
plus traditionnelles. La demande de nouveaux services qui facilitent
l’opération totale de transport et l’intégration du soutien à la chaîne d’approvisionnement
sont peut-être des éléments tout aussi importants.
KPMG a élaboré le modèle de maturité
des affaires électroniques présenté à la figure 3 (KPMG, 2000). Le modèle
décrit les étapes de l’utilisation d’Internet par les entreprises de transport.
Plus le niveau de maturité est grand, plus l’entreprise (le transporteur) a
personnalisé son service et intégré ses processus à ceux de ses clients.
À l’étape 1, l’étape du marketing,
l’objectif est de faire connaître la marque. Un transporteur utilise Internet
comme babillard pour diffuser l’information de base sur son entreprise, comme
son nom, sa marque, ses produits et ses adresses. Il s’agit, par exemple,
d’afficher des renseignements sur les adresses de l’entreprise, ses cadres, ses
produits et son historique.
À l’étape 2, l’étape de la
publication, l’objectif consiste à donner aux clients des renseignements
commerciaux sur la prise de décision. Le transporteur utilise Internet pour
réduire les coûts de publication de données spécifiques sur l’entreprise auprès
des clients, des partenaires et du personnel. La communication reste
unilatérale et fait généralement intervenir l’intranet de l’entreprise. Les
utilisateurs peuvent télécharger des documents joints, notamment :
·
Renseignements
sur les prix
·
Guide
des avantages sociaux des ressources humaines
·
Renseignements
sur la facturation
·
Rapports
annuels
À l’étape 3, l’étape
transactionnelle, il s’agit d’ouvrir et de gérer un compte électroniquement. Le
transporteur utilise Internet pour créer des flux d’information bilatéraux, ce
qui permet de réaliser un petit nombre d’opérations commerciales avec des
clients ou des partenaires. Ainsi, les clients peuvent non seulement avoir
accès à de l’information sur leurs envois mais aussi passer et modifier des
commandes. Cette étape peut inclure un certain degré d’intégration avec le
bureau administratif et les systèmes existants mais elle sert souvent uniquement
de connexion de première ligne et ne laisse que peu de place à un remaniement
des processus ou de la technologie. Les capacités sont les suivantes :
·
Commandes
en ligne
·
Achats
de fournitures
·
Suivi
des envois
·
Rapports
des temps de travail et des dépenses
·
Communication
en ligne
·
Achats
de matériel
·
Paiement
de facture de transport
Enfin, l’étape 4, ou étape de
l’intégration, correspond au niveau de maturité interactif ou de coordination
des processus. Les transporteurs utilisent Internet pour procéder à toutes
leurs opérations commerciales et de partage de l’information avec les clients,
les employés et les partenaires. La technologie rend les sources d’information
visibles afin de maximiser les économies du fournisseur vers le consommateur.
Il s’agit d’une plate-forme commerciale sans papier où l’intégration avec le
bureau administratif, la réception et les systèmes client/partenaire est très
étroite. Les capacités intégrées sont les suivantes :
·
Visibilité
de l’envoi en temps réel
·
Gestion
des commandes des clients
·
Planification
axée sur la collaboration
·
Communication
sur le terrain avec les employés
Mullen Transportation est un
transporteur dont l’organisation, par certains aspects, correspond à l’étape 3
du modèle de maturité. L’entreprise a une relation de commerce électronique
directe avec Lafarge dans le cadre de laquelle un système Internet automatise
les communications entre les deux entreprises. Lafarge a ainsi plus de contrôle
sur ses envois grâce à la visibilité du processus, de l’usine jusqu’au client
(Transport Topics, 2000). Roadway Express a commencé son évolution sur le Web
en 1995 en créant son premier site Web et une équipe Web. En 1996, l’entreprise
ne se contentait plus de fournir de l’information mais pouvait expédier des
envois et en assurer le suivi. En 1999, elle créait my.roadway.com. Ce site
complet est un service tout en un qui regroupe tous les services Roadway. Ce système
est souple pour les clients et peut être adapté à leurs besoins; il effectue
des opérations en temps réel et soutient les processus commerciaux, de la
commande au service après la livraison. Selon Roadway, il y avait plus de
10 000 usagers au cours des neuf premiers mois (Puglia, 2001)[9]. Le CN est représentatif de la
situation qui caractérise nombre des chemins de fer de catégorie I en Amérique
du Nord. Le CN a établi une présence dans le Web qui mettait l’accent sur la
diffusion d’information de marketing moyennant un investissement minimal, en
1996 (étapes 1 et 2 du modèle de maturité). Le processus a pris de l’expansion
en 1997 pour permettre des interactions, comme des demandes de renseignements
de base, la personnalisation des services et le lien vers d’autres sites, ce
qui rapproche le CN de l’étape 3 du modèle de maturité. En 1998, la véritable
étape 3 prend forme grâce à des fonctions liées aux opérations, comme un
libre-service pour les clients, la planification de la chaîne
d’approvisionnement et des liens vers des collectivités de chaînes
d’approvisionnement, dont la mise en œuvre devrait être terminée en 2003.
Enfin, le CN a lancé un programme pour que sa capacité de commerce électronique
passe à l’étape 4, le niveau interactif, en 2000. Les fonctions que le CN
est en train d’élaborer sont les suivantes : applications CRM,
optimisation de la chaîne d’approvisionnement, FSA en temps réel et
personnalisation avancée (Clarke, 2000 et Henderson, 2000).
KPMG a réalisé une enquête auprès
d’importants transporteurs et expéditeurs à partir de son modèle, en octobre
1999 (KPMG, 2000). Selon cette enquête, les expéditeurs souhaitent que les
transporteurs en soient à l’étape interactive mais la plupart des transporteurs
n’en sont qu’à l’étape transactionnelle du modèle de maturité Internet. Selon
la même enquête, les transporteurs, les expéditeurs et les analystes
conviennent tous que les investissements prévus dans les affaires électroniques
ne permettront pas aux transporteurs de répondre aux attentes des transporteurs
ou des expéditeurs pour ce qui est de la collaboration; les transporteurs et
les clients semblent plutôt mettre en place des solutions technologiques
indépendantes et non pas interdépendantes. En fait, il semble y avoir une
possibilité importante d’avantage concurrentiel, peut-être même venant des
fournisseurs de technologie eux-mêmes.
Les transporteurs qui atteignent
l’étape 4 du niveau de maturité seront en mesure d’intégrer leur
personnel, leurs processus et leurs technologies aux processus de leurs
clients; ils se réserveront une part de marché et augmenteront les coûts de
transition, excluant ainsi potentiellement les transporteurs incapables
d’atteindre l’étape 4 ou qui s’y acheminent trop lentement. Les retardataires
n’ont aucune excuse. Toutefois, les petits transporteurs sont peut-être
handicapés par un inconvénient intrinsèque : ils sont obligés de faire
office de sous-traitants et d’offrir la capacité nécessaire aux transporteurs
qui sont en relation avec le client.
Dans une proportion de 41 %,
les transporteurs de l’enquête de KPMG ont indiqué qu’ils devançaient la
concurrence aujourd’hui (1999) contre 83 % dans deux ans. La plupart des
transporteurs pensent qu’ils feraient des pas de géant, en passant de l’étape
transactionnelle à l’étape interactive au cours des six prochains mois. Selon
les analystes et les expéditeurs, il faudrait plutôt compter deux ans. Dans
n’importe lequel des cas, cela indique que la plupart des transporteurs
importants devraient arriver à l’étape transactionnelle aujourd’hui. KPMG a
aussi mesuré l’intensité et l’orientation de l’utilisation d’Internet en
demandant aux transporteurs quelles étaient les activités Internet en vigueur
et prévues. Ces données sont résumées dans les tableaux 6 et 7. Les transporteurs,
pour la plus grande part, investissaient dans des initiatives axées sur les
clients; les applications concernant les fournisseurs, les employés et les
investisseurs arrivant loin derrière. Plus important encore, lorsqu’on compare
les 282 initiatives prévues au modèle de maturité, les transporteurs se
trouvent à une étape transactionnelle avancée plutôt qu’à l’étape interactive,
comme ils s’y attendaient.
|
Tableau 6. Initiatives en
vigueur et prévues, en pourcentage des transporteurs et en nombre
d’initiatives |
||||
|
Concernant
les intervenants |
Initiatives Internet en vigueur |
Initiatives Internet prévues |
||
|
|
% des transporteurs |
Nombre d’initiatives |
% des transporteurs |
Nombre d’initiatives |
|
Clients |
100 % |
177 |
95 % |
142 |
|
Fournisseurs |
68 |
49 |
68 |
90 |
|
Employés |
82 |
46 |
68 |
40 |
|
Investisseurs |
59 |
18 |
32 |
10 |
|
Total |
290
|
282
|
||
|
Source :
KPMG (2000) |
||||
Tableau 7. Liste partielle des activités en vigueur et prévues
|
||
|
Activités par intervenants |
Pourcentage de répondants mentionnant les activités |
|
|
|
En vigueur |
Prévues |
|
Clients : |
||
|
Affichage de l’information |
95 % |
23 % |
|
Suivi des envois |
95 |
36 |
|
Renseignements sur les prix |
73 |
32 |
|
Commandes en ligne |
73 |
45 |
|
Rubrique d’aide destinée
aux clients |
73 |
55 |
|
Opérations avec les clients |
73 |
68 |
|
Planification collective |
23 |
64 |
|
Fournisseurs / opérations : |
||
|
Achats |
36 % |
45 % |
|
Achats d’entretien / de
réparation |
23 |
55 |
|
Gestion des commandes des
clients |
23 |
55 |
|
Paiement de factures |
23 |
64 |
|
Employés : |
||
|
Communications sur le
terrain |
68 % |
27 % |
|
Recrutement |
64 |
36 |
|
Avantages sociaux des RH |
45 |
64 |
|
Rapports des temps de
travail et des dépenses |
32 |
36 |
|
Investisseurs : |
||
|
Affichage de l’information |
55 % |
14 % |
|
Libre-service |
23 |
23 |
|
Transactionnel |
5 |
9 |
|
Source : KPMG (2000) |
||
Une autre approche permettant
d’évaluer si les transporteurs répondent aux besoins des expéditeurs consiste à
comparer les initiatives des transporteurs aux services Internet les plus
prisés des expéditeurs. Le tableau 8 présente le classement des douze
activités Internet considérées comme étant importantes (dont la note est
supérieure à 2,5). Lorsqu’on compare ces capacités aux initiatives Internet des
transporteurs, la corrélation entre les deux groupes se fait uniquement pour 5
points sur 12. Il s’agit des activités suivantes : affichage
d’information, commandes en ligne, suivi des envois, rubrique d’aide destinée
aux clients et capacités transactionnelles du client. Ces activités sont
caractéristiques de l’étape transactionnelle de la maturité Internet alors que
les activités qui ne concordent pas sont caractéristiques du niveau interactif.
Selon l’enquête, 40 % des expéditeurs estimaient que les transporteurs
répondaient à leurs attentes alors que 13 % seulement ont indiqué que les
transporteurs dépassaient leurs attentes et 47 %, que les transporteurs ne
répondaient pas à leurs attentes. Les capacités spécifiques que les expéditeurs
souhaitent voir les transporteurs améliorer le plus sont les suivantes :
intégrer les processus Internet et de l’entreprise, adopter des normes communes
et suivre et retracer efficacement les envois. Selon un expéditeur :
« Il n’y a pas de langage commun pour les outils; il n’y a pas de normes à
l’échelle de l’industrie » (KPMG, 2000).
Soulignons toutefois que la majorité
des expéditeurs ne se livrent pas non plus à des activités sophistiquées dans
Internet; plus de la moitié d’entre eux n’utilisent pas actuellement Internet
pour gérer leurs chaînes d’approvisionnement et la plupart exige uniquement des
capacités correspondant à l’étape 3 (transactionnelles plutôt qu’interactives).
Dans une proportion de 43 %, les expéditeurs ont recours de façon
significative à Internet pour gérer les chaînes d’approvisionnement mais
100 % pensent le faire d’ici deux ans.
Tableau 8
Pertinence des services offerts dans Internet par les transporteurs –
Point de vue des expéditeurs
Activité Note
Suivi des envois 3,8
Rubrique d’aide destinée aux clients 3,7
Visibilité de l’envoi pour tous 3,6
Affichage d’information pour les
partenaires
de la chaîne d’approvisionnement 3,5
Communication en ligne avec les
clients 3,5
Information sur la facturation 3.3
Capacités transactionnelles du
client 3,3
Espace libre offert aux enchères à
tarif
réduit 3,1
Commandes en ligne 3,1
Planification axée sur la
collaboration 3,1
Gestion de l’inventaire juste à
temps 3,0
Prix 3,0
Source : KPMG, 2000
3. Participation des
transporteurs à Internet
La plupart des applications exigent
que le transporteur ait non seulement accès à Internet mais qu’il ait un site
Web accessible aux clients, aux employés et à d’autres partenaires internes ou
de la chaîne d’approvisionnement. Selon une enquête de Statistique Canada de
1999, seuls 17,6 % des entreprises de transport et d’entreposage avaient
des sites Web, bien que ces entreprises comptent pour 51,1 % de l’activité
économique du secteur (Bakker, 2000). Voir le tableau 9 pour les statistiques
connexes. Une enquête de Transports Canada sur les transporteurs et les
entreprises de transport connexes réalisée pendant l’été 2000 est résumée dans
le tableau 10. Puisque le cadre de l’enquête de Transports Canada regroupait
uniquement les grandes entreprises, la présence plus forte, quoique
minoritaire, des sites Web dans le secteur des transports indiquée dans le
tableau est probablement raisonnable. Cette enquête a aussi permis d’évaluer si
les sites Web étaient simplement des babillards présentant de l’information
(niveau 1 ou N1) ou s’ils étaient utilisés pour réaliser des opérations et un
suivi (niveau 2 ou N2). Les chiffres laissent croire que les transporteurs les
plus importants, dans le domaine du transport routier mais surtout ferroviaire
sont branchés à Internet à l’étape transactionnelle de la maturité Internet
alors que les ports et les autorités portuaires sont encore loin de la capacité
transactionnelle.
|
Tableau 9 Utilisation d’Internet par l’industrie |
|
|||
|
Caractéristiques de l’utilisation d’Internet |
Secteur |
|
||
|
|
Transport
et entreposage |
Fabrication |
Vente au
détail |
Tout le
secteur privé |
|
% des
entreprises qui utilisent Internet |
43,8 |
63,7 |
40,5 |
52,8 |
|
% des
entreprises qui n’ont pas l’intention d’utiliser Internet |
51,2 |
24,4 |
43,5 |
37,1 |
|
% de
l’activité économique attribuable aux entreprises qui utilisent Internet |
79,5 |
s/o |
s/o |
75,4 |
|
% des
employés qui ont accès à un PC, à un poste de travail ou à un terminal |
40,6 |
42,7 |
53,4 |
55,6 |
|
% des
employés ayant accès à Internet |
17,9 |
20,4 |
13,1 |
28,4 |
|
% des
entreprises ayant un site Web |
17,6 |
31,7 |
16 |
21,7 |
|
% de
l’activité économique attribuable aux entreprises ayant un site Web |
51,1 |
55,4 |
32,3 |
44,8 |
|
% des
entreprises qui utilisent Internet et qui ont un site Web |
40,3 |
49,8 |
39,5 |
41,1 |
|
% des
entreprises qui utilisent Internet pour vendre des biens et des services |
10,1 |
14,9 |
10,9 |
10,1 |
|
% de
l’activité économique attribuable aux entreprises qui utilisent Internet pour
vendre |
21,1 |
16,3 |
21,9 |
17 |
|
% des
entreprises qui utilisent Internet pour vendre des biens ou des services |
23 |
23,3 |
27 |
19,1 |
|
Ventes
par Internet avec ou sans paiement en ligne (millions) |
164,3 |
900 |
610,6 |
4 179,7 |
|
Ventes
par Internet en pourcentage du revenu d’exploitation total |
0,3 |
0,2 |
0,3 |
0,2 |
|
% des
entreprises qui utilisent Internet pour acheter des biens ou des services |
10,7 |
18,9 |
10,8 |
13,8 |
|
% de
l’activité économique attribuable aux entreprises qui utilisent Internet pour
faire des achats |
27,8 |
31,8 |
15,7 |
25,1 |
|
% des
entreprises qui utilisent Internet et qui l’utilisent pour acheter des biens
ou des services |
24,4 |
29,7 |
26,7 |
26,2 |
|
Entreprises
qui n’utilisent pas Internet |
|
|
|
|
|
Les biens
et services que nous fabriquons ne se prêtent pas à la conclusion
d’opérations dans Internet |
36,3;
11,6 |
34,2; 21 |
24,3;
16,5 |
35,3;
15,8 |
|
Préfèrent
conserver le modèle commercial personnel |
31,5;
20,3 |
35; 29,6 |
35,9;
30,8 |
32,9;
22,7) |
|
Préoccupations
quant à la sécurité |
15,8;
16,1 |
25; 27,5 |
20,2;
28,5 |
21,3;
18,2) |
|
Entreprises
qui utilisent Internet |
|
|
|
|
|
Les biens
et services que nous fabriquons ne se prêtent pas à la conclusion
d’opérations dans Internet |
14,9; 7,1 |
17,8;
18,6 |
15,8; 12 |
21,9; 9,5 |
|
Préfèrent
conserver le modèle commercial personnel |
26,5;
11,3 |
35,8;
24,1 |
39,4;
15,2 |
31,7;
14,3 |
|
Préoccupations
quant à la sécurité |
10,2; 5,4 |
13,1;
18,3 |
16,7;
14,4 |
11,8;
11,6) |
|
Source :
Bakker (2000) |
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