Le présent rapport de recherche a été préparé à la demande du Comité d’examen de la Loi sur les transports au Canada. Il renferme les constatations et les opinions du(des) auteur(s), mais ne reflète pas nécessairement les opinions du Comité d’examen ou de ses membres.

 

 
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Le financement, l’établissement des coûts, la tarification et le rendement des aéroports

 

 

Un rapport soumis au Comité d’examen de la Loi sur les transports au Canada

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Rapport préparé par :

Professeur David Gillen

School of Business & Economics

Wilfrid Laurier University

Waterloo (Ontario)

et

Institute for Transportation Studies

University of California

Berkeley (Californie)

 

Dr Len Henriksson 

Faculty of Commerce & Business Administration

University of British Columbia

Vancouver (C.-B.)

 

Professeur William Morrison

School of Business & Economics

Wilfrid Laurier University

Waterloo (Ontario)

 

 

Avril 2001

 

 

 

 


Remerciements

Au cours de la réalisation de cette étude, nous avons bénéficié de l’aide de nombreuses personnes. Nous exprimons d’abord notre gratitude à tous les responsables des aéroports canadiens pour le temps et l’information qu’ils ont si généreusement mis à notre disposition. Les entrevues que nous avons menées aux aéroports partout au pays, avec des responsables de Transports Canada et avec des représentants du Conseil des aéroports du Canada, nous ont aidés à comprendre les enjeux et les préoccupations des différents acteurs. Nous remercions également John Lawson, co-directeur de la recherche du Comité d’examen, pour son appui indéfectible, l’aide et l’encouragement qu’il nous a apportés, et ses nombreux commentaires et suggestions. Enfin, nous sommes reconnaissants à Elena Catoiu, Simon Chan, Elaine Cheung, Natalia Larocque et Carol Seely-Morrison pour leur excellent travail d’aide à la recherche tout au long de cette étude. Les opinions exprimées dans le présent rapport sont celles des auteurs et non celles du Comité d’examen de la Loi sur les transports au Canada.

 

David Gillen

Len Henriksson

William Morrison

 

Avril 2001

 

 


Sommaire

Le présent rapport examine les huit aéroports les plus importants du Réseau national d’aéroports du Canada, ainsi qu’un certain nombre d’aéroports régionaux et locaux. Notre recherche visait à mieux comprendre les activités des aéroports en ce qui touche l’investissement, la prestation des services, la tarification et le financement, sous le régime de la Politique nationale des aéroports de 1995.

La politique de 1995 constituait un changement de cap radical par rapport aux politiques antérieures, qui faisaient du gouvernement le propriétaire, le constructeur et le gestionnaire de l’infrastructure des aéroports. Normalisée, sa politique s’appliquait à tous les aéroports, depuis l’aéroport Pearson de Toronto jusqu’à celui de Yarmouth, en Nouvelle-Écosse.

La nouvelle politique alignait davantage la propriété et la gestion des aéroports sur les conditions réglementaires régissant d’autres secteurs de l’industrie du transport aérien. Un processus d’allégement progressif de la réglementation des lignes aériennes, amorcé au milieu des années 1980, avait débouché sur une déréglementation officielle en 1988. La privatisation du contrôle de la circulation aérienne a été concrétisée le 1er novembre 1996 lorsque le gouvernement fédéral a cédé la responsabilité et les installations du Système de navigation aérienne (SNA) à la société NAV CANADA pour la somme de 1,5 milliard de dollars canadiens.

La Politique nationale des aéroports (PNA) visait à céder les aéroports aux collectivités locales et à encourager l’esprit d’entreprise par la mise en place d’un ensemble de stimulants. On espérait ainsi que les aéroports puissent répondre aux demandes de services des usagers dans un environnement plus concurrentiel. Le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande procédaient alors à une semblable déréglementation de l’infrastructure. Enfin, la PNA reconnaissait que les aéroports des diverses régions ne servaient pas tous aux mêmes fins et faisaient face à des demandes et à des pressions concurrentielles d’ordre différent.

Le mandat de la présente recherche, soumise au Comité d’examen, consistait à évaluer si les programmes visant les aéroports (et les aéroports exploités dans le cadre de ces programmes) répondaient aux besoins du Canada et des Canadiens. Au cours de notre recherche, nous avons examiné plusieurs questions. Quelles étaient les « pierres d’achoppement »? Comment la Loi sur les transports au Canada pourrait-elle être modifiée de façon à rendre l’utilisation et les incidences de l’infrastructure aéroportuaire davantage conformes au rôle que cette dernière est censée jouer?

Nous nous sommes penchés sur les diverses pratiques tarifaires ayant cours aux différents aéroports. Nous avons également examiné les coûts et les investissements, et comment ceux-ci variaient avec la hausse du trafic. Enfin, nous avons abordé des questions relatives au financement et, en particulier, à la capacité financière et à l’effort financier de ces mêmes aéroports.

Aux fins de cette étude, nous avons interrogé des gestionnaires et des cadres supérieurs de plus de trente aéroports, depuis les aéroports internationaux à circulation élevée de Toronto et de Vancouver, aux plus petits, tels ceux de Sault Ste. Marie, en Ontario, de Saint John, au Nouveau-Brunswick, et de Fort St. John, en Colombie-Britannique. La rétroaction que nous avons reçue laisse croire que la conception de la PNA, son mode de mise en oeuvre et la façon dont les normes de sécurité sont appliquées par Transports Canada exercent une influence déterminante sur la viabilité financière des aéroports.

La figure 1 (ci‑après) donne une image d’ensemble du système de gestion des aéroports canadiens, tel que nous l’envisageons dans nos recommandations. Le gouvernement devrait viser à établir un cadre d’exploitation transparent pour les aéroports, en ce qui touche leurs pratiques commerciales, leurs rapports avec différents échelons de gouvernement et les aspects techniques de leur fonctionnement. Cette transparence serait atteinte en partie grâce aux changements institutionnels liés à un système aéroportuaire « à trois niveaux », qui refléterait davantage la capacité financière et l’effort financier des aéroports. De plus, une clarification des rôles de Transports Canada et d’autres acteurs tels Environnement Canada et le Bureau de la concurrence permettrait d’avoir des rapports mieux coordonnés entre les aéroports et le gouvernement, de libérer des ressources et de créer les stimulants nécessaires aux bonnes pratiques commerciales.

Recommandations

Le présent rapport contient sept recommandations clés dont, à notre avis, le Comité d’examen devrait tenir compte.

La politique nationale des aéroports : La Politique nationale des aéroports (PNA) a été mise en oeuvre avec un degré variable de concertation avec les aéroports, les lignes aériennes et la collectivité en général. Cette approche inégale, jumelée à l’emploi de critères commerciaux et politiques arbitraires, a fait en sorte que les aéroports classés comme « membres du Réseau national d’aéroports » (RNA), tout comme ceux de la catégorie « aéroports régionaux », ont été groupés de façon inappropriée, sur le plan de leur capacité financière et de leur rôle au sein du réseau canadien du transport aérien commercial. Actuellement, cette situation fait peser une menace sur l’avenir de certains aéroports.

Nous recommandons que l’actuel système de classification soit remplacé par un système à trois niveaux, qui accorde une juste importance à la capacité financière des aéroports et à leur position sur le marché.

Le niveau I de la classification devrait se restreindre aux huit aéroports les plus importants, soit ceux de Vancouver, Calgary, Edmonton, Winnipeg, Toronto (Pearson), Ottawa, Montréal (Dorval) et Halifax. Le niveau II comprendrait les autres aéroports qui font actuellement partie du Réseau national d’aéroports (RNA), et nous recommandons que tous les aéroports de niveau II évoluent vers une privatisation complète. Nous recommandons également que le système de classification soit souple, de manière à permettre le passage des aéroports d’un niveau à l’autre, si les conditions du marché évoluent.

Conditions et arrangements relatifs aux baux fonciers : Les arrangements actuels touchant les baux fonciers qu’a négociés Transports Canada avec les aéroports du RNA ont placé plusieurs aéroports dans une situation financière vulnérable. Les paiements de loyers des aéroports sont actuellement une combinaison de coûts fixes et de coûts variables. La formule actuelle fonctionne indirectement comme une réglementation par plafonnement des prix, en limitant les revenus qu’un aéroport peut conserver en pratiquant une politique de prix efficace et en faisant preuve d’esprit d’entreprise. De plus, la formule utilise des points de comparaison pour la détermination des coûts applicables au revenu net, ce qui cause une distorsion des stratégies de minimisation des coûts et engendre des pertes sur le plan de l’efficacité et du bien-être économique.

Nous nous interrogeons sur la pertinence des paiements de loyers en tant que tels. Si le terrain est affecté à un aéroport et n’est utilisé à aucune autre fin, le paiement de loyer est un pur transfert de rente économique. Il impose un fardeau injuste aux aéroports, n’a aucun impact réel sur l’efficience et devrait être abandonné. Le fait que pour de nombreux aéroports, les paiements de loyers aient bénéficié d’une longue période de grâce tend à confirmer notre argument. Si les paiements de loyers doivent refléter le coût d’option du terrain, un tel arrangement devrait figurer dans chaque bail plutôt que la variété des formules qui existent actuellement.

Si les paiements de loyers sont maintenus, les baux devraient prévoir des paiements liés à la fois au pouvoir de marché inhérent à l’emplacement et aux activités d’entreprise privée. Ces loyers devraient être perçus sous forme d’une contribution par passager, en tenant compte aussi bien de la compatibilité des incitations que de l’évolution de la conjoncture du marché externe. Une telle base d’établissement des loyers serait acceptable du point de vue fiscal et plus équitable que le présent arrangement. De plus, elle encouragerait les bonnes pratiques commerciales et réduirait le risque de fragiliser les aéroports en période de ralentissement économique. Les fonds provenant du paiement des loyers devraient être réservés aux investissements en infrastructures, et l’on devrait créer un nouveau fonds en capital. L’accès à ce fonds devrait être offert aux aéroports de niveau II et III n’ayant pas de bail, s’ils choisissent d’y contribuer. La notion de participation volontaire est importante car elle tient compte des choix qui se posent aux petits aéroports dans leurs efforts pour amasser des capitaux privés en fonction de leur capacité de génération de revenus, y compris ceux provenant des frais d’améliorations aéroportuaires (FAA). Un accès généralisé aux capitaux reconnaît par ailleurs le rôle des plus petits aéroports dans l’accroissement de la valeur du réseau aéroportuaire. L’adoption de telles recommandations marquerait la fin du Programme d’aide aux immobilisations aéroportuaires (PAIA).

Nous recommandons que les arrangements actuels des baux fonciers soient renégociés sur la seule base d’une contribution par passager. Les revenus en découlant devraient être placés dans un fonds en capital et servir au financement de projets d’infrastructure. Les aéroports n’ayant pas de bail devraient être autorisés à participer à ce fonds, également sur la base d’une contribution par passager. Les fonds devraient être affectés à des projets d’infrastructure dans l’ensemble du réseau aéroportuaire, à tous les aéroports qui y contribuent.

Rôle de Transports Canada : D’entrepreneur principal, exploitant et organisme de réglementation des aéroports qu’il était, Transports Canada se limite maintenant à l’exercice de la réglementation. Toutefois, son rôle n’a pas été clairement défini dans la PNA. Depuis la cession des aéroports, Transports Canada a mis en oeuvre des règles qui ne s’appliquaient pas lorsqu’il exploitait lui-même les installations aéroportuaires. De nouveaux règlements (fixant souvent des normes plus élevées qu’avant la cession) ont été imposés aux aéroports.

En outre, nous avons constaté que Transports Canada et d’autres ministères ont appliqué les règles et mené les négociations avec les aéroports d’une main de fer. Ce comportement a créé un environnement d’incertitude pour les aéroports, et leur a imposé des coûts directs qui n’étaient pas prévus au moment où la cession a été initialement négociée.

Nous recommandons que la nouvelle Loi sur les transports au Canada définisse de façon non équivoque le rôle de Transports Canada et celui des autres ministères fédéraux en matière de réglementation des aéroports. Les aéroports devraient disposer d’un droit, rattaché à cette loi, d’en appeler des décisions du gouvernement canadien. Toute réglementation nouvelle proposée par Transports Canada ou par d’autres ministères devrait être soumise à une analyse avantages-coûts avant d’être appliquée. Les règlements et normes satisfaisant au test d’un ratio avantages-coûts plus grand que 1 seraient pris en considération en vue d’une mise en oeuvre, et tout investissement nécessaire serait financé à même les fonds propres de l’État.

Tarifs et frais, et concurrence entre les lignes aériennes : Les tarifs exigés pour les services aéroportuaires varient énormément, même entre les huit grands aéroports du RNA. Cette variation est le reflet de la conjoncture du marché, ainsi que des écarts de capacité financière et d’effort financier entre les aéroports. La capacité financière mesure le potentiel d’un aéroport de générer des revenus, tandis que l’effort financier est le degré d’exploitation de la capacité financière.

            Nous ne partageons pas l’avis de ceux qui perçoivent les aéroports comme des monopoles. Nous croyons que les aéroports ne tirent de segments de marché monopolistique qu’une portion limitée de leurs revenus, tandis qu’une forte proportion de leurs recettes est soumise aux lois de la concurrence. Dans plusieurs cas, les aéroports sont en concurrence soit entre eux soit avec d’autres moyens de transport, dont le train et l’automobile. Enfin, dans un réseau d’aéroports en étoile, les aéroports périphériques sont sous l’influence des conditions de tarification aux aéroports pivots. Ces forces de la concurrence réduisent la capacité des aéroports d’exploiter un pouvoir à caractère monopolistique ou d’en abuser.

            Compte tenu de l’apport net au bien-être économique d’une tarification fondée sur les lois du marché et de l’absence d’éléments anticoncurrentiels génériques dans l’ensemble du réseau aéroportuaire, il y a lieu de croire que les aéroports ne devraient pas être assujettis à une réglementation directe (des prix), malgré la possibilité que certains aéroports surexploitent (« golden plating ») la situation. Les aéroports devraient plutôt faire l’objet du même examen détaillé par le Bureau de la concurrence que toute autre entreprise.

            Les aéroports ont un rôle clair, amplement démontré, sur le plan de la concurrence entre les lignes aériennes. La prise en charge des passagers exige des créneaux d’utilisation de pistes, des portes d’embarquement et un espace de comptoir, tous des éléments pouvant créer un environnement anticoncurrentiel lorsqu’il y a congestion. Les aéroports devraient avoir la mainmise sur ces installations et être incités à les tarifer (à l’exception des créneaux) selon les principes de la demande de pointe. Un mandataire indépendant représentant le gouvernement fédéral devrait vendre aux enchères les créneaux de période de pointe à l’aéroport international Lester B. Pearson (ainsi qu’aux autres aéroports à créneaux saturés dans l’avenir). Les recettes provenant de la mise en vente de ces créneaux devraient être affectées aux dépenses en immobilisations dans l’ensemble du réseau aéroportuaire.

 

Nous recommandons ce qui suit :

Toutes les portes devraient être la propriété des aéroports, qui décideraient seuls de leur attribution, tandis qu’on devrait obliger Air Canada à revendre aux aéroports les portes qui sont sa propriété. Les procédures d’attribution de contrats de location de ces portes devraient être transparentes et refléter les principes d’un réel usage commun.

Les aéroports devraient être autorisés et incités à adopter une tarification fondée sur la demande de pointe, en ce qui a trait aux portes et à l’espace de comptoir, sous réserve de devoir affecter les revenus supplémentaires ainsi générés à l’entretien de leur infrastructure.

Une partie des créneaux de vols intérieurs qui sont réservés à Air Canada à l’aéroport international Lester B. Pearson lors des périodes de pointe devrait être rendue disponible pour vente aux enchères au meilleur offrant. Un mandataire indépendant représentant le gouvernement fédéral devrait diriger l’encan, tandis que les produits de cette vente devraient être affectés aux dépenses d’immobilisations dans l’ensemble du réseau aéroportuaire. Les droits sur ces créneaux devraient être accordés pour une durée déterminée et être échangeables entre les lignes aériennes.

Les aéroports ne devraient pas être assujettis à une réglementation directe des prix. Le mandat officiel et les lignes directrices du Bureau de la concurrence devraient s’élargir aux comportements anticoncurrentiels ayant cours dans l’industrie du transport aérien, et le Bureau devrait procéder à une analyse plus détaillée des pratiques commerciales des aéroports, ainsi que du rôle joué par leurs exploitants sur le plan de la concurrence entre les lignes aériennes.

Dans le cas des coopératives de services côté piste, notamment les installations pour le carburant, les nouveaux concurrents devraient avoir un accès égal aux services, sans distinction aucune, semblable à l’accès accordé aux systèmes de réservation informatisés (SRI) et aux programmes pour grands voyageurs.

Les aéroports devraient adopter un système de frais côté piste fondé sur le nombre de passagers. Cette mesure a son importance, en particulier pour les aéroports plus petits desservis par un seul transporteur (habituellement AC); elle servirait à limiter les dommages causés par la réduction du nombre de vols réguliers.

Accès aux capitaux : Les aéroports membres du RNA ont accès aux fonds des marchés financiers privés et des banques, aux revenus provenant des frais de prestations supplémentaires (PFS) et des FAA ainsi qu’à tous les bénéfices non répartis. Les aéroports dits régionaux ont accès aux fonds du Programme d’aide aux immobilisations aéroportuaires (PAIA). Ce programme se finance par le biais des paiements de baux fonciers provenant, en principe, de tous les aéroports du RNA (la contribution actuelle de Vancouver, de Calgary et de Toronto compte pour plus de 90 % de ce fonds). Toutefois, en vertu des arrangements présents, la façon dont les revenus provenant des baux fonciers sont affectés au PAIA et au fonds du Trésor général n’est pas précisée. Tout aussi floues sont les procédures de prise de décision concernant l’affectation des fonds à l’ensemble des projets et des aéroports, et la manière dont la contribution des aéroports, qui peut atteindre 15 % au maximum, est déterminée.

Nous recommandons premièrement de mettre un terme au PAIA et de lui substituer un fonds en capital doté d’une règle de partage des revenus provenant des baux qui soit claire (voir la deuxième recommandation). Deuxièmement, les fonds pour les dépenses en immobilisations affectés aux aéroports de niveaux II et III qui contribueraient (participeraient) au nouveau programme de fonds en capital devraient être exclusivement des subventions accordées pour la modernisation ou pour le remplacement de l’infrastructure actuelle, ou encore pour satisfaire aux exigences de sécurité de Transports Canada. En troisième lieu, un financement devrait être accordé pour couvrir les frais d’investissements résultant de nouveaux règlements ou normes qu’imposeraient Transports Canada ou d’autres ministères. Enfin, les demandes visant des projets d’immobilisations allant au-delà des capacités du côté piste et du côté ville, même si elles sont reliées à la sécurité, ne devraient pas êtres financées à même le nouveau fonds en capital.

Propriété des aéroports et redevances provinciales et locales : Les aéroports sont présentement assujettis à diverses obligations, telles le paiement d’impôts fonciers, qui varient en fonction du mode de propriété. Par exemple, nous avons constaté que, dans certains cas, les aéroports ayant un statut d’organisations sans but lucratif étaient assujettis par les municipalités à des taux de taxation commerciale. En revanche, les aéroports cédés aux villes pour une valeur nominale (1 $) et traités sur un pied d’égalité avec les services municipaux ne sont pas assujettis à la même taxation, même s’ils sont exploités en vertu d’un contrat de gestion. En plus de créer des distorsions et des inégalités entre les aéroports, l’existence de telles différences a pour effet de soumettre certains d’entre eux à d’importantes pressions financières. Ces différences jouent aussi en défaveur de certains modes de propriété.

Nous recommandons que les aéroports bénéficient d’un traitement uniforme en matière de taxe d’affaires, d’impôt foncier et d’impôt sur les sociétés. Nous recommandons en outre que les aéroports soient uniformément exemptés de tout impôt foncier relié à des parcelles de terrain où sont aménagées des pistes ou des aires de trafic.

 

Intégration de la révision des politiques visant les lignes aériennes et les aéroports

Nous avons souligné le fait qu’aucun élément unique n’est crucial dans les recommandations que nous faisons ou qui sont mises de l’avant en ce qui touche les règles régissant l’accès et la participation au marché canadien du transport aérien. Ce sont plutôt les effets cumulatifs des divers éléments qui donneront des résultats. L’adoption d’un ou deux changements aura vraisemblablement peu d’impact sur la situation actuelle. Parmi les changements proposés aux règles visant les lignes aériennes figurent l’autorisation du cabotage.

Le cabotage (tel que prévu dans la Convention de Chicago) est le droit d’une ligne aérienne d’un pays d’offrir des vols et d’acheminer du trafic entre deux points à l’intérieur du territoire d’un autre pays. En vertu de la Convention de Chicago, toute entente bilatérale exclusive de cabotage entre deux pays signataires est interdite, mais tout pays peut offrir unilatéralement des droits de cabotage. Fait intéressant, l’Union européenne a introduit avec succès le cabotage de facto entre ses membres, de sorte que les lignes aériennes titulaires de licences émises par les pays membres peuvent faire sans restriction tous les arrêts voulus à l’intérieur des frontières de l’UE.

De plus, la question de savoir si les droits de cinquième liberté des lignes aériennes nord-américaines avec les pays de l’UE sont l’équivalent de droits de cabotage fait toujours l’objet d’un débat. Pour cette raison, il faudrait laisser ouverte la possibilité que le Canada et les États-Unis (ou le Canada, le Mexique et les États-Unis) puissent formuler avec succès une entente visant l’échange de droits de cabotage, sous le régime d’un accord de zone commerciale comme celui de l’UE.

Une autre libéralisation qui a été envisagée consisterait pour le Canada à offrir des droits de cabotage consécutif, soit unilatéralement, soit de manière bilatérale avec d’autres pays. Selon de tels arrangements, les vols internationaux pourraient, après un arrêt à une destination principale au Canada, poursuivre leur parcours jusqu’à une deuxième destination canadienne. Par exemple, un vol provenant de Tokyo pourrait arriver à Vancouver et continuer (avec des passagers locaux) jusqu’à Calgary. 

Notre préoccupation est que l’adoption de l’un ou plusieurs de ces changements aurait une incidence sur les recommandations que nous avons faites au sujet des aéroports. Quel serait l’effet de ces mesures de libéralisation sur nos propositions? Le tableau ci‑dessous indique de façon générale dans quel sens elles joueraient.

 

Recommandation

Incidence d’un cabotage consécutif accordé unilatéralement

Incidence d’un cabotage complet avec les É.-U. accordé unilatéralement

Modifier le système de classification par un système à trois niveaux. Limiter la privatisation à court terme aux huit principaux aéroports. Envisager la privatisation des grands aéroports dans un avenir rapproché.

Améliore la situation des aéroports qui ne sont ni des points d’accès ni des aéroports-pivots. Accroît les avantages des recommandations.

Important avantage possible pour les aéroports, car l’entrée de nouveaux concurrents pourrait être favorisée.

Renégociation des baux fonciers sur la base d’une contribution par passager. Création d’un fonds en capital pour le réseau entier, permettant la participation de tous les aéroports.

Accroît les avantages.

Accroît les avantages.

Définition claire du rôle de Transports Canada et de celui des autres ministères fédéraux responsables de la réglementation des aéroports.

Incidence plus grande, car il en résulterait une présence accrue de personnel de TC.

Incidence plus grande, car il en résulterait une présence accrue de personnel de TC.

Cession par Air Canada des portes et espaces de comptoir à tous les aéroports, contrats transparents d’usage commun, tarification selon la demande de pointe par les aéroports, et vente aux enchères des créneaux. Pas de réglementation directe des prix des aéroports. Lignes directrices claires aux aéroports par le Bureau de la concurrence. Accès ouvert aux coopératives pour les services côté piste.

Il est plus important de supprimer les obstacles à l’entrée aux aéroports, en particulier aux aéroports des tronçons finals.

Il est plus important de supprimer les obstacles à l’entrée pour permettre une entrée libéralisée, même par des transporteurs régionaux américains.

Accès aux capitaux pour tous les aéroports, pour la modernisation et le respect des nouvelles normes gouvernementales.

Accroît la demande de capitaux. La privatisation a une incidence plus importante.

Accroît la demande de capitaux. La privatisation a une incidence plus importante.

Traitement uniforme des aéroports en ce qui touche les taxes d’affaires, l’impôt foncier et l’impôt sur les sociétés.

Incidence importante dans la mesure où les municipalités se mettent en quête de rentes économiques.

Incidence importante dans la mesure où les municipalités se mettent en quête de rentes économiques.

 


Un système de GESTION des aéroports sous le régime d’une loi sur les transports révisée


 

 

 

 

 



Table des matières

1.0        Introduction et enjeux.. 4

1.1        Introduction.. 4

1.2        Politique nationale des aéroports. 6

1.3        L’interface aéroports-lignes aériennes. 7

1.4        Organisation du rapport.. 8

2.0        GESTION DES AÉROPORTS AU CANADA, AU ROYAUME-UNI, EN AUSTRALIE ET AUX ÉTATS-UNIS   12

2.1        Introduction.. 12

2.2        Les aéroports du Canada.. 12

2.3        L’activité aéroportuaire au canada.. 12

2.4        Évaluations du rendement : le vérificateur général du Canada.. 29

2.4.1 Les rapports de 1990, 1992 et 1993. 29

2.4.2 Le rapport de 2000. 29

2.4.3 Recommandations du rapport de 2000. 30

2.4.4 Réactions au rapport de 2000. 31

2.4.5 Imputabilité. 31

2.4.6 Résumé. 32

2.5        Le contexte international. 32

2.5.1 Royaume-Uni 33

2.5.2 Australie. 34

2.5.3 États-Unis. 35

3.0        TARIFICATION ET COÛTS DES AÉROPORTS.. 37

3.1        Introduction.. 37

3.2        Tarification et revenus. 37

3.3        Tarifs et frais des aéroports. 38

3.4        Frais d’améliorations aéroportuaires et frais de prestations supplémentaires  39

3.5        Structure des coûts et du marché des aéroports. 41

3.5.1 Coûts et monopole naturel 42

3.6        Revenus des aéroports : côté piste et côté ville. 43

4.0        Rendement des aéroports.. 58

4.1        Introduction.. 58

4.2        Utilité des mesures de rendement.. 58

4.3        Les diverses mesures de rendement.. 58

4.3.1 Facteurs agissant sur le rendement 58

4.3.2 Les divers indicateurs. 59

4.4        Mesures du rendement.. 60

4.5        Résumé. 62

4.6        Analyse financière des aéroports canadiens. 79

4.6.1 AÉROPORT INTERNATIONAL DE VANCOUVER.. 79

4.6.2 AÉROPORT INTERNATIONAL DE CALGARY. 80

4.6.3 AÉROPORT DE MONTRÉAL-DORVAL. 81

4.6.4 AÉROPORT INTERNATIONAL DE TORONTO.. 82

4.6.5 AÉROPORTS D’EDMONTON.. 84

4.6.6 AÉROPORT DE WINNIPEG.. 85

4.6.7 AÉROPORT D’OTTAWA.. 86

4.6.8 AÉROPORT DE VICTORIA.. 87

4.6.9 AÉROPORT DE REGINA.. 88

4.6.10 AÉROPORT DE SASKATOON.. 89

4.6.11 AÉROPORT DE THUNDER BAY. 90

4.6.12 AÉROPORT DE FREDERICTON.. 91

4.6.13 AÉROPORT DE SAINT JOHN.. 91

4.6.14 AÉROPORT DE MONCTON.. 92

4.6.15 AÉROPORT DE ST. JOHN’S AIRPORT. 92

4.6.16 AÉROPORT DE LONDON.. 93

4.6.17 AÉROPORT DE LABRADOR CITY (WABUSH). 94

4.6.18 AÉROPORT DE FORT ST. JOHN.. 94

4.6.19 AÉROPORT DE PRINCE ALBERT. 94

4.6.20 AÉROPORT DE CHARLOTTETOWN.. 95

4.7        Définitions et explications des ratios financiers. 96

4.7.1 Définitions des mesures financières. 96

5.0        Infrastructure aéroportuaire, pouvoir de marché et concurrence au Canada   100

5.1        Introduction.. 100

5.2        Infrastructure aéroportuaire et concurrence entre les lignes aériennes. 100

5.3        Créneaux de décollage et d’atterrissage. 100

5.4        Portes. 102

5.5        Contrôle des espaces de comptoir et des installations de manutention des
                bagages
. 102

5.6        Effets cumulatifs du contrôle par un transporteur dominant de l’infrastructure
                de l’aéroport
.. 103

5.7        Rôle d’Air Canada dans le financement des immobilisations. 103

5.8        Domination des aéroports-pivots. 103

5.9        Données provenant des États-Unis. 103

5.10       Lois antitrust et aéroports au Canada et aux États-Unis. 109

5.10.1 Canada. 109

5.10.2 États-Unis. 110

5.11       Pouvoir de marché aux aéroports. 111

5.12       Lacunes actuelles et prévues des infrastructures. 112

5.13       Résumé des recommandations. 113

6.0        Consultation auprès des dirigeants des aéroports canadiens.. 113

6.1        Introduction.. 113

6.2        Méthodologie. 114

6.2.1 Antécédents des dirigeants d’aéroports. 114

6.2.2 Ententes de cession et processus de transfert 114

6.2.2.1       Observations résumées des répondants. 115

6.2.3 Structure organisationnelle. 115

6.2.3.1       Observations résumées des répondants................................................................... 146

6.2.4 Relations avec les gouvernements et financement 116

6.2.4.1       Observations résumées des répondants................................................................... 147

6.2.5 Enjeux liés à la sécurité et à l’environnement 117

6.2.5.1       Observations résumées des répondants................................................................... 149

6.2.6 Finances et investissement 118

6.2.6.1       Observations résumées des répondants................................................................... 150

6.2.7 Infrastructure et relations avec Air Canada. 119

6.2.7.1       Observations résumées des répondants................................................................... 151

6.3        Remarques finales. 120

 

 


 

1.0         Introduction et enjeux

 

1.1         Introduction

 

Le présent chapitre décrit le contexte dans lequel s’inscrit notre examen détaillé de la Loi sur les transports au Canada et des politiques sous-jacentes touchant les aéroports. Nous commençons par un bref rappel historique et une description du Programme national des aéroports. Ensuite, nous présentons les paramètres généraux de l’interface aéroports-lignes aériennes, à la lumière du « partenariat » entre ces deux agents qui rendent le transport aérien possible. Une vue de l’ensemble de la recherche présentée dans ce document conclut le chapitre.

 

La « politique » des transports pose les balises du processus décisionnel, autorisant les décisions qui sont pertinentes et écartant celles qui ne le sont pas. De cette façon, elle canalise la réflexion et les comportements de façon à les rendre conformes aux objectifs généraux du gouvernement (p. ex. Stoner et Freeman, 1989). De plus, en établissant des objectifs précis, elle accroît la probabilité que ces derniers soient atteints.

 

La politique nationale des transports est énoncée à l’article 5 de la Loi sur les transports au Canada. Comme c’est souvent le cas avec de telles politiques (tant du point de vue historique qu’à l’échelle internationale), une multitude d’objectifs sont visés. Dans l’énoncé de la politique canadienne des transports, en fait, il y en a « pour tout le monde ». Mais un examen plus attentif révèle d’innombrables compromis (ou contradictions flagrantes) entre les objectifs, sans indication du délicat arbitrage qui doit être fait pour en établir la primauté. Ainsi, les responsables de la mise en oeuvre de la politique se trouvent dans une position difficile et ambiguë.

 

L’absence de priorité des objectifs a caractérisé les politiques de transports de nombreux pays et, depuis longtemps, elle affecte le secteur du transport aérien au Canada. Les villes, appauvries par la crise de 1929 et éprouvées par les contraintes de la Deuxième Guerre mondiale ont laissé au gouvernement fédéral un rôle qui, par défaut, est devenu écrasant. C’était le seul acteur ayant les ressources financières pour gérer les besoins croissants de l’aviation et des aéroports canadiens.

 

La politique canadienne du transport aérien est passée d’un contexte où le gouvernement jouait un rôle dominant à titre de propriétaire, exploitant et entrepreneur principal des aéroports, des lignes aériennes et des systèmes de contrôle de la circulation aérienne à un environnement où son rôle se limite essentiellement à la réglementation de la sécurité. Des années 1960 au milieu des années 1980, les aéroports étaient la responsabilité de l’Administration canadienne des transports aériens (ACTA), une division de Transports Canada. Les investissements dans les pistes, les aérogares et autres bâtiments étaient financés à même des capitaux fournis par le Conseil du Trésor. Les revenus provenaient des redevances d’atterrissage, des droits d’aérogare et d’une taxe sur les billets, et étaient versés au fonds du revenu consolidé[1]. Toutefois, les aéroports n’étaient pas contraints à l’équilibre budgétaire et le système n’était pas tenu de s’autofinancer. Seuls l’aéroport de Toronto (Pearson) et, certaines années, celui de Vancouver ont réalisé des revenus couvrant leurs frais d’exploitation et de maintenance. Dans tous les autres cas, les coûts étaient supérieurs aux revenus.

 

Tant que le Conseil du Trésor était disposé et apte à verser des subventions à même les revenus généraux, l’ACTA ne subissait aucune pression en faveur d’une planification optimale des investissements. En fait, il y avait des incitations manifestes à surinvestir dans la capacité aéroportuaire. Les lignes aériennes ne s’en plaignaient pas car elles étaient implicitement subventionnées. Les politiciens, fortement incités à hâter les travaux, ne s’y opposaient pas non plus. Avec la croissance de la demande, les décisions sur la répartition de la capacité étaient déterminées par la politique et les pressions nationales plutôt que par les besoins des aéroports locaux. En dépit des problèmes de capacité et d’infrastructure à Toronto et à Vancouver, Transports Canada devait tenir compte du réseau entier et des exigences des autres aéroports, même si ces derniers n’éprouvaient pas les mêmes contraintes de capacité. Il importe de comprendre, cependant, que le réseau aéroportuaire canadien était traité comme un « système ». Il y avait des normes communes, des codes uniformes en matière de construction, de formation et d’exploitation. Les revenus étaient regroupés pour financer le système, et non un aéroport en particulier. Cette approche avait ses mérites, mais elle comportait aussi des coûts.

 

 

POLITIQUE NATIONALE DES TRANSPORTS

Déclaration

5. Il est déclaré que, d’une part, la mise en place d’un réseau sûr, rentable et bien adapté de services de transport viables et efficaces, accessibles aux personnes ayant une déficience, utilisant au mieux et aux moindres frais globaux tous les modes de transport existants, est essentielle à la satisfaction des besoins des expéditeurs et des voyageurs — y compris des personnes ayant une déficience — en matière de transports comme à la prospérité et à la croissance économique du Canada et de ses régions, et, d’autre part, que ces objectifs sont plus susceptibles de se réaliser en situation de concurrence de tous les transporteurs, à l’intérieur des divers modes de transport ou entre eux, à condition que, compte dûment tenu de la politique nationale, des avantages liés à l’harmonisation de la réglementation fédérale et provinciale et du contexte juridique et constitutionnel :

a) le réseau national des transports soit conforme aux normes de sécurité les plus élevées possible dans la pratique;

b) la concurrence et les forces du marché soient, chaque fois que la chose est possible, les principaux facteurs en jeu dans la prestation de services de transport viables et efficaces;

c) la réglementation économique des transporteurs et des modes de transport se limite aux services et aux régions à propos desquels elle s’impose dans l’intérêt des expéditeurs et des voyageurs, sans pour autant restreindre abusivement la libre concurrence entre transporteurs et entre modes de transport;

d) les transports soient reconnus comme un facteur primordial du développement économique régional et que soit maintenu un équilibre entre les objectifs de rentabilité des liaisons de transport et ceux de développement économique régional en vue de la réalisation du potentiel économique de chaque région;

e) chaque transporteur ou mode de transport supporte, dans la mesure du possible, une juste part du coût réel des ressources, installations et services mis à sa disposition sur les fonds publics;

f) chaque transporteur ou mode de transport soit, dans la mesure du possible, indemnisé, de façon juste et raisonnable, du coût des ressources, installations et services qu’il est tenu de mettre à la disposition du public;

g) les liaisons assurées en provenance ou à destination d’un point du Canada par chaque transporteur ou mode de transport s’effectuent, dans la mesure du possible, à des prix et selon des modalités qui ne constituent pas :

(i) un désavantage injuste pour les autres liaisons de ce genre, mis à part le désavantage inhérent aux lieux desservis, à l’importance du trafic, à l’ampleur des activités connexes ou à la nature du trafic ou du service en cause,

(ii) un obstacle abusif à la circulation des personnes, y compris les personnes ayant une déficience,

(iii) un obstacle abusif à l’échange des marchandises à l’intérieur du Canada,

(iv) un empêchement excessif au développement des secteurs primaire ou secondaire, aux exportations du Canada ou de ses régions, ou au mouvement des marchandises par les ports canadiens;

h) les modes de transport demeurent rentables.

Il est en outre déclaré que la présente loi vise la réalisation de ceux de ces objectifs qui portent sur les questions relevant de la compétence législative du Parlement en matière de transports.

 

 

La situation a changé au milieu des années 1970. Compte tenu de la vaste progression des dépenses publiques enregistrée dans les années 1960 et du ralentissement économique qui sévissait alors, les fonds du Conseil du Trésor pour lesquels l’ACTA livrait concurrence sont devenus moins facilement accessibles. En conséquence, l’ACTA a commencé à faire montre d’une plus grande prudence budgétaire. Les aéroports sont alors apparus comme une source de revenus. L’autosuffisance financière du système était l’objectif visé. En 1975, les droits et frais ont été majorés et la taxe canadienne sur le transport aérien (TCTA) a été introduite[2].

 

Même avec ces revenus accrus, l’ACTA n’a pas pu suivre la progression de la demande de services aéroportuaires. L’entrée en scène de plus gros avions de passagers, tout comme l’intensification des activités et du trafic passager, ont exercé une pression accrue sur les grands aéroports et sur le système dans son ensemble. L’ACTA a alors mis en oeuvre trois stratégies. Premièrement, des investissements additionnels ont été faits pour accroître la capacité. Des voies de circulation à grande vitesse et de nouvelles voies parallèles, par exemple, ont été aménagées. Deuxièmement, des méthodes opérationnelles comme la « régulation du débit » ont été mises en oeuvre, afin de répartir la capacité limitée en période de pointe[3]. Troisièmement, des mesures ont été prises pour exploiter les aéroports de manière plus « commerciale », non seulement pour générer des revenus additionnels, mais aussi pour améliorer l’efficience.

 

Ces stratégies, bien que fondées, n’étaient pas applicables parce qu’il n’y avait pas d’incitatifs favorisant soit la hausse des revenus, soit l’amélioration de l’efficience. Le personnel de l’ACTA était principalement formé d’ingénieurs et de techniciens dont les préoccupations étaient surtout d’ordre opérationnel et fonctionnel. Ils ont cherché à alléger la pression de la demande en augmentant l’offre, mais n’ont pas envisagé de recourir au système de prix pour gérer la demande ou obtenir une indication de la valeur d’un accroissement de la capacité.

 

Les années 1980 ont été la période de privatisation et de déréglementation des lignes aériennes. Une tendance à réduire l’intervention active de l’État dans l’économie, notamment dans les transports, s’est alors manifestée. En 1986, le Groupe de gestion des aéroports (GGA) a remplacé l’ACTA et s’est vu confier la tâche d’introduire l’autosuffisance financière par une plus vaste exploitation commerciale des aéroports. L’évolution vers l’autosuffisance financière, qui devait aboutir à la cession, a eu lieu pendant que les niveaux de trafic se stabilisaient. Dans quelques cas, il y a même eu diminution du trafic et une baisse consécutive des revenus[4].

 

Cinq principaux facteurs ont été à l’origine de la cession des aéroports. Premièrement, le gouvernement n’était pas à même, financièrement, d’investir suffisamment dans le système, notamment en raison du niveau relativement faible de ses investissements des années précédentes. Deuxièmement, la déréglementation accroissait la demande exercée sur le système par les lignes aériennes et les passagers. Troisièmement, le gouvernement voulait que les aéroports se financent par leurs propres ressources, car de nombreux autres services gouvernementaux, notamment la santé, exerçaient une pression sur les revenus généraux. Quatrièmement, l’expansion des aéroports devenait plus difficile en raison d’une sensibilité accrue du public aux enjeux environnementaux. Les examens environnementaux allongeaient le processus de planification des aéroports. Ces examens donnaient aussi aux populations locales une prise sur les enjeux de la politique fédérale. Enfin, la cession peut être considérée comme un reflet de l’intérêt croissant manifesté partout dans le monde envers des mécanismes de rechange de gestion des aéroports. Certains étaient d’avis, au GGA, qu’il y avait très peu de chances que soient introduits des incitatifs basés sur le marché et un processus de gestion de la demande si le gouvernement fédéral demeurait propriétaire et gestionnaire des aéroports.

1.2         Politique nationale des aéroports

Par le passé, la planification et la gestion des aéroports canadiens comptaient parmi les principales responsabilités du ministère des Transports (rebaptisé plus tard Transports Canada). Au moment où ils appartenaient au gouvernement fédéral à la fin des années 1980, les aéroports avaient une valeur supérieure à 10 milliards de dollars[5]. Au cours de l’année financière 1988-1989, le Groupe de gestion des aéroports a investi environ 247 millions de dollars dans l’expansion, la rénovation et le rétablissement du système de transport aérien. Pourtant, les investissements totaux dans les aéroports en travaux de construction et de génie sont demeurés à environ 4 % du total des investissements en travaux de construction dans l’ensemble des transports de 1978 à 1991 (voir tableau 1‑1). 

 

La Politique nationale des aéroports a pris naissance en 1985, lorsque le GGA a pris en charge 200 aéroports ayant une valeur de remplacement estimative d’environ 8 milliards de dollars (en dollars de 1985). Le GGA avait un budget d’immobilisations de 200 millions de dollars, un budget d’exploitation d’environ 400 millions de dollars et un effectif d’environ 4 500 employés. C’était un service d’envergure, chargé de créer une « organisation de type entreprise, à orientation commerciale »[6]. L’exposé de principes intitulé Le futur cadre de gestion des aéroports canadiens énonçait deux visées principales : le transfert d’une partie des aéroports à des administrations aéroportuaires locales (AAL) et le transfert aux municipalités du reste des aéroports devant être cédés, pour un montant nominal, en vertu du modèle d’administration aéroportuaire. Dans les deux cas, la présence d’un trafic passager régulier était le critère clé déterminant l’une ou l’autre désignation[7]. Cette politique était tout à fait sensée, car les niveaux de service des aéroports refléteraient davantage les besoins et désirs des collectivités, tout en étant à l’abri des pressions politiques nationales.

 

Le programme national des aéroports transformait le secteur aéroportuaire, passant d’un modèle de gestion gouvernementale dans lequel les aéroports étaient considérés comme un service public à un régime de gestion par le secteur privé considérant les aéroports comme « des entreprises ». Dans son préambule de la PNA, le gouvernement signalait que son rôle avait été évolutif. Comme il est indiqué plus haut dans ce chapitre, le gouvernement avait agi largement en l’absence d’un cadre de réglementation ou de politique bien défini. Sur une période de 70 ans, il était devenu propriétaire, exploitant, entrepreneur principal et responsable financier de 150 des 726 aéroports agréés du pays. Le processus évolutif, par définition, était axé sur l’immédiat et engendrait des conflits en raison des différents rôles qu’il englobait. Souvent, les politiques nationales entraient en conflit avec les besoins locaux : les approches étaient toujours soumises au « test national », alors qu’il aurait peut-être été plus utile d’appliquer un test local[8]. Enfin, seulement une faible proportion des aéroports (environ 8 %) servaient la majorité des passagers au pays.

 

Quatre groupes distincts d’aéroports ont été créés en vertu de la PNA. D’abord, un Réseau national d’aéroports (RNA), formé de 26 aéroports, a été désigné. Ces grands aéroports assuraient plus de 90 % du trafic régulier et du transport de fret aérien. Cette catégorie comprenait les aéroports de toutes les capitales (nationale, provinciales et territoriales), ainsi que les aéroports ayant un trafic annuel de 200 000 passagers ou plus[9]. Les aéroports régionaux ou locaux constituaient un deuxième groupe. Il s’agissait d’aéroports qui, bien que desservis par des transporteurs à trafic régulier, n’atteignaient pas le seuil de 200 000 requis pour faire partie du « RNA ». En vertu de la PNA, ceux-ci devaient être offerts aux gouvernements provinciaux, aux commissions aéroportuaires ou à d’autres intérêts, qui en acquerraient la propriété. Les petits aéroports (servant principalement aux vols de plaisance) seraient transférés à des intérêts locaux ou fermés dans un délai de deux ans. Enfin, les aéroports éloignés et de l’Arctique continueraient d’être exploités et soutenus par le gouvernement fédéral.

 

Avec la PNA, le gouvernement fédéral, ayant rempli jusque-là les rôles de propriétaire, d’exploitant et de responsable de la réglementation, a assumé les rôles de propriétaire, de locateur et de responsable de la réglementation. Toutefois, ce devait être le cas seulement pour les 26 aéroports les plus importants au pays en termes du nombre total de passagers embarqués et débarqués[10].  Comme nous l’avons indiqué, les aéroports désignés comme régionaux ou locaux devaient être cédés aux collectivités locales pour une somme nominale, généralement 1 $. Dans les cas où les collectivités n’étaient pas intéressées à posséder un aéroport, d’autres groupes (par exemple des organisations sans but lucratif) étaient invités à s’en porter acquéreur[11].

 

Devant la cession imminente, il a fallu trouver de nouveaux moyens pour permettre aux aéroports de combler leurs besoins de capitaux. Le gouvernement fédéral a supposé que les 26 aéroports du RNA auraient une capacité financière suffisante pour attirer les capitaux nécessaires aux investissements en infrastructure et qu’ils auraient des marchés assez solides pour générer des revenus d’activités côté piste et côté ville. On entend par capacité financière la possibilité pour un aéroport d’atteindre un niveau donné de revenus et/ou d’accès aux capitaux (obligations-recettes) grâce aux marchés qu’il dessert et au trafic qu’il génère.

 

Les aéroports régionaux ou locaux devaient être soutenus par le biais d’un marché interne de capitaux : le Programme d’aide aux immobilisations aéroportuaires (PAIA). Les fonds de ce programme étaient destinés à des projets d’investissements côté piste liés à la sécurité – ils étaient attribués par projet – et l’argent provenait des paiements de loyers versés par les aéroports du RNA. Les exploitants locaux étaient tenus de contribuer aux projets jusqu’à un maximum de 15 % des coûts. L’une des justifications de ce marché interne de capitaux était le rôle que jouaient les aéroports régionaux ou locaux dans le réseau de transport aérien du pays. Dans un réseau d’aéroports en étoile, les aéroports-pivots tirent des avantages des aéroports périphériques, et plus ces derniers sont nombreux, plus grande est la valeur du réseau. Les marchés privés auraient tendance à sous-investir dans les aéroports périphériques, à moins qu’il y ait un moyen d’internaliser cette externalité du réseau.

 

En vertu de la PNA, le gouvernement fédéral devait continuer de fixer les normes en matière de sécurité et de sûreté pour tous les aéroports canadiens, présumément en fonction des lignes directrices de l’OACI[12]. Dans le cas des aéroports du RNA, ces normes seraient, dans certains cas, incorporées à l’entente de cession et, dans tous les cas, feraient partie du processus de délivrance des certificats d’aéroports. Dans le cas des aéroports régionaux ou locaux, les normes en matière d’intervention d’urgence étaient chapeautées par une réglementation qui en assurait l’application, tandis qu’un niveau de service « prescrit par le gouvernement » était maintenu. Dans certains cas, les plans des services d’intervention d’urgence devaient être établis dans le cadre du processus de certification des aéroports.

 

1.3         L’interface aéroports-lignes aériennes

 

Il est depuis longtemps reconnu que les aéroports et les lignes aériennes évoluent en interdépendance. Pour la ligne aérienne, les aéroports sont considérés comme d’importants centres de coûts dans le mouvement des passagers et des marchandises. En général, ce sont des endroits où surviennent de nombreux « moments de vérité », c’est-à-dire des points où le client évalue la qualité du service. Les installations aéroportuaires jouent un rôle important dans plusieurs aspects auxquels le client attribue de la valeur – comme la livraison ponctuelle des bagages, des installations terminales attrayantes et un faible taux d’endommagement des marchandises. L’incidence potentielle des aéroports sur les coûts des lignes aériennes et la satisfaction des clients – donc sur les bénéfices – apparaît très clairement.

 

Les aéroports dépendent de deux principales sources de revenus, soit les revenus du « côté piste » (p. ex. les redevances d’atterrissage) et les autres revenus (p. ex. les loyers des exploitants de concessions). L’aéroport est tributaire des lignes aériennes (directement ou indirectement) pour ces deux catégories de revenus. Plus les avions sont gros, plus les vols sont nombreux et plus il y a de passagers, plus les revenus de l’aéroport sont élevés. Avec les changements récents de la structure de l’industrie des aéroports au Canada, certains défis de gestion spéciaux sont devenus apparents pour les aéroports. 

 

En particulier, les aéroports canadiens qui acheminent du trafic passager régulier font maintenant face aux mêmes problèmes que connaissent la plupart des aéroports-pivots : la présence d’un seul client dominant. À Minneapolis/St. Paul, c’est Northwest Airlines; à Atlanta, Delta; à Francfort, Lufthansa; à Heathrow, British Airways; à Dallas-Fort Worth, American Airlines; à Houston, Continental; et à St. Louis, TWA, pour ne donner que quelques exemples. Mais au Canada, ce sont maintenant presque tous les aéroports qui ont ce problème, pas seulement les aéroports-pivots[13]. La restriction du nombre de transporteurs desservant un aéroport accroît le risque pour cet aéroport en termes aussi bien des revenus perçus que du rendement des investissements.

 

Une réduction du nombre de transporteurs ou de vols a une importante incidence sur les revenus côté piste. Les autres revenus suivent la tendance des revenus côté piste : si ces derniers baissent, les premiers diminueront aussi. Certes, la réduction du nombre de vols fera sans doute monter les coefficients de remplissage, mais il y aura baisse des revenus tirés des redevances d’atterrissage, qui sont indépendants de ces coefficients. Dans la majorité des cas, les aéroports tirent des revenus plus élevés des droits sur les activités des aéronefs que des droits d’aérogare ou des frais liés aux passagers. L’acquisition de Lignes aériennes Canadien International par Air Canada et la débâcle de Canadien régional ont engendré une réduction du nombre de transporteurs et de vols, ainsi qu’une consolidation qui s’est traduite par une réduction du nombre d’aéroports-pivots. De plus, la suprématie d’Air Canada a entraîné certains transferts de rentes économiques des aéroports vers le transporteur, celui‑ci faisant jouer sa position dominante.

 

Actuellement, Air Canada détient 80 % du marché intérieur et environ la même part du marché transfrontalier. Ce transporteur domine aussi les voyages internationaux (notamment par le biais de Star Alliance). Avec un tel pouvoir de marché, Air Canada est en position d’obtenir des concessions des aéroports[14]. Cela pourrait être considéré comme une conséquence normale de négociations commerciales lorsqu’une partie détient un pouvoir supérieur, mais dans ce cas, le pouvoir plus grand provient tout simplement d’une politique gouvernementale. Il est clair qu’une politique plus libéralisée en matière de transport aérien international et un allégement des restrictions à l’entrée imposées aux transporteurs étrangers réduiraient l’exposition au risque des aéroports canadiens et la domination d’Air Canada.

 

On pourrait faire valoir qu’un aéroport est en meilleure posture avec un transporteur dominant, car ce transporteur a la possibilité d’user de son monopole pour accroître sa rente économique et, peut-être aussi, augmenter ses recettes par une prime d’aéroport-pivot. L’aéroport pourrait profiter d’une part plus grande de cette rente. Toutefois, la rente est créée seulement une fois et la capacité de l’aéroport d’en obtenir une part supérieure est limitée du fait qu’il y a moins d’utilisations substituts des actifs aéroportuaires. La ligne aérienne, en revanche, dispose d’autres choix, et cette élasticité lui donne la possibilité d’extraire la proportion maximale de la rente. Dans un contexte où l’entreprise en aval a des options de technologie de production – la ligne aérienne pouvant varier le nombre de vols et la taille des aéronefs – le fournisseur d’intrants en amont a peu ou pas de possibilités d’extraire une grande part de la rente.

 

Les aéroports peuvent accroître leur pouvoir de marché relatif de deux façons : premièrement, en ayant plus de transporteurs qui participent au marché, ce qui accroît la demande des actifs, et deuxièmement, en s’adonnant à des activités non liées au transport aérien. En fait, les deux stratégies créent un coût d’option pour les ressources de l’aéroport, tandis que dans un contexte de transporteur unique, un « hold-up » est possible (et probable), car l’aéroport a des actifs particuliers et voués à demeure qui sont, dans les faits, irrécupérables[15]. La situation peut être changée tant par une stratégie de gestion (p. ex. introduire à l’aéroport davantage d’activités non liées au transporteur) que par une libéralisation de la politique fédérale du transport aérien.

 

1.4         Organisation du rapport

 

Ce rapport contient cinq autres chapitres. Le chapitre 2 présente une description détaillée des trois niveaux d’aéroports au Canada, en mettant l’accent sur les 25 plus importants. Nous examinons les tendances du trafic de passagers et de marchandises au cours des trois dernières années, ainsi que des revenus et dépenses de ces aéroports. Le chapitre comprend aussi un examen de la gestion des aéroports aux États-Unis, en Australie et au Royaume-Uni, et une comparaison avec le Canada. Il se termine par une évaluation du récent rapport du Bureau du vérificateur général.

 

Au chapitre 3, nous présentons un examen détaillé de la tarification et des coûts. L’intérêt est centré sur les sources de revenus, les différences qui existent entre les aéroports à ce chapitre, et les écarts dans les proportions des revenus côté piste par rapport aux revenus totaux. Les détails sur les revenus et les coûts se limitent aux données existantes et disponibles. Les rendements relatifs des aéroports du Canada, ainsi que des aéroports canadiens par rapport à ceux des États-Unis, sont examinés au chapitre 4. Une vaste gamme d’indicateurs liés aux revenus, aux coûts, à l’exploitation, à la productivité et aux finances sont examinés à cette fin. Les mesures des écarts de rendement servent à évaluer la capacité financière et l’effort financier des aéroports. Ces éléments ont une incidence cruciale sur nos recommandations quant aux changements à apporter sur le plan institutionnel et de la gestion.

 

Le chapitre 5 examine les aspects économiques qui sous-tendent l’attribution des créneaux d’utilisation des pistes et d’autres méthodes d’attribution, avec leurs forces et leurs faiblesses. Nous examinons la question de l’exercice d’un pouvoir de marché aux aéroports, et la façon de le contrer. Le chapitre se termine par une analyse des récents changements apportés en vertu du projet de loi C‑26 et de l’applicabilité des lois anti-trust aux aéroports canadiens et aux relations lignes aériennes-aéroports. Le chapitre 6 présente un résumé des entrevues et des commentaires auxquelles elles ont donné lieu. Ce chapitre donne également des détails sur notre approche de consultation, les aéroports que nous avons contactés et ce qu’ils nous ont dit. Ces commentaires, jumelés aux données et aux aspects économiques sous-jacents, ont joué un rôle important dans la formulation des recommandations énoncées dans le sommaire du présent rapport.

 


 

Tableau 11


 

 



Figure 11

 


 


2.0        GESTION DES AÉROPORTS AU CANADA, AU ROYAUME-UNI, EN AUSTRALIE ET AUX ÉTATS-UNIS

 

2.1         Introduction

Le rendement du réseau aéroportuaire canadien a évolué en fonction des événements qui ont marqué son histoire et de la restructuration associée à la PNA actuelle. Le réseau et les aéroports qui le composent ont également subi l’impact de l’évolution du contexte du transport aérien, depuis la déréglementation à la fin des années 1980 jusqu’à la restructuration de l’industrie des lignes aériennes au Canada en passant par l’initiative Ciels ouverts avec les États-Unis. Tous ces facteurs ont une incidence sur les revenus, la productivité et le rendement opérationnel. Ces questions sont examinées en détail au chapitre 3, mais le présent chapitre s’attarde à trois catégories d’enjeux. D’abord, qu’est-il arrivé aux aéroports au fil des ans, comment se sont-ils développés, où ce développement s’est-il concentré et existe‑t‑il entre les aéroports des différences claires qui sont fondées sur la taille ou un autre facteur déterminant? Ensuite, quel a été le degré de réussite de la réorganisation du réseau d’aéroports en vertu de la PNA? Le vérificateur général a publié en octobre 2000 un rapport qui présente une évaluation exhaustive du programme, dont nous résumons les principales conclusions et commentaires. Enfin, nous examinons le réseau aéroportuaire au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie pour permettre une comparaison avec le réseau canadien. Le Royaume-Uni et l’Australie ont sensiblement restructuré leur réseau d’aéroports, tandis que les États-Unis sont relativement peu intervenus. Peut-on en tirer des leçons et discerner des facteurs susceptibles d’être la source d’écarts de rendement?

2.2         Les aéroports du Canada

La PNA a essentiellement divisé les aéroports canadiens en trois catégories : les aéroports du RNA, les aéroports régionaux ou locaux, et les aéroports éloignés et sociaux. L’évolution de ce réseau s’est faite par le biais d’un processus de cession amorcé en 1992 et qui se poursuit aujourd’hui. Les huit principaux aéroports au Canada acheminent 86 % de l’ensemble du trafic passager régulier, les 18 autres aéroports formant le RNA en acheminent 6 % et le reste du trafic régulier revient aux aéroports qui ne font pas partie du RNA. Ces statistiques excluent le trafic affrété, l’aviation générale ou le transport de marchandises. Le tableau 2-1 présente la situation des aéroports en ce qui touche le déploiement de la PNA.

Sauf pour les aéroports du RNA, le but du processus de cession du gouvernement fédéral est de transférer la responsabilité et le contrôle à l’échelon local[16]. Dans la plupart des cas, ces aéroports hors-RNA peuvent être vendus aux municipalités pour une somme nominale. Il s’agit d’une privatisation effective, mais sans l’avantage de l’accès au capital-actions privé et à l’information. Le plus souvent, une fois les aéroports vendus, ils sont exploités à contrat par des entreprises spécialisées en gestion des aéroports. Bien qu’ils soient juridiquement détenus par des municipalités ou des organes d’administrations municipales, les aéroports sont exploités de façon commerciale et apportent à la ville ou à la région des revenus et des avantages sur le plan du développement. Toutefois, ils n’ont pas à fournir d’information sous forme d’un rapport annuel. Il devient très difficile d’élaborer des politiques publiques sur le système de transport aérien dans son ensemble quand l’information sur l’infrastructure n’est pas accessible. Dans un régime de propriété privée, un rapport annuel, même édulcoré, serait (ou devrait être) disponible.

Les aéroports fournissent des services en termes d’activités des aéronefs, de passagers embarqués et débarqués, et de fret chargé et déchargé. Toutes sont des mesures de la production, ou de l’activité, aéroportuaire. Les aéroports servent aussi différents segments de marché, définis selon deux dimensions : géographique (trafic intérieur, transfrontalier et international) et marché (trafic régulier et affrété). Par suite de la déréglementation du transport aérien intérieur au Canada et dans une moindre mesure du marché transfrontalier, ainsi que de la libéralisation du marché international, une croissance globale à la fois des passagers transportés et des mouvements d’aéronefs a pu être observée. Mais la reconfiguration en faveur de réseaux en étoile et la restructuration de l’industrie en tant que telle feront que cette croissance sera davantage concentrée dans les aéroports-pivots principaux et secondaires.

2.3         L’activité aéroportuaire au canada

L’activité aéroportuaire a évolué au rythme de la croissance du transport aérien, comme on pouvait s’y attendre, mais la relation n’a pas toujours été linéaire. Après la déréglementation, pendant plusieurs années, une grande partie de la croissance du trafic passager a été absorbée par un accroissement des coefficients de remplissage plutôt que par une augmentation des mouvements d’aéronefs. Par exemple, entre 1971 et 1982, période pendant laquelle la hausse annuelle moyenne du nombre de passagers s’élevait à 5,2 %, la croissance a été entièrement absorbée par une augmentation des coefficients de remplissage (33 %) et le recours à de plus gros avions (67 %), tandis que le nombre de départs demeurait inchangé. Entre 1982 et 1986, toutefois, avec une croissance moyenne annuelle des passagers ayant grimpé à 8,8 %, la hausse de la demande a été presque entièrement comblée (97 %) par une augmentation des départs. Il y a également eu augmentation de la taille moyenne des avions. Toutefois, l’implantation de réseaux en étoile a pour effet d’accroître les fréquences aux aéroports-pivots, les lignes aériennes utilisant des transporteurs d’apport dotés de plus petits avions à turbopropulseurs pour transporter les passagers en direction et en provenance de l’aéroport-pivot. Les aéroports de Toronto, San Francisco et Los Angeles en sont de bons exemples.

Les mouvements totaux d’aéronefs au Canada pour les 40 dernières années sont présentés à la figure 2‑1. Ces chiffres comprennent toutes les catégories de service commercial, ainsi que l’aviation générale et les mouvements militaires. Il est remarquable d’observer l’ampleur de la variabilité dans le temps. L’effet des récessions apparaît clairement au début des années 1980 et de 1992 à 1996. Il est encore plus frappant d’observer comment une croissance régulière de 1964 à 1980, jusqu’à un niveau de 7 millions de mouvements d’aéronefs, s’est repliée à un niveau stable d’environ 5 millions de mouvements. La figure 2‑2 présente une comparaison avec la croissance des passagers et la croissance des passagers-kilomètres. La croissance du nombre de passagers et de passagers-km jumelée à la variation relativement faible des mouvements d’aéronefs tend à confirmer qu’il y a eu augmentation de la taille moyenne des aéronefs, ainsi que de la longueur moyenne des étapes. Les aéroports, par conséquent, devront composer avec une plus grande variation des tailles d’aéronefs. Des avions plus gros et des trajets plus longs, et des avions d’apport plus petits convergeant vers les aéroports-pivots, obligeront les aéroports à répondre à toute une variété de demandes et à disposer de ressources flexibles pour ce faire. Quand les ressources deviennent trop spécialisées, les coûts augmentent et la productivité fléchit.

Les données globales ne reflètent pas adéquatement les variations entre aéroports. Aux figures 2‑3 à 2‑8, différentes mesures liées aux passagers, aux marchandises et aux mouvements sont présentées pour les huit principaux aéroports (qui acheminent 86 % du trafic passager au Canada) et pour un certain nombre d’aéroports locaux et régionaux, dont certains font partie du RNA. Ce qui ressort clairement de chaque figure, c’est la domination de ces huit aéroports, quelle que soit la mesure d’activité ou de rendement. Toutefois, même parmi ces aéroports, la variabilité est élevée. Dans les cas des vols intérieurs (figure 2-3), Toronto, Vancouver et Calgary dominent, vu leur situation d’aéroports-pivots[17]. Mais le trafic est important aux cinq autres principaux aéroports également. Parmi les aéroports régionaux ou locaux, Victoria et Québec viennent en tête, mais leur trafic ne représente que la moitié du dernier aéroport parmi les huit principaux.

L’inégalité entre les aéroports principaux apparaît nettement dans le cas des vols transfrontaliers (figure 2‑4) et des vols internationaux (figure 2‑5). Le trafic à Toronto représente plus du double de celui de l’aéroport qui suit, tandis que Toronto, Vancouver et Montréal sont nettement dominants, Calgary ayant lui aussi une bonne part de trafic. Ces figures illustrent aussi de façon nette les écarts de croissance dans le temps. Toronto, Vancouver et Calgary montrent une croissance forte et régulière des vols intérieurs, mais seulement Toronto et Vancouver affichent la même tendance pour les vols transfrontaliers et internationaux.

Les embarquements et débarquements de passagers (figure 2‑7) et le transport de marchandises (figure 2‑8) confirment les tendances décrites ci‑dessus. Dans le cas du fret aérien, il semble que seulement quatre aéroports aient une présence sensible, soit Toronto, Vancouver, Calgary et Montréal (Dorval). Toutefois, les chiffres déclarés sur le fret sont entachés d’un biais vers le bas, car les intégrateurs (FedEx, UPS, Purolator) ne déclarent pas leurs données de transport. Ainsi, des aéroports comme celui d’Hamilton, où l’activité des intégrateurs est importante, sont écartés des statistiques officielles.


Table 21

CESSIONS D’AÉROPORTS (réelles et prévues)

 

CATÉGORIE D’AÉROPORTS

1994/95

1995/96

1996/97

1997/98

1998/99

1999/2000

2000/2001

2001/2002

RNA (19) (sauf : Vancouver, Edmonton, Calgary, Mirabel, Dorval, Whitehorse et Yellowknife)

 

 

Ottawa

Pearson

Winnipeg

Moncton

Thunder Bay

Victoria

Charlottetown

Kelowna

London

Saskatoon
St. John’s

Halifax
Regina
Saint John

Gander

Fredericton Prince George

Québec

Total partiel

 

 

3

3

5

3

2

2

AÉROPORTS RÉGIONAUX/LOCAUX (70)

(sauf : Pickering Lands)

 

 

Brandon

Campbell River
Charlo

Dawson Creek Dryden
Flin Flon
Fort Frances

Gillam
Gore Bay

Kenora

Prince Albert Rainbow Lake
Red Lake

Abbotsford

Alma
Castlegar
Cranbrook

Chatham

Churchill Falls

Comox
Dauphin
Fort St. John

Grande Prairie Hamilton

Lethbridge
Lynn Lake

Nanaimo
Peace River Pembroke

Rouyn
St. Leonard
The Pas

Williams Lake

Earlton Gaspé

Kamloops

Kapuskasing

La Ronge
North Bay

Prince Rupert

Quesnel
Sarnia
Sault Ste Marie Stephenville
Sydney

Uranium City

Yarmouth

Deer Lake

Goose Bay
Val d’Or

Fort McMurray Fort Nelson

Smithers

Terrace

 Windsor

Powell River
Sudbury Timmins
Thompson

Bagotville

Baie-Comeau
Havre-St-Pierre
Mont-Joli Natashquan
Port Hardy
Penticton
St. Anthony
Sept-Îles
Toronto Island
Rimouski
Wabush

Total partiel

 

13

20

14

8

4

1

11


 

PETITS AÉROPORTS  (31)

Trois-Rivières

Emsdale

Lytton

Midway

Princeton

Swift Current Vanderhoof

Yorkton

Bonnechere

Carp

Gananoque Innisfail

Muskoka
North Battleford Oshawa St.Catharines Wiarton

Boundary Bay*
Pitt Meadows*

Salmo

Sherbrooke

Springbank*

St. Andrews*

Red Deer
Tofino
Villeneuve*



Charlevoix
Forestville
Rivière-du-Loup
St-Jean
St-Hubert*

Total partiel

1

7

9

5

1

3

0

5

ARCTIQUE (11)

(Inclut Whitehorse et Yellowknife, également membres du RNA)

 

 

Cambridge Bay
Fort Simpson Fort Smith

Hay River

Inuvik
Iqaluit
Norman Wells Resolute Bay Yellowknife

Watson Lake Whitehorse

 

 

 

 

 

Total partiel

 

9

2

0

0

0

0

0

TOTAL (131)

1

29

34

22

14

10

3

18

 

Source : Transports Canada (2001); voir le site Web de Transports Canada à la rubrique « Politique nationale des aéroports ».

 

 

 

 

 

 

 


L’ampleur, le profil, la répartition et la croissance des activités aux différents aéroports influeront sur les coûts, les revenus et le rendement de ces derniers. Les mouvements de passagers et d’aéronefs, ainsi que l’activité des lignes aériennes, sont le reflet de plusieurs forces. La politique fédérale de transport aérien déterminera les règles de l’entrée de concurrents étrangers et du service intérieur. Les décisions des lignes aériennes sur les aéroports-pivots, les routes aériennes et les niveaux de service se répercuteront à la fois sur les revenus côté piste et les autres revenus, ainsi que sur la productivité des aéroports. Les aéroports eux-mêmes disposent d’une grande autonomie pour déployer des plans de commerce de détail et des stratégies d’affaires du côté aérogare, afin de stimuler leur croissance économique et leur rendement[18]. Le rendement, l’efficience et la situation financière des aéroports dépendront à la fois de leurs propres actions et des politiques gouvernementales. Ces dernières influeront sur la stratégie des lignes aériennes, et il ne fait aucun doute que l’abandon de la politique de duopole à la fin des années 1990 a créé une situation de risque pour les aéroports.

Le secteur aéroportuaire canadien a évolué de façon à insuffler une plus grande autonomie locale à des aéroports qui, auparavant, étaient gérés comme un système. Mais la façon dont ils ont été cédés (aux AAC, non aux AAL) fait qu’ils demeurent des créatures du gouvernement – des services publics plutôt que des entreprises devant rendre compte à leurs actionnaires. Ils ont été placés en porte à faux par rapport à la politique actuelle des transports, qui met l’accent sur l’efficience plutôt que de traiter les transports comme un outil du gouvernement. Les aéroports doivent être exploités commercialement, mais de façon non lucrative, et ont le mandat de promouvoir l’économie locale et régionale, sans responsabilisation ni devoir de transparence[19]. Mais l’aspect le plus préoccupant est peut-être que les aéroports ont un contrat avec Transports Canada qui prescrit certaines exigences et fixe des paiements de loyers (dont Transports Canada fait grâce à certains aéroports pendant une certaine période), ce qui crée une structure incitative à contre-courant de l’objectif de commercialisation et d’entrepreneurship du processus de cession. Pour évaluer notre degré de réussite au Canada, il est utile d’examiner l’évolution du secteur aéroportuaire dans d’autres pays, comme les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

 


Figure 21


 

 

 



Figure 22

 


 

 




Figure 23

 

 


Figure 24


 

 



Figure 25


 

 

 

 



Figure 26

 

 



Figure 27


8 principaux aéroports

 
 

 

 

 

 



Figure 28

 


 


2.4          Évaluations du rendement : le vérificateur général du Canada

 

Le Bureau du vérificateur général du Canada (appelé ci-après vérificateur général) effectue, en toute indépendance, des missions de vérification et des examens qui fournissent information, assurance et avis objectifs au Parlement. Le vérificateur général vise ainsi à améliorer le contrôle parlementaire sur les deniers publics et à encourager l'emploi des meilleures méthodes de gestion dans l'administration publique (www.oag-bvg.gc.ca). Le vérificateur général s’est penché sur le secteur aéroportuaire à plusieurs reprises dans son histoire.

                  

De façon prévisible, la portée et le contenu des vérifications réalisées durant le processus de cession ont été fortement orientés par les principes énoncés par le Cabinet ou articulés par la loi. Ces principes sont essentiels pour cerner les types d’enjeux qui doivent retenir l’attention, car un « principe » énonce essentiellement un objectif de politique. Il met donc en oeuvre la fonction de contrôle qui, les lecteurs s’en souviendront, consiste essentiellement à se demander si l’objectif est en voie d’être atteint.

 

En 1987, huit principes directeurs ont été établis pour orienter le processus de cession. Au nombre de ces derniers figuraient des exigences comme l’absence d’augmentation des besoins financiers fédéraux à long terme, des conditions équitables pour les employés visés et la conservation par le fédéral de toutes les taxes, y compris la taxe sur le transport aérien. Le Cabinet a approuvé trente-six principes additionnels en 1989. Ceux‑ci comprenaient par exemple l’amorce des cessions en vertu de baux à long terme avec examen d’autres options, l’évaluation de chaque aéroport à sa « juste valeur marchande » en tenant compte de manière appropriée du potentiel de revenus futur de l’aéroport, et le financement des besoins d’exploitation et d’investissement par les administrations aéroportuaires locales, sans recours au gouvernement fédéral.

 

2.4.1 Les rapports de 1990, 1992 et 1993

 

Pendant que se déroulait le processus de cession des aéroports, le vérificateur général a publié deux rapports d’un intérêt particulier, soit en 1990 et en 1992. Les deux concluaient, en substance, que le ministère des Transports avait « omis de définir son rôle à l’égard des aéroports », et qu’il fallait établir des critères de financement et un plan officiel de rationalisation des actifs. De plus, un « écart » important entre les dépenses d’immobilisations requises aux aéroports et les investissements réels était observé. On souhaitait que les nouvelles administrations aéroportuaires locales puissent constituer un nouveau moyen de combler ces besoins de financement.

 

Une autre vérification importante a été publiée en 1993. Elle se concentrait sur les aspects financiers du processus de cession des aéroports, à la lumière des principes qui avaient été approuvés par le Cabinet. Même s’il ne critiquait pas les cessions, le rapport a attiré l’attention des médias sur des déficits de revenus et d’apparentes pertes financières pour le Trésor fédéral. Une recommandation clé énonçait le besoin d’élaborer des mécanismes appropriés de financement et d’assurer que les prévisions de revenus soient tenues à jour durant les négociations (car il s’agissait d’une information cruciale pour l’établissement du montant approprié des paiements de loyers et du potentiel local de génération de capitaux). Une autre recommandation priait le ministère de revoir les dispositions des baux et de déterminer si des changements s’imposaient pour faciliter la mise en valeur des terrains des aéroports[20]. Enfin, le rapport recommandait qu’on examine les dispositions des baux pour voir s’il n’y avait pas moyen de les simplifier en vue des cessions futures.

 

Fait intéressant, le rapport de 1993 incluait une analyse centrée sur la « reddition de comptes » des administrations aéroportuaires locales[21]. Le rapport semblait exprimer une préoccupation du vérificateur général selon laquelle « aux termes des baux, (le Ministère) ne les tient pas comptables de nombreuses facettes de l'exploitation des aéroports. Par exemple, rien n'oblige les administrations à fournir des renseignements sur les niveaux de service assurés, les tarifs pour les droits d'utilisation, les questions environnementales ou, comme nous l'avons déjà mentionné, les dépenses en capital ».

2.4.2 Le rapport de 2000

Récemment, en octobre 2000, le vérificateur général a publié un rapport qui incluait un examen du processus de cession des aéroports entre 1992 et 1999[22]. Les préoccupations du rapport au sujet des pratiques de gestion s’articulent autour de quatre thèmes de base :

 

(i)                   Omission de déterminer la juste valeur marchande des actifs des aéroports avant la cession

 

Le rapport signalait que Transports Canada n’a pas déterminé la juste valeur marchande des actifs cédés avant d’entamer la négociation des baux. De toute évidence, une telle détermination est essentielle pour établir le montant approprié du loyer et, en son absence, il semble peu probable que la direction puisse prendre des décisions fondées. En 1989, Transports Canada avait engagé un conseiller financier pour déterminer la juste valeur marchande des quatre aéroports devant être cédés dans une première série (Vancouver, Calgary, Edmonton et Montréal). Toutefois, ces évaluations sont devenues caduques car, comme on peut s’en douter, elles étaient fortement liées aux conditions de l’entente de cession – conditions qui, dans une grande mesure, n’en étaient qu’au « stade du développement » au moment de ces évaluations. Tandis que le vérificateur général laissait paraître une certaine sympathie pour cette première série de cessions, le même argument ne lui a pas suffi quand il lui a été présenté pour la deuxième série (et les renégociations connexes). À ce moment, précisait le rapport, les « éléments uniques de l’entité à céder ... avaient été suffisamment définis » (p. 10‑26).

 

(ii)                 Omission d’adhérer à la politique gouvernementale prescrite.

 

Le rapport soulignait que quatre baux d’aéroports avaient été « renégociés » et, en outre, que ces renégociations avaient été coûteuses pour l’administration fédérale (environ 474 millions $ en loyers perdus). Il concluait que ces baux n’étaient plus conformes aux objectifs de la politique établie, notamment le besoin de gérer les cessions d’aéroports d’une manière uniforme, juste et équitable.

 

(iii)                Données et processus de déclaration inadéquats.

 

En plus de souligner la perte de revenus pour l’État, le rapport signalait également que l’information présentée par Transports Canada au Parlement sur les montants de loyers perdus (et sur le financement de projets d’immobilisations) était « fragmentaire, incomplète et, certaines années, inexistante » (p. 10-5). Des préoccupations étaient aussi exprimées sur la qualité et la quantité de l’information fournie au Cabinet et au Conseil du Trésor sur les nouveaux enjeux.

 

(iv)               Omission de Transports Canada de définir adéquatement son rôle.

 

Comme en 1990 et en 1992, le rapport observait que « Transports Canada devrait définir son rôle en tant que surveillant et locateur du Réseau national d’aéroports ». Plus précisément, il reprochait à Transports Canada d’avoir omis d’établir une position adéquate sur des questions comme les frais d’améliorations aéroportuaires, l’avènement des filiales et les contrats à fournisseur unique. Plus généralement, le rapport soulignait ce qui apparaissait au vérificateur général comme l’absence d’un cadre officiel, c’est-à-dire l’insuffisance à Transports Canada de politiques et méthodes exposées de façon explicite (normalement, par écrit) : 

 

Nous voulions retracer... la façon dont Transports Canada a appliqué les principes de cession de 1987, 1989 et 1994... Toutefois, il nous a été impossible de le faire... Nous nous attendions à ce que Transports Canada possède un mécanisme – un « cadre codifié » – visant à fournir un tel répertoire... Nous nous préoccupons du fait que le Ministère ne possède pas un tel cadre d’information, pourtant essentiel (page 10-14). 

 

L’analyse des auteurs laisse croire que de leur point de vue, ce degré insuffisant d’encadrement (et de tenue de l’information) a créé un risque de résultats sous-optimaux et fait obstacle à la fonction de contrôle. 

 

2.4.1 Recommandations du rapport de 2000

 

Les vérificateurs ont recommandé qu’un cadre officiel d’application du processus de cession (complet, avec les exceptions et les précisions) soit mis au point et utilisé dans les négociations futures. Transports Canada a accepté cette recommandation. Les vérificateurs recommandaient aussi qu’un examen quinquennal soit terminé et qu’il en soit rendu compte. Transports Canada a répondu que l’examen avait été terminé en mai 2000 (p. 10-17). D’autres démarches d’examen étaient en cours au moment de la réalisation de la présente étude[23].

 

En ce qui touche la question de l’« évaluation » des aéroports, les vérificateurs ont recommandé qu’une évaluation officielle soit obtenue d’un spécialiste indépendant compétent, de façon à permettre d’établir des frais de loyer « équitables ». Cette recommandation a essentiellement été rejetée par Transports Canada, le Ministère soutenant qu’il avait déjà déterminé la valeur marchande selon sa propre méthode et, en outre, qu’il avait « exercé une diligence raisonnable et observé de saines pratiques de gestion durant tout le processus de cession » (p. 10-40).

 

Le rapport faisait plusieurs recommandations sur les problèmes d’information et de documentation. Il recommandait qu’on rassemble de l’information sur la « juste valeur marchande » pour pouvoir juger du bien-fondé des loyers et effectuer des « comparaisons », et qu’un montant minimum soit établi « pour déterminer si les offres des administrations laisseront le gouvernement dans une situation “non moins avantageuse” qu’auparavant » (p. 10-32). Des pratiques méthodiques et plus vigoureuses de tenue des dossiers étaient fortement suggérées. Ces recommandations ont soulevé des objections chez Transports Canada. Comme nous l’avons indiqué, le Ministère disait avoir exercé une diligence raisonnable et observé de saines pratiques de gestion, notamment l’établissement de positions planchers avant la négociation des cessions. Bien qu’il n’ait pas pu le démontrer à la satisfaction du vérificateur général, Transports Canada a énergiquement soutenu s’être conformé aux principes qui avaient été établis par le gouvernement (p. 10-40), notamment l’exigence que les aéroports soient traités de manière juste et équitable et que les principes de responsabilités envers le public soient respectés (Ibid.).

 

D’autres recommandations du rapport visaient d’apparentes lacunes dans le rendement de Transports Canada. Elles portaient sur des sujets comme la vérification des activités des filiales des administrations aéroportuaires locales, l’examen des questions d’impartition dans les conventions de cession et la poursuite par le personnel de Transports Canada de son perfectionnement en matière de gestion des baux. Une de ces dernières recommandations nous apparaît énoncée d’un ton indulgent compte tenu des préoccupations que nous exprimons ailleurs dans la présente étude :

 

(Transports Canada) devrait recueillir les données quantitatives et qualitatives nécessaires pour effectuer les analyses en temps opportun. Dans la mesure où il compte sur les administrations aéroportuaires ou d'autres sources pour obtenir les données sous-jacentes, le Ministère devrait indiquer précisément le type et le format des données dont il a besoin et établir des procédures pour s'assurer qu'elles sont fiables (p. 10-48, 49).

2.4.2 Réactions au rapport de 2000

Malgré le regard en apparence sévère porté sur le processus de cession des aéroports, cette partie du rapport a été éclipsée dans l’opinion publique par les conclusions énoncées ailleurs au sujet de Développement des ressources humaines Canada, et, plus encore, par l’annonce d’une élection fédérale qui a suivi de peu la publication du rapport[24].

Quelques réactions des administrations aéroportuaires sur le contenu et les recommandations du rapport ont été relevées. Par exemple, un article de journal faisait part de l’irritation du président de The Calgary Airport Authority face à une observation du rapport laissant croire que son aéroport avait bénéficié d’un « répit » de la part du gouvernement fédéral. « Le gouvernement perçoit bien davantage de frais de location d’un aéroport exploité par le privé qu’il n’en a jamais perçus quand il exploitait l’aéroport lui-même (traduction) », affirmait-t-il. À Winnipeg, la direction a diffusé une réaction de 20 pages intitulée Returning to the Goals of the National Airports Policy, observant que :

... La recommandation du vérificateur général relative au rôle de TC comme locateur (devrait) être soigneusement réexaminée. Il n’est pas nécessaire de donner un rôle de gestion accru à TC... l’implantation de processus de surveillance appropriés ne devrait pas être confondue avec une présence accrue de TC aux aéroports. Si TC prend des mesures qui, dans les faits, l’amènent à intervenir davantage dans la gestion et le fonctionnement des aéroports, il usurpera le rôle de l’Administration aéroportuaire de Winnipeg... (page 20)[25] (traduction).

Un observateur de l’industrie a critiqué les doléances du vérificateur général quant à l’absence d’évaluations de la valeur marchande et au fait que la privatisation pourrait avoir représenté une perte pour les contribuables. Warren Everson, vice-président - planification des politiques de l’Association canadienne du transport aérien a fait valoir qu’il aurait été « préférable pour le vérificateur de dire que parce que nous ne connaissions par leur valeur, les paiements de loyers convenus ont peut-être été démesurément élevés »[26] (traduction).

2.4.3 Imputabilité

Le thème général (et difficile) qui émane de tous les rapports du vérificateur général est celui de l’imputabilité (aussi appelée reddition de compte ou responsabilité). L’imputabilité peut être définie comme « l’obligation de rendre compte de ses actes (ou d’être prêt à le faire si la demande en est faite). Le compte rendu devrait exposer en quoi l’acte est raisonnable, approprié, convenable, légal ou moral »[27] (traduction).

Le processus d’imputabilité s’inscrit dans une relation mandant-mandataire : le mandant détermine les exigences, les politiques ou les objectifs, et le mandataire prend les mesures nécessaires pour y répondre, et doit rendre compte des résultats. Dans le cas présent, le ministre des Transports rend compte de son action auprès du Cabinet. De la même manière, les hauts fonctionnaires chargés des services publics à Transports Canada sont responsables devant le Ministre de l’application des exigences dictées par ce dernier. Le personnel du Ministère rend compte aux hauts fonctionnaires de l’exécution du mandat qui lui est confié, et ainsi de suite[28]. Un aspect clé de l’évaluation du « rendement » sur le plan de l’imputabilité est donc le contrôle que le mandant impose au mandataire. Le mode de contrôle peut être déterminé structurellement; au minimum, il doit comprendre les principes ou normes essentiels des bonnes pratiques dans de multiples domaines, comme la gestion budgétaire et l’information financière.

Dans le cas des aéroports ayant fait l’objet d’une cession, le mode de contrôle imposé à des fins d’imputabilité à un aéroport donné variait selon qu’il s’agissait d’une « administration aéroportuaire locale » (AAL) ou d’une « administration aéroportuaire canadienne » (AAC)[29]. Dans le cas des AAL, un outil crucial pour exercer un contrôle sur le plan de l’imputabilité semble être le bail foncier. En vertu des droits accordés par ce document, Transports Canada est autorisé à vérifier les méthodes et dossiers de nature financière ou autre de l’AAL, pour s’assurer de leur conformité au bail foncier ainsi que du respect par l’AAL (et les autres locataires) des lois applicables. En outre, les AAL se sont vu imposer des évaluations de rendement quinquennales. Les résultats de ces évaluations devaient être soumis à Transports Canada et autres organismes de désignation.

Dans le cas des AAC, les exigences d’imputabilité imposées par le bail foncier étaient un peu plus rigides. En effet, le bail donnait à Transports Canada le droit de vérifier les pratiques et méthodes ayant un lien avec le bail, les installations cédées et l’activité commerciale de l’administration. Transports Canada avait le droit d’accéder à tout document ou information pour évaluer le respect du bail et des lois applicables. Les AAC étaient elles aussi assujetties à des évaluations de rendement quinquennales portant sur leur gestion, leur exploitation et leur performance financière[30]. Les résultats devaient être rendus accessibles à Transports Canada, aux autres organismes de désignation et au grand public (sur demande)[31].

Le rapport du vérificateur général de 2000 se préoccupait du fait que certaines des ententes renégociées excluaient des aspects clés des « principes de responsabilité envers le public », comme l'égalité d'accès pour tous les transporteurs, le caractère raisonnable des frais d'utilisation, des activités conformes à l'objet de l'administration aéroportuaire, la pratique générale d'impartition et les déclarations d'activités opérationnelles visant à éviter les conflits d'intérêts réels ou perçus (page 10-35). Transports Canada a répondu à cette préoccupation en notant le besoin de tenir compte de mécanismes autres que celui du bail pour respecter l’« essence » des principes de responsabilisation envers le public.

Les conclusions du rapport du vérificateur général et de notre recherche semblent converger sur deux points. Premièrement, le processus de cession des aéroports démontre que les mécanismes de contrôle visant l’imputabilité fonctionnent mieux s’ils sont planifiés avant le fait. Il semble clair que les lacunes constatées ont pour cause essentielle l’omission de préciser les objectifs, de déterminer comment ils seront mesurés et de surveiller le rendement à un coût raisonnable – tout cela avant de passer à la mise en oeuvre.

Ce qui est clair également, c’est que les mécanismes de contrôle liés à l’imputabilité influent sur l’initiative et la motivation des décideurs – qu’ils soient mandants ou mandataires. C’était d’ailleurs le noeud de la difficulté : la recherche de l’équilibre entre l’objectif d’imputabilité et le besoin d’encourager l’initiative, l’efficacité de gestion et l’ouverture à la collectivité auxquelles on s’attendait de la part des nouvelles administrations aéroportuaires.

2.4.4 Résumé

L’évaluation du rendement est un exercice difficile dans le secteur public dans les meilleures des conditions. Les rapports du vérificateur général mettent en lumière plusieurs enjeux importants. Bon nombre des recommandations visent à inscrire le processus dans un cadre plus officiel – avec l’objectif d’accroître l’imputabilité et le rendement. En fait, l’un des domaines où les conclusions des rapports concordent avec la présente recherche, c’est celui de l’amélioration de la qualité des données. Cela dit, nos recommandations (énoncées ailleurs dans le présent rapport) s’écartent de celles du vérificateur général en ce qu’elles favorisent une évolution vers une relation d’imputabilité axée de façon prédominante sur le marché et la collectivité.

2.5         Le contexte international

 

Dans de nombreux pays, les modes de propriété et de gestion des aéroports ont changé. En général, on a observé ces dernières années des réaménagements visant à faire une plus grande place au secteur privé et à la prise de décisions axées sur le marché. Une étude récente du U.S. General Accounting Office signalait des efforts de privatisation en cours dans 47 pays à travers le monde. Les politiques allaient de la vente d’actions minoritaires d’aéroports (ou de l’appel à des promoteurs pour construire des pistes et des aérogares) à la location ou la vente des grands aéroports des pays[32]. Nous examinons ici les paramètres d’organisation essentiels et les expériences récentes de trois pays : le Royaume-Uni (R.‑U.), l’Australie et les États-Unis.

 

2.5.1 Royaume-Uni

 

Avant 1987, les aéroports britanniques étaient des installations à propriété publique exploitées par la British Airports Authority (BAA). Cette année-là, le Royaume-Uni a vendu ses aéroports nationaux et a opté pour une privatisation complète, c’est-à-dire une exploitation entièrement à but lucratif, par le secteur privé, des trois grands aéroports londoniens (Heathrow, Gatwick et Stansted) et de quatre autres aéroports du pays. Au Royaume-Uni (comme dans d’autres pays), la raison générale justifiant la vente était la demande en rapide croissance de voyages aériens, dépassant de loin la capacité de l’infrastructure. Les coûts élevés qu’occasionnerait l’expansion de l’infrastructure n’échappaient à personne[33].

 

Selon Doganis, le cas de la BAA illustre bien les avantages et les risques possibles de la privatisation :

 

Un accès plus facile au financement des investissements est, de toute évidence, un important avantage potentiel. Avant 1987, les immobilisations de la BAA étaient assujetties à la politique budgétaire du gouvernement et soumises aux contraintes des emprunts du secteur public... À titre d’organisme public, la BAA était auparavant limitée à l’exploitation des aéroports... Outre une plus grande liberté d’action, la privatisation offre comme avantage additionnel... une plus grande efficience...

 

La privatisation comporte aussi des risques. La plupart des grands aéroports évoluent dans une grande mesure en contexte de monopole, et cela pourrait s’intensifier si la croissance du trafic dépasse de loin l’expansion des installations. C’est pourquoi de nombreux gouvernements hésiteront à privatiser complètement les aéroports, sans se garder des pouvoirs pour empêcher que ceux‑ci n’abusent de leur position dominante. Un tel abus peut prendre diverses formes. Les gestionnaires des aéroports pourraient réduire l’espace mis à la disposition des passagers et des expéditeurs de fret afin de maximiser les revenus de toute une gamme d’activités commerciales... Les aéroports pourraient aussi conclure des ententes monopolistiques lucratives avec des fournisseurs particuliers de services comme le traitement des passagers et des bagages, les boutiques hors taxes, la manutention du fret ou la location de voitures, en octroyant une concession unique qui permettrait à ses détenteurs de tirer des profits monopolistiques des usagers des aéroports[34] (traduction).

 

La loi autorisant la cession était la Airports Act de 1986. Elle imposait des contrôles stricts à BAA plc et aux autres nouvelles sociétés aéroportuaires. Les sociétés aéroportuaires étaient tenues de produire des données financières beaucoup plus explicites que l’information normalement exigée, notamment des données détaillées sur les revenus et les dépenses[35]. Le gouvernement détient aussi une « action préférentielle » qui lui permet d’opposer son veto aux investissements et cessions d’actifs des aéroports.

 

La réglementation économique des aéroports du Royaume-Uni incombe maintenant à la Civil Aviation Authority (CAA). Un aéroport ayant un chiffre d’affaires annuel d’au moins 1 million £ doit obtenir de la CAA la « permission de percevoir des frais d’aéroport ». Font exception les aéroports gérés par le Secretary of State ou ceux que la CAA possède ou gère. La CAA peut faire enquête sur la conduite de ces aéroports et, si elle constate que l’exploitant exerce une discrimination déraisonnable entre les usagers, profite indûment de sa position de négociation ou pratique des prix abusifs, elle peut imposer des conditions visant à redresser la situation. Quatre aéroports (Heathrow, Gatwick, Manchester et Stansted) sont soumis à un contrôle serré des prix : la CAA impose un plafond sur les prix égal à RPI ‑ X  [36], limitant ainsi le montant pouvant être perçu au titre des frais d’aéroport, pour une période de cinq ans. Les frais d’aéroport comprennent les frais de pistes, les frais par passager pour l’utilisation d’une aérogare, et les redevances de stationnement des aéronefs. L’utilité du mécanisme de plafonnement des prix est décrite par Parker :

            Le plafonnement touche donc environ 35 % des revenus totaux de BAA. Les activités commerciales, comme les ventes hors taxes, et les installations aéroportuaires ne sont pas assujetties au plafonnement. Toutefois, au moment d’établir X (le gain d’efficience), on tient compte de tous les revenus, en vertu du « principe de la caisse unique ». Ce principe découle d’accords internationaux qui établissent la règle d’un taux de rendement raisonnable de l’investissement dans les aéroports, peu importe la source précise des revenus. Le facteur X étant explicitement lié au taux de rendement, une évaluation superficielle pourrait laisser croire que le plafonnement des prix est une forme de réglementation du bénéfice, avec les désincitations à l’efficience qui en résultent. Dans le cas des aéroports du R.‑U., toutefois, X est fixé ex ante, de sorte qu’il reste des incitations à l’efficience pour les exploitants des aéroports, l’objectif étant de dépasser le profit anticipé[37] (traduction).

 

La CAA a aussi un pouvoir de renvoi devant la Competition Commission, qui recommande un plafond de prix et détermine si les aéroports ont agi à l’encontre de l’intérêt public au cours des cinq années précédentes. La CAA doit imposer des conditions si la Commission conclut qu’un aéroport n’a pas agi dans l’intérêt public, mais c’est elle qui prend la décision finale sur le plafond de prix[38].

 

Récemment, BAA plc s’est attaquée énergiquement à des objectifs de rentabilité. Ces efforts ont soulevé de l’opposition, par exemple chez les chauffeurs de taxi, les lignes aériennes et les automobilistes. Parfois, les cris ont été assez stridents pour attirer l’attention d’autres organismes gouvernementaux, comme la Monopoly and Mergers Commission et le Office of Fair Trading. Faisant le bilan de l’expérience, Doganis indique qu’elle révèle un défi auquel font face tous les exploitants d’aéroports : « comment viser un objectif de profit plus vigoureusement sans détériorer les relations avec les clients, les passagers ou les expéditeurs » (p. 31). Tretheway (2000, non publié) a souligné que même si les lignes aériennes profitent de ce système à caisse unique, celui‑ci est difficile à administrer et peut susciter un comportement indésirable de l’exploitant de l’aéroport en situation de congestion. 

 

La CAA détient également le pouvoir de réglementation des aéroports britanniques sur le plan opérationnel et de la sécurité. Selon un document de consultation récent, une foule de modifications réglementaires sont actuellement envisagées, visant par exemple la gestion des créneaux, l’amélioration de la capacité et l’atteinte de l’équilibre optimal entre la concurrence et la coopération aux aéroports du pays[39].

2.5.2 Australie

 

Avant les années 1980, le gouvernement du Commonwealth était propriétaire et exploitant de tous les grands aéroports de l’Australie. C’est à lui, également, qu’incombait l’essentiel de la responsabilité financière des « aérodromes » de moins grande taille acheminant un trafic régulier de passagers, bien que depuis longtemps, des efforts aient été faits pour céder cette responsabilité à des administrations locales. Le principal objectif visé était d’améliorer le recouvrement des coûts auprès des usagers, et les pressions en ce sens ont gagné en intensité au milieu des années 1980. Le programme de propriété locale a donc été accéléré et les grands aéroports ont été placés sous la gouverne de la Federal Airports Corporation (FAC), une société d’État[40]. L’orientation des politiques en Australie a alors penché de plus en plus vers la privatisation, et la FAC a été démantelée. En 1997 et 1998, dix-sept aéroports ont été vendus au secteur privé, et les cinq autres ont été constitués en entreprises à propriété gouvernementale exclusive, dans l’attente de leur cession.

 

Sauf pour l’un d’entre eux, les aéroports « retenus » par le gouvernement se trouvaient dans la région de Sydney. La décision de reporter la privatisation des aéroports de la région de Sydney était liée aux problèmes particuliers de ces aéroports en matière d’environnement, de planification et de réglementation[41]. En juillet 1998, deux sociétés en propriété exclusive du gouvernement australien ont été formées afin d’acquérir des baux à l’égard de quatre aéroports du bassin de Sydney, ainsi que de l’aéroport d’Essendon. Tous ces aéroports exploités en vertu de baux sont réglementés conformément à l’Airports Act 1996. Douze des aéroports sont également assujettis à une réglementation des prix en vertu de la Prices Surveillance Act 1983.

 

Comme le Royaume-Uni, l’Australie opte pour l’exploitation privée (à but lucratif) pleine et entière de ses grands aéroports nationaux. Toutefois, en Australie, les aéroports sont loués à long terme (50 ans avec l’option de renouveler pour 49 autres années) aux exploitants du secteur privé par le gouvernement du Commonwealth[42]. Un processus d’appel d’offres a été utilisé pour l’octroi des baux : cela distingue le processus de « location » australien de sa contrepartie canadienne. Notons également que lorsque le Royaume-Uni a privatisé ses aéroports, il les a cédés comme une unique activité intégrée[43]. En Australie, le gouvernement du Commonwealth a décidé de vendre les aéroports séparément[44].

 

Comme le signalent Hooper et ses collègues, les aéroports australiens ont un degré important de pouvoir monopolistique. Auparavant, les frais d’aéroport étaient soumis à une surveillance et à un contrôle, mais maintenant, un plafonnement des prix s’applique. Sauf pour l’aéroport de Sydney, la réglementation prévoit un plafond de la forme IPC ‑ X pour les services aéronautiques déclarés, une surveillance des prix sur les services connexes et des dispositions spéciales pour les nouveaux investissements requis dans les aéroports[45],[46]. Ces modalités sont administrées par l’Australian Competition and Consumer Commission.

 

L’approche australienne de réglementation des prix est dite à double caisse, c’est-à-dire que les secteurs aéronautiques de l’exploitation des aéroports ne sont pas subventionnés par des sources non aéronautiques[47]. Comme on peut s’y attendre, les lignes aériennes ne favorisent pas, de façon générale, l’approche à double caisse, car le plus souvent cette approche se traduit pour elles par des frais plus élevés. La Australian Prices Surveillance Authority, toutefois, a exprimé son appui envers cette approche, pourvu qu’on exige des aéroports qu’ils « axent le plus possible les frais sur des services particuliers et que ces frais assurent au moins le recouvrement des coûts différentiels »[48] (traduction).


Les aéroports de l’Australie sont soumis, en matière d’environnement et d’exploitation, à la réglementation de la Airports Division du ministère australien des transports et des services régionaux. La Division a pour rôle d’aider le Ministre à s’assurer que l’infrastructure des grands aéroports d’Australie est développée et exploitée d’une manière efficiente, en tenant compte des besoins des usagers et en réduisant au minimum les incidences environnementales négatives des activités aéroportuaires sur les collectivités environnantes.

 

En terminant, il est intéressant de noter que la question de l’évaluation des aéroports, qui a soulevé la préoccupation du vérificateur général du Canada, était également présente dans l’expérience australienne :

 

            ... Le gouvernement a inscrit une allocation de 1,4 milliard de dollars US (valeurs de 1998-1999) dans ses prévisions budgétaires pour la vente de la FAC, mais ses conseillers, ANZ McCaughan et Salomon Brothers, ont proposé une valeur nette plus élevée en 1994 de 1,8 milliard de dollars US (valeurs de 1998-1999). De toute évidence, un important objectif de la vente était d’en maximiser le produit, mais le gouvernement a annoncé qu’il avait fixé un certain nombre d’objectifs devant être atteints par le soumissionnaire choisi au moment de la vente et subséquemment. Au-delà du produit net corrigé du risque pour le Commonwealth, les critères de sélection devaient inclure la solidité financière, les plans de développement de l’aéroport et un engagement envers l’expansion efficace des services aéroportuaires, le respect de l’environnement et le traitement équitable des employés de la FAC (traduction) (Hooper et al., 2000: 189).

2.5.3 États-Unis

 

Aux États-Unis, la gestion est généralement exercée par une entité locale ou régionale. Quatre États ont établi leur propre administration aéroportuaire (Alaska, Connecticut, Hawaï et Pennsylvanie), mais la plupart des grands aéroports sont exploités par des gouvernements locaux ou de comté. Par exemple, des services municipaux du transport aérien exploitent les aéroports de Baltimore, de Chicago et de Houston. Certaines collectivités créent des « administrations portuaires » pour gérer une infrastructure de transport multimode (p. ex., Port of Seattle dans l’État de Washington, MASSPORT au Massachusetts et Port Authority of New York and New Jersey); d’autres ont des commissions des aéroports, comme Los Angeles ou La Nouvelle-Orléans. À Atlanta, le conseil municipal exploite l’aéroport directement avec l’aide d’un conseil consultatif[49]. Une structure particulière qu’on voit parfois est la propriété privée des aérogares dans un aéroport dont, par ailleurs, le secteur public est propriétaire et exploitant. Les acteurs, en pareil cas, sont généralement les lignes aériennes, pour de grandes installations terminales comme celles de l’aéroport international John F. Kennedy de New York et de l’aéroport O’Hare de Chicago.

 

Le secteur privé joue un rôle important dans l’exploitation et le financement des aéroports commerciaux des États-Unis, travaillant en étroite association avec les propriétaires du secteur public. À compter de 1980 environ, les administrations aéroportuaires sont devenues une forme plus commune de gestion des aéroports aux États-Unis, par exemple à Indianapolis (Indiana), Cincinnati (Ohio) et Tampa (Floride). Un élément particulièrement intéressant à bon nombre de ces endroits est le recours croissant à la gestion à contrat, visant à intégrer le secteur privé dans la gestion et l’exploitation des aéroports :

 

Une entreprise privée ne sera pas en général entravée par les pratiques gouvernementales touchant les employés et l’approvisionnement. Elle peut prendre des décisions en matière de personnel qui seraient plus difficiles dans un cadre gouvernemental. Elle peut aussi profiter d’économies d’échelle, en répartissant entre plusieurs aéroports des frais généraux comme ceux liés au personnel et aux achats, et en achetant des fournitures en grand volume pour son réseau complet d’aéroports[50] (traduction).

 

En 1996, six aéroports américains desservant des lignes aériennes commerciales étaient gérés à contrat par des entreprises privées, y compris trois des 100 premiers aéroports du pays. L’un des exemples les plus frappants de la gestion à contrat a été la sélection, en 1995, de BAA USA pour gérer le réseau aéroportuaire d’Indianapolis (constitué de l’aéroport d’Indianapolis et de quatre aéroports d’aviation générale). Le contrat de dix ans prévoit des incitations aux économies qui sont censées réduire le coût des lignes aériennes par passager embarqué, le ramenant de 7,78 $ avant le contrat à 5,19 $ à la fin de la dixième année. Cet objectif sera atteint à la fois par une augmentation des revenus commerciaux et par des réductions des coûts d’exploitation[51].

 

Tandis que la gestion des aéroports est largement une responsabilité locale ou régionale aux États-Unis, il n’en va pas de même des investissements. Certes, les administrations locales peuvent financer, et financent effectivement, des améliorations des immobilisations par des émissions d’obligations à long terme (souvent exemptes d’impôt), mais le gouvernement fédéral est également une importante source de financement. La Program Implementation Branch de la Federal Aviation Administration (FAA) est chargée d’élaborer et de mettre en oeuvre le programme national ACIP (Airports Capital Improvement Plan). Ce programme sert d’outil de planification pour cerner les besoins cruciaux de développement et d’immobilisations connexes pour le National Airport System (NAS) des États-Unis. L’ACIP sert également de base pour la distribution des fonds de subvention en vertu du Airport Improvement Program (AIP), un autre programme géré par la même division. En déterminant les besoins de développement et d’immobilisations des aéroports et en faisant les investissements nécessaires, la FAA peut assurer le public américain que le NAS est un environnement sûr, sécuritaire et efficace pour les déplacements aériens à l’échelle du pays. Durant l’année financière 2000, 1 150 subventions d’investissement ont été octroyées à des aéroports de partout aux États-Unis. La valeur totale de ces subventions était d’environ 1,8 milliard de dollars US[52].

En vertu de la Aviation Investment and Reform Act for the Twenty-First Century, les dépenses en transport aérien par le gouvernement fédéral américain passeront de 10 milliards de dollars US par année en 1999 à 20 milliards d’ici 2005. Comme c’était prévisible, la FAA a amorcé ces dernières années des efforts en vue de privatiser les aéroports, d’abord par un « Airport Privatization Pilot Program » lancé en 1996. Toutefois, la privatisation a attiré l’intérêt de peu d’aéroports, parce que le processus de financement actuel (au moyen d’obligations exemptes d’impôt et de subventions fédérales) a bien fonctionné. De plus, les lignes aériennes locataires s’inquiètent de la privatisation et ont des droits contractuels leur permettant d’empêcher la vente des aéroports[53]. En outre, malgré l’existence du projet pilote, la FAA a exprimé des craintes face à la vente ou la location à bail d’un aéroport entier au secteur privé, car cela pourrait contrevenir aux obligations prises par le propriétaire municipal en contrepartie des subventions fédérales obtenues[54].


 

3.0        TARIFICATION ET COÛTS DES AÉROPORTS

 

3.1         Introduction

Les sources de revenus traditionnelles des aéroports comprenaient les tarifs et frais imposés aux activités des aéronefs – redevances d’atterrissage et frais d’aérogare pour les portes et passerelles d’embarquement et l’utilisation des installations terminales. Des frais pour le stationnement des aéronefs et d’autres services côté piste pouvaient également être imposés. Les revenus côté ville représentaient une plus faible proportion du total des revenus et provenaient de concessions et loyers, de stationnements pour voitures, de frais d’accès, de baux de hangars et d’aménagements du terrain. Cette répartition reflétait, en partie, le point de vue selon lequel les aéroports étaient des services ou infrastructures publics mis en place pour servir les transporteurs.

Les tarifs et frais devaient être fondés sur les coûts. En vertu des lignes directrices de l’OACI, les aéroports devaient établir leurs tarifs et frais en fonction du coût de prestation des services[55]. Les lignes aériennes considéraient (et considèrent toujours) que les aéroports étaient des centres de coûts et que les services devaient être fournis au coût le plus bas et au niveau minimum possible pour répondre aux besoins des lignes aériennes. Grosso modo, les frais d’aéroport appartiennent à deux catégories. Des redevances aéronautiques sont perçues pour l’utilisation des pistes, aires de trafic et installations terminales des aéroports. Des frais de services d’escale visent l’entretien des avions et le traitement de leur charge utile. À l’intérieur de ces catégories, des frais s’appliquent à une foule de services. Les frais sont généralement basés sur le poids de l’aéronef, les passagers transportés ou la superficie d’aérogare utilisée. Dans un tel contexte, les aéroports n’avaient aucune incitation à accroître leurs revenus non aéronautiques, car à titre d’organisations sans but lucratif elles ne pouvaient réaliser de bénéfice net, et toute tentative de consacrer des revenus additionnels à des investissements était scrutée de près par les lignes aériennes. Dans ces conditions, en outre, les lignes aériennes assumaient une grande partie du risque de pénurie de revenus et amassaient l’essentiel des rentes économiques[56].

La vision moderne des aéroports consiste à considérer ces derniers comme des entreprises. À l’instar d’autres secteurs de l’économie, les aéroports peuvent exploiter des débouchés commerciaux et offrir à leur clientèle des services facturés en fonction de leur valeur ajoutée. Les revenus tirés des concessions de l’aérogare et du stationnement, ainsi que de la location et de l’aménagement des terrains offrent ce genre de possibilités. On peut les considérer comme accessoires à l’objet principal qui consiste à déplacer les aéronefs et les passagers, ou comme des activités complémentaires exploitables en partenariat stratégique avec les activités côté piste. Un important avantage de cette vision des aéroports est que ces derniers assument alors le risque de l’équilibre entre les revenus et les coûts et sont incités à aménager des installations et des services dans une optique de valeur ajoutée plutôt que d’offre minimum.

3.2         Tarification et revenus

Les revenus sous forme de tarifs et frais proviennent principalement des redevances d’atterrissage des aéronefs, des droits d’aérogare et des redevances de stationnement et de services d’escale des aéronefs. Certains aéroports tarifent séparément des services comme la police et la sûreté, ainsi que le précontrôle des douanes américaines. De l’avis de bien des gens, les aéroports sont des « monopoles naturels » et, parce que les transporteurs ont besoin de leurs services, les redevances liées à l’atterrissage ou aux services d’aérogare devraient être soumises à un contrôle. Cette question est examinée de façon détaillée au chapitre 4. Quoi qu’il en soit, les aéroports n’ont pas, selon nous, de pouvoir de marché « général ». Et même dans les cas où, effectivement, ils ont un pouvoir de marché, ils ont peu d’incitations à en abuser, un aspect sur lequel nous reviendrons plus loin dans ce chapitre.

Quatre observations générales peuvent être faites au sujet des frais côté piste. Premièrement, dans des environnements où les coûts des aéroports et les marchés sont semblables, les frais devraient être similaires. S’il y a des écarts, ils reflètent des différences au niveau du pouvoir de marché. Deuxièmement, les aéroports peuvent exploiter des écarts de pouvoir de marché en fixant les frais relatifs à différents aéronefs en fonction de la position du transporteur sur le marché[57]. Cela peut avoir des conséquences sur la compétitivité globale des transporteurs. Troisièmement, les frais côté piste sont complémentaires des revenus côté ville. Les aéroports qui combinent l’atterrissage d’aéronefs et le commerce de détail (et ont une capacité excédentaire côté piste) auront, sans l’intervention d’une autorité réglementaire, une incitation à réduire les frais imposés aux lignes aériennes et à faire croître leurs extrants. Le facteur clé de cette situation avantageuse est la combinaison de solides complémentarités de la demande (demande d’utilisation des pistes et demande d’installations de commerce de détail et de biens immeubles) avec des rentes liées à l’emplacement (commerce de détail et biens immeubles). Par conséquent, des frais côté piste moins élevés peuvent refléter ce genre d’étroites complémentarités de la demande.

Les écarts entre les tarifs et frais imposés côté piste reflètent diverses influences et donnent une indication de la capacité financière d’un aéroport. Nous définissons la capacité financière comme le potentiel de génération de revenus d’un aéroport. Celui‑ci dépend, entre autres facteurs, des niveaux de trafic, du nombre de transporteurs desservant l’aéroport, de la répartition des passagers entre vols intérieurs et internationaux ainsi qu’entre voyages d’affaires et de loisirs, du fait que l’aéroport soit ou non un aéroport-pivot, et de l’ampleur du transport de marchandises et du développement connexe à l’aéroport[58]. On pourrait estimer la capacité financière en utilisant des données provenant de plusieurs aéroports et en établissant un lien entre, d’une part, les caractéristiques en matière d’exploitation, de capital et de marché et, d’autre part, le potentiel de génération de revenus. Nous définissons l’effort financier comme un indicateur du degré auquel un aéroport exploite sa capacité financière. Ainsi, de faibles revenus à un aéroport peuvent témoigner soit d’une faible capacité financière, soit d’un effort financier insuffisant. Ces mesures devraient selon nous intervenir dans la désignation d’un aéroport comme membre du RNA ou comme aéroport régional ou local. Il serait normal de s’attendre à ce qu’un aéroport du RNA ait une capacité financière suffisante pour attirer du capital d’investissement.

3.3         Tarifs et frais des aéroports

En ce qui touche la tarification côté piste, trois questions se posent. Premièrement, comment les tarifs, les redevances d’atterrissage et les droits d’aérogare diffèrent-ils entre le trafic intérieur et le trafic international? Deuxièmement, sur quelle base sont établis les frais et comment varient-ils selon le type d’aéronef? Troisièmement, comment se décomposent les frais; les redevances d’atterrissage prédominent-elles sur les droits d’aérogare? Chacune de ces trois questions soulève des enjeux liés à la capacité financière d’un aéroport. Par exemple, un aéroport point d’accès accueillera une proportion plus élevée d’aéronefs de grande taille (gros porteurs) et ces derniers auront vraisemblablement des coefficients de remplissage plus élevés. Ses revenus seront plus élevés si les frais sont liés aux passagers plutôt que fondés seulement sur le poids. Les revenus générés, par conséquent, dépendent de la base tarifaire et du niveau des tarifs. Si un aéroport mise uniquement sur les aéronefs pour réaliser des revenus, il pourrait être menacé si une ligne aérienne l’abandonne, réduit sa fréquence ou modifie la taille de ses aéronefs. Les frais refléteront aussi la nature du trafic acheminé par un aéroport. Les tarifs et frais (y compris les frais d’améliorations aéroportuaires) sont ajoutés aux prix des billets, et plus la proportion de ces frais dans le prix du billet est faible, plus l’aéroport a de latitude pour hausser les prix. Par exemple, si un aéroport achemine une plus grande proportion de trafic à longue distance ou d’affaires, on pourrait s’attendre à ce qu’il applique (ou puisse appliquer) des frais plus élevés que ceux d’un aéroport desservant un trafic intérieur à courte distance.

La figure 3‑1 présente le total des frais (vols intérieurs seulement) payés selon le type d’aéronef et l’aéroport. Le total des frais représente, en fait, ce qu’il en coûte pour faire atterrir un avion à l’aéroport, débarquer les passagers et acquitter tous autres frais aéroportuaires comme les frais liés à la sécurité et à la sûreté. La figure permet de faire plusieurs observations. Premièrement, on s’attend à ce que les plus grands aéroports aient des frais moyens plus élevés que les aéroports de moins grande taille. Le tableau inséré à l’angle inférieur droit, qui indique les frais moyens pour deux groupes d’aéroports et différentes tailles d’aéronefs, montre que c’est bien le cas. Notons que si les aéroports les plus gros demandent bel et bien des frais plus élevés, l’écart diminue à mesure que la taille des aéronefs décroît. Deuxièmement, comme c’était prévisible, les plus gros aéronefs sont assujettis à des frais totaux plus élevés, mais il y a généralement peu d’écart entre les frais par passager jusqu’au niveau des A320. Pour les avions de plus grande taille, non seulement les frais totaux augmentent, mais aussi les frais par passager. Par exemple, dans le cas du B767 comptant 225 sièges, les frais par passager dépassent de 16 % (en moyenne) ceux du A320 de 175 sièges. Cet écart n’est pas surprenant car les avions les plus gros font des vols plus longs et les coûts totaux des vols sont plus élevés. Les frais d’aéroport représenteraient alors normalement une plus faible proportion des coûts totaux des vols. Il y a là une composante d’inélasticité qui peut être exploitée par les aéroports.

Les tableaux 3‑1 et 3‑2 présentent des comparaisons des frais par passager pour les vols intérieurs et les vols transfrontaliers. Un troisième aspect notable est que les aéroports régionaux et locaux ont des structures de tarifs qui défavorisent les gros aéronefs. Charlottetown, par exemple, a des frais comparables à ceux de Toronto pour les avions de grande taille. Quatrièmement, les aéroports qui ont été vendus à des municipalités ou qui ne font pas partie du RNA ont, dans bien des cas, des tarifs et frais plus élevés, qui sont égaux ou supérieurs à ceux de nombreux aéroports du RNA. Mais même lorsqu’on examine séparément les huit premiers aéroports et un sous-ensemble d’autres aéroports du RNA et d’aéroports régionaux ou locaux, on constate que pour chaque type d’aéronef, aussi bien les redevances d’atterrissage que les droits d’aérogare sont plus élevés aux aéroports plus petits qu’aux huit premiers aéroports. Dans les aéroports ou les redevances d’atterrissage sont élevées, les droits d’aérogare le sont également, et les aéronefs les plus gros sont visés par des droits d’aérogare proportionnellement plus élevés que les redevances d’atterrissage. Ces aéroports, à l’exception de Toronto, n’ont pas un imposant marché de passagers[59]. Ils accueillent des aéronefs plus petits, mais à des fréquences relativement plus élevées. À ces aéroports, les vols semblent avoir été choisis comme base de création de revenus. L’idée apparaît valable à court terme, mais elle pourrait créer un risque important pour l’aéroport à mesure que le transport aérien s’ajustera aux forces du marché et aux niveaux d’activité macro-économique. Une tarification par passager procurerait vraisemblablement autant de revenus, tout en réduisant sensiblement le risque[60].

Les figures 3‑2 et 3‑3 présentent la comparaison dans le cas des services intérieurs. Toutefois, nous avons vu également que les frais totaux pour accueillir les types d’aéronefs choisis sont plus élevés aux grands aéroports qu’aux aéroports plus petits. L’explication se trouve à la figure 3‑6, qui présente les « autres frais »[61]. La méthode retenue par les petits aéroports consiste à grouper les frais des services. Le groupement est une méthode efficace de réalisation de revenus lorsqu’il y a de vastes écarts de sensibilité de la demande entre les services. Imposer les frais séparément aurait pour effet de réduire les revenus totaux obtenus.

La répartition entre redevances d’atterrissage, droits d’aérogare et autres frais, pour les vols intérieurs et internationaux, est présentée aux figures 3‑1 à 3‑5. On peut observer une variabilité selon le type d’aéronef, mais ce qui ressort davantage, c’est l’accent mis par les différents aéroports sur les vols plutôt que les passagers, le recours aux redevances d’atterrissage plutôt qu’aux droits d’aérogare pour l’essentiel des revenus côté piste. On s’attendrait à ce que les petits aéroports, accueillant relativement moins de passagers, mettraient l’accent sur les frais liés aux aéronefs, car ces frais sont indépendants du nombre de passagers. Cette stratégie, toutefois, accroît le risque pour l’aéroport, car si une ligne aérienne cesse de servir l’aéroport ou que les transporteurs réduisent le nombre de vols (tout en accroissant le coefficient de remplissage sur les vols restants), l’aéroport pourrait voir ses revenus fondre considérablement. Le deuxième aspect de la question est la proportion des revenus côté piste par rapport au total des revenus. Si le nombre de passagers est élevé, les aéroports peuvent avoir avantage à baisser les tarifs du côté piste afin d’accroître leurs revenus non aéronautiques grâce aux concessions, à la location, etc. Il semble que les grands aéroports ayant mis en valeur leurs sources de revenus non aéronautiques, ou ayant la capacité de le faire, reconnaissent la complémentarité entre les revenus provenant des mouvements d’aéronefs et ceux tirés des concessions. La figure 3‑8 présente clairement la distinction entre les deux types d’aéroports. Les différences sont très importantes sur un autre plan, soit celui de l’absorption du risque et de la capture de rentes. Si les revenus dépendent de l’activité des aéronefs, la ligne aérienne absorbe le risque et reçoit une proportion plus élevée de toute rente économique liée au pouvoir de marché, mais si les revenus sont liés à l’activité en termes de passagers, le risque échoit à l’aéroport et la rente sera partagée entre les transporteurs et l’aéroport. Plus les frais sont élevés, plus grande est la part qui revient à l’aéroport.

3.4         Frais d’améliorations aéroportuaires et frais de prestations supplémentaires

Un grand nombre d’aéroports au Canada ont instauré des frais d’améliorations aéroportuaires (FAA) ou des frais de prestations supplémentaires (FPS). Ces frais découlent largement de la façon dont le gouvernement a procédé à la cession des aéroports aux AAL et en vertu du PNA. Les aéroports sont des organisations sans but lucratif, ils doivent verser des paiements de loyers au gouvernement fédéral à des conditions négociées au moment de la cession et ils ne peuvent émettre des actions. Dans la plupart des cas, il n’est pas possible de financer par des emprunts les investissements requis pour accroître la capacité. Ainsi, pour effectuer les investissements nécessaires, rénover les installations aéroportuaires et agrandir les installations pour accroître la capacité, les aéroports doivent se financer auprès de leurs utilisateurs, avant ou pendant l’utilisation de la capacité nouvelle. Selon la Convention de l’OACI, les lignes aériennes ne fourniront pas ce financement, d’où les FAA et les FPS perçus par les aéroports auprès des passagers[62].

Les FAA sont une taxe fixe, prélevée en supplément du prix du billet. Si la taxe est perçue par les lignes aériennes au moment de la vente du billet, l’aéroport détermine comment les fonds seront investis, mais si les lignes aériennes perçoivent la FAA au nom de l’aéroport, elles ont leur mot à dire dans l’attribution des fonds aux projets d’immobilisations[63]. Lorsqu’un aéroport impose des FAA, cela se répercute dans une certaine mesure sur le tarif que peut demander la ligne aérienne. Il s’agit d’une taxe et la répartition de ses effets entre les passagers et les transporteurs dépendra des valeurs relatives des élasticités de l’offre et de la demande. Si la demande est très élastique, dans le cas par exemple de billets à prix réduit, la taxe aura plus d’incidence sur le transporteur, tandis que pour des billets de transport à longue distance et à plein tarif, l’incidence s’exercera plus lourdement sur le passager. Par conséquent, la capacité d’un aéroport d’imposer des FAA et le niveau de ces derniers seront liés à la composition du trafic à l’aéroport.

Dans le cas des aéroports-pivots, d’autres facteurs doivent être pris en compte. Par exemple, l’aéroport Pearson a récemment établi des FAA de 10 $ par passager en partance et de 7,50 $ par passager en correspondance. La plupart des aéroports omettent les frais de correspondance, mais pour les aéroports-pivots, cela les priverait d’importants revenus. Mais il y a deux faces à la médaille, car les frais de correspondance peuvent inciter les transporteurs à offrir de nouveaux itinéraires. Par exemple, deux personnes voyageant de London à Ottawa en passant par Pearson paieront maintenant 30 $ additionnels pour l’aller-retour. Un transporteur pourrait alors être tenté d’offrir un service évitant la correspondance de Toronto. Les frais de correspondance influent aussi sur la latitude dont dispose London, ou de tout autre aéroport périphérique, pour prélever des FAA, car il se pose un problème de « double majoration »[64]. L’aéroport-pivot accapare une partie des revenus qui seraient allés (ou auraient pu aller) à l’aéroport périphérique, car il limite la latitude dont dispose un aéroport comme London pour hausser lui-même ses FAA. Si l’aéroport-pivot hausse ses frais, il capte une plus grande part de la rente disponible au détriment de l’aéroport périphérique[65]. De toute évidence, cela nuit à la capacité des aéroports régionaux et locaux de se financer au moyen des FAA. Ces aéroports fournissent le trafic d’apport et rendent plus efficace l’aéroport-pivot, et c’est l’aéroport-pivot qui capte la rente. Si cette rente n’est pas partagée, l’aéroport périphérique pourrait avoir trop peu de trafic ou investir insuffisamment dans la capacité. L’accès à des marchés de capitaux substituts peut améliorer l’utilité sociale.

La liste des frais est actuellement la suivante[66] :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Il est clair d’après les tableaux et la répartition des frais qu’il existe une grande différence en termes de capacité financière entre les huit premiers aéroports au Canada, qui acheminent 86 % du trafic, et les autres aéroports. Les 16 aéroports du RNA qui viennent après les huit premiers, en ordre d’importance, ne représentent que 6 % du trafic.

La figure 3‑7 présente le total des frais côté piste pour l’Airbus 320, la série Boeing 737-600 et le Regional Jet. Ce sont les appareils prédominants utilisés dans les marchés intérieurs (desservis par des avions à réaction). Air Canada utilise le A320 tandis que Westjet, Canjet et d’autres transporteurs à faible coût favorisent le B737[67]. Le A320 est un peu plus gros que le 737, de sorte qu’il apparaît normal que le total des frais soit, dans son cas, un peu plus élevé pour tenir compte de cette différence. Il apparaît normal aussi que des frais plus élevés, tous autres facteurs étant égaux, incitent les transporteurs à délaisser les avions à réaction au profit de plus gros aéronefs et à réduire la fréquence, ou encore à passer à des avions à turbopropulseurs (ou peut-être au RJ-50) dans les petits marchés. La figure montre également une certaine uniformité entre les aéroports, compte tenu de la plus grande taille du A320 par rapport au B737, mais on note aussi des anomalies importantes. D’abord, Charlottetown a des frais qui sont comparables à ceux de Toronto, mais vu les différences énormes entre ces marchés, ces frais n’apparaissent pas comme soutenables à Charlottetown. Le passage d’appareils à réaction à des aéronefs à turbopropulseurs n’est pas sans surprendre dans ce marché. En 1998, par exemple, 80 % des services aériens dans ce marché étaient d’envergure régionale ou locale. La figure illustre également de façon claire les écarts entre les aéroports en ce qui touche le total des frais pour les trois aéronefs. La variabilité est moindre pour le RJ que pour les deux autres appareils. De Charlottetown à Ottawa dans la liste, les frais sont le double de ceux du reste des aéroports inclus dans l’analyse. Les écarts des moyennes entre les deux groupes d’aéroports sont également indiqués à la figure 3‑7. Comme pour les FAA, les aéroports régionaux ou locaux ont des frais moyens plus faibles pour chaque type d’aé