Le présent rapport de recherche a été exécuté à la demande du
Comité d’examen de la Loi sur les transports au Canada. Il contient les
résultats et les opinions de ses auteurs et ne représente pas
nécessairement les points de vue du Comité d’examen ou de ses membres. Recherche menée pour l’examen de la Loi sur les transports au
Canada George Hariton et Peter Milne Novembre 2000
Accès ouvert dans les industries de
réseau
Rapport établi par
Le transport ferroviaire, les communications locales et interurbaines
et le transport du gaz naturel représentent tous des industries de réseau. Ces
industries utilisent un réseau pour relier différents emplacements. Ce réseau
regroupe le trafic entre différentes paires origine‑destination et le
concentre dans des liaisons intervilles ou intercentraux. Cela permet au trafic
d’utiliser des liaisons à grande capacité même si le trafic entre l’origine et
la destination peut en fait avoir un faible volume. À son tour, l’utilisation
de liaisons partagées à grande capacité mène à des coûts unitaires bien
inférieurs pour le trafic acheminé.
Les clients individuels (ou abonnés) doivent avoir accès au réseau de
base. Dans le domaine des télécommunications, la concurrence s’est développée
dans le réseau de base et l’accès par les clients a créé un goulot
d’étranglement. On a encouragé la concurrence en permettant aux clients de
rejoindre leurs fournisseurs préférés à l’aide des installations d’accès déjà
en place. En ce qui concerne le gaz naturel, même s’il y a de nombreux
producteurs de gaz, la fonction de transport a été un monopole.[1]
On a encouragé la concurrence en séparant le transport de la propriété et de la
commercialisation du gaz.
Le marché des télécommunications interurbaines s’est ouvert à la
concurrence au début des années 1990. L’organisme de réglementation a ordonné
aux titulaires d’interconnecter leurs réseaux avec ceux des nouveaux entrants
dans le marché de l’interurbain. Par conséquent, il suffisait aux nouveaux
entrants de mettre en place un réseau intervilles. Les nouveaux entrants paient
au titulaire des frais d’interconnexion à la minute pour le trafic de départ ou
d’arrivée.
Dans le cas d’un client qui génère un très fort volume de trafic à un
endroit donné, le nouvel entrant peut établir, ou demander au titulaire de
fournir, une liaison dédiée entre son point de présence et le client. Cela
permet au nouvel entrant de contourner le réseau local commuté du titulaire
ainsi que ses frais d’interconnexion. On a également encouragé l’ouverture du
marché interurbain à la concurrence en obligeant les titulaires à permettre la
revente des installations et des services.
En dépit de ces mesures pour encourager l’entrée dans le marché des
communications interurbaines, l’organisme de réglementation a trouvé que, pour
que la concurrence dans le domaine de l’interurbain soit viable à long terme,
le marché des télécommunications locales devrait être également ouvert à la
concurrence. De cette façon, les nouveaux entrants ne dépendraient plus des
installations ni des services des titulaires. Ils bénéficieraient également des
économies de gamme dans différents services.
Pour ouvrir le marché local à la concurrence, l’organisme de
réglementation a de nouveau compté sur l’interconnexion et la revente des
installations et des services.[2] Toute entreprise
de télécommunications (appelée ci‑après télécommunicateur) peut demander
à un autre télécommunicateur des boucles locales dégroupées pour les nouveaux
entrants, c’est‑à‑dire des paires de fils de cuivre à partir du
central du titulaire jusqu’aux locaux du client. Le titulaire doit aussi
permettre à l’entreprise de services locaux concurrente (ESLC/CLEC) de
colocaliser ses installations dans le central du titulaire.
Les nouveaux entrants peuvent revendre les services du titulaire, comme
autre moyen de rejoindre les clients. Toutefois, l’approche de l’organisme de
réglementation envers la concurrence locale a été d’encourager la concurrence
basée sur les installations dès le début. Cela contraste fortement avec
l’approche prise par l’organisme de réglementation envers la concurrence dans
l’interurbain selon laquelle il estimait que la concurrence basée sur la
revente donnerait aux nouveaux arrivés la chance de gagner une part de marché
et de financer la construction des installations à une date ultérieure.
La concurrence dans le marché de l’interurbain s’est épanouie. La
rivalité des prix est intense et les titulaires ont perdu de 30 % à 40 % du marché en faveur des nouveaux entrants. Il
y a eu une certaine consolidation, mais de nouvelles sources de concurrence
sont prévues, par exemple Telus contre l’ensemble des compagnies de Bell
Canada.
L’impact de la concurrence dans l’interurbain fait encore l’objet d’une
certaine controverse. Il est certain que les clients ont plus de choix
qu’auparavant. À court terme, l’efficience a diminué et les coûts unitaires ont
en fait augmenté, ce qui représente un changement par rapport à la tendance
descendante habituelle.[3]
À long terme, on s’attend à ce que les forces concurrentielles mènent à une
plus grande efficience, à une meilleure croissance du marché et à une plus
grande innovation.
Les prix des services interurbains ont chuté énormément en dépit des
augmentations des coûts unitaires. Cela est dû essentiellement à une réduction
très importante de l’interfinancement généré par l’interurbain et qui servait à
garder le prix des services locaux résidentiels sous le prix de revient.
La concurrence dans le marché local en est encore à ses débuts.
Toutefois, on s’attend encore à ce que les réductions de l’efficience à court
terme soient suivies de gains à plus long terme. Les prix du service local
résidentiel ont plus que doublé et on prévoit qu’ils augmenteront encore
puisque l’interfinancement de ces services est réduit.
Le marché du gaz naturel en
tant que produit, à l’exclusion du transport du gaz, a été déréglementé et
ouvert à la concurrence en 1985. Avant cela, les compagnies intégrées de
pipelines achetaient le gaz naturel au point de production et le transportaient
par pipeline vers les marchés de destination. Ces compagnies n’offraient qu’un
service entièrement regroupé aux acheteurs, c’est‑à‑dire que le gaz
ne pouvait être acheté que sur une base de livraison. Dans le cadre de la
déréglementation, les compagnies de pipelines sont devenues de simples
transporteurs publics, offrant aux expéditeurs, y compris aux acheteurs et aux
vendeurs, des services de transport à accès ouvert non discriminatoire. Les
compagnies de pipelines n’achètent plus ou ne vendent plus de gaz[4],
et on leur demande de transporter du gaz pour d’autres compagnies selon les
mêmes barèmes et conditions que ceux qu’elles suivent lorsqu’elles transportent
le gaz pour leurs propres filiales de commercialisation.
Traditionnellement, les principaux réseaux de pipelines de gaz naturel, Nova/TCPL et Westcoast, ont fonctionné comme des monopoles. Toutefois, la concurrence est introduite avec la construction récente du pipeline Alliance (pipeline de grande capacité qui parcourt le nord‑est de la Colombie‑Britannique et l’Alberta jusqu’au sud de Chicago) et avec la construction récente du pipeline Vector qui va de l’est de Chicago jusqu’au sud‑ouest de l’Ontario. Ces deux pipelines seront en service avant la fin de l’an 2000 et entreront directement en concurrence pour le même marché que Nova/TCPL et, à un degré moindre, que Westcoast. C’est aussi la première fois qu’il y aura une surcapacité importante de pipelines qui permet de transporter le gaz de l’Alberta vers l’est, aux États‑Unis et dans les marchés canadiens centraux. L’enjeu actuel est celui du degré de souplesse tarifaire dont les compagnies de pipelines titulaires auront besoin face à cette nouvelle concurrence.
Les compagnies locales de distribution ont traditionnellement acheté le gaz naturel auprès des compagnies de pipelines intégrées et l’ont vendu aux clients finals, sur une base de monopole. Au cours des dix dernières années, ces compagnies ont dû elles aussi dégrouper divers aspects de leur service, à commencer par le gaz lui‑même. Le dégroupage ultérieur a permis d’identifier les services que les distributeurs de gaz concurrents peuvent fournir eux‑mêmes (par exemple, services de lecture de compteurs, de facturation et peut‑être d’emmagasinage). Les enjeux connexes portent sur le traitement des droits d’actifs délaissés qui appartiennent au service public (par exemple, les systèmes de facturation), sur l’évaluation des actifs lorsque ceux‑ci sont transférés d’un service public réglementé à une filiale ou à une société affiliée non réglementée (par exemple, les actifs d’emmagasinage) et sur les codes de conduite lorsque le service public entreprend des activités concurrentielles comme celle de la commercialisation du gaz.
La déréglementation de gaz
naturel a‑t‑elle amélioré l’efficience de l’industrie du gaz
naturel? En ce qui concerne le gaz naturel en tant que produit, la réponse est
affirmative sans la moindre équivoque. L’impact de la déréglementation du gaz
sur l’efficience du transport par pipeline est moins clair.
Les changements apportés à la réglementation du gaz naturel depuis 1985 ont clairement amélioré l’efficience de l’industrie dans le domaine de la production et de la commercialisation. Des marchés du gaz naturel hautement concurrentiels, liquides, transparents et donc efficients ont émergé à des endroits clés du pays. En outre, plusieurs produits financiers et contrats à terme sont offerts sur le marché afin de permettre à la fois aux acheteurs et aux vendeurs de gérer les risques de prix inhérents aux bourses des marchandises. Depuis 1986, les consommateurs ont bénéficié de prix de gaz concurrentiels qui ont été bien en deçà du niveau des prix réglementés. C’est seulement au cours des douze derniers mois que les prix du marché du gaz naturel ont dépassé le niveau des prix réglementés qui étaient en place jusqu’en 1986. Les efficiences des marchés gaziers d’aujourd’hui dépassent de loin les attentes des décideurs du milieu des années 1980.
L’impact de la
déréglementation du gaz sur l’efficience des pipelines de gaz n’a pas été aussi
important. Il est certain que la déréglementation a obligé les compagnies de
pipelines à changer leur façon de fonctionner en ouvrant leurs systèmes à des
tiers sur une base non discriminatoire, mais cela n’a pas entraîné des réductions
des droits ou des coûts. Alors que les compagnies de pipelines fonctionnaient à
des taux très élevés d’utilisation (en général avec un facteur de charge de
100 %), ces taux élevés d’utilisation étaient symptomatiques d’une pénurie
de capacité (caractéristique classique d’un monopole).
Pour être équitable envers
les compagnies de pipelines, il faut reconnaître que celles‑ci ont pris
un certain nombre de mesures, depuis la déréglementation des années 1980, pour
répondre aux besoins de leurs expéditeurs. Toutefois, la plupart de ces
changements et nouveaux services visaient à rendre les marchés gaziers plus
efficients et plus liquides (par exemple, transferts des inventaires,
déviations, procédures de nomination et affectations rationalisées). Ces
changements n’ont pas rendu les compagnies de pipelines elles‑mêmes plus
efficientes ou moins coûteuses.
La compagnie Alliance Pipeline entrera directement en concurrence avec TransCanada pour ce qui est des expéditeurs. L’industrie espère que cette concurrence donnera lieu à un service de pipeline plus efficient et moins coûteux.
Implications
pour le transport ferroviaire
L’accès ouvert dans les télécommunications a pris deux formes, soit (1) l’interconnexion et (2) la revente des installations et des fonctionnalités. Les deux ont des analogies dans le transport ferroviaire. Dans le cas de l’interconnexion, un transporteur remet le trafic à un autre transporteur afin de permettre l’acheminement vers des emplacements qu’il ne dessert pas directement. Dans les télécommunications interurbaines, cela comprend l’utilisation des réseaux locaux d’autres télécommunicateurs. Dans les télécommunications locales, l’appel se termine dans le réseau d’un autre télécommunicateur local. Dans le transport ferroviaire, ce sont des manoeuvres interréseaux à des prix de ligne concurrentiels qui permettent d’accéder à des emplacements dans un autre réseau ferroviaire.[5] L’interconnexion a bien fonctionné et devrait continuer à fonctionner.
La revente des installations et des services a un rôle plus limité dans l’accès des télécommunications. Elle se compose essentiellement de liaisons de transport dédiées : lignes privées entre les villes, arrangements locaux dans une ville et boucles dégroupées pour rejoindre les clients. Dans le transport ferroviaire, l’analogie est celle des droits de circulation sur la voie d’un autre transporteur.
Dans le cas des installations essentielles, qui ne peuvent être dupliquées, l’accès réglementé est nécessaire. Pour d’autres installations et services, la revente réglementée est censée être une mesure de transition dans les télécommunications jusqu’à ce que la concurrence basée sur les installations soit établie. On s’attend à ce que la revente des installations se poursuive sur une base commerciale lorsque c’est à l’avantage des deux parties. Toutefois, il n’y a pas les mêmes facteurs externes pour justifier l’intervention continue du gouvernement comme cela se produit pour l’interconnexion.
L’accès dans le contexte de l’industrie du gaz naturel s’applique moins
directement au transport ferroviaire. Jusqu’à présent, l’accent a été mis
essentiellement sur le dégroupage de la propriété du gaz par rapport à son
transport. Antérieurement, les compagnies de pipelines achetaient le gaz auprès
des producteurs, le transportaient et le vendaient à des réseaux de
distribution locaux. Maintenant, les utilisateurs finals peuvent acheter
séparément des services de transport à grande distance et s’arranger
directement avec les producteurs de gaz concurrents et avec les distributeurs
locaux. Par contre, les compagnies ferroviaires ont toujours assuré la fonction
de transport uniquement, fonction distincte de la propriété des marchandises
expédiées.
C’est seulement maintenant que le transport du gaz devient concurrentiel
avec la construction d’un autre réseau de pipelines. Les pipelines se
raccordent entre eux. Toutefois, il n’a pas été question, jusqu’à présent, de
permettre aux concurrents d’utiliser directement la capacité ou d’exploiter un
autre aspect des pipelines d’une autre compagnie.[6]
Ainsi, les compagnies de pipelines n’ont pas l’équivalent des droits de
circulation ferroviaires.
Le présent rapport traite du rôle de l’accès ouvert dans la promotion
de la concurrence dans les télécommunications. Nous voulons ainsi tirer des
leçons qui pourraient être utiles lors de l’examen du transport ferroviaire.
Dans le reste de cette section, nous examinons la nature des
télécommunications et la manière dont les services sont fournis. La section 2
donne une très brève introduction aux coûts et aux prix des télécommunications.
Ces deux sections ouvrent la voie aux questions de concurrence et d’accès
ouvert.
La section 3 décrit l’introduction de la concurrence, tout d’abord dans
le marché interurbain et ensuite dans le marché local. La section 4 porte sur
le rôle de l’accès ouvert dans le marché interurbain alors que la section 5
aborde le même sujet pour le marché local. Dans les deux sections, le succès
des politiques de l’accès ouvert est évalué.
Finalement, la section 6 permet de tirer quelques leçons. Même si le
transport ferroviaire et les télécommunications sont suffisamment différents
pour que les analogies soient dangereuses, il n’en reste pas moins que
l’expérience des télécommunications donne matière à réflexion.
Les télécommunications permettent de transférer l’information d’un
point d’origine à une destination. L’information peut englober des messages
vocaux, des images, de la vidéo ou des paquets de données. Dans chacun des cas,
cette information peut être réduite en une chaîne de bits à partir de l’origine
jusqu’à la destination.
Le type de l’information influera sur la nature du train de bits. Ainsi,
la voix nécessite des vitesses relativement lentes et elle est relativement
tolérante aux erreurs, mais elle est intolérante à tout retard. La vidéo est
semblable à la voix, mais elle exige des vitesses plus élevées. Les trains de
bits de la voix et de la vidéo sont assez stables pendant la durée de la
session (conversation vocale ou transmission vidéo). On a donc l’habitude
d’établir une connexion fixe entre l’origine et la destination et de la
conserver pendant la durée de la session.
Par ailleurs, les données viennent en général comme une série de
courtes salves, ce qui peut atteindre des volumes très élevés. Les erreurs de
transmission sont beaucoup plus sérieuses car la transmission des données n’a
pas la même redondance naturelle que la voix et la vidéo. Il est donc habituel
d’établir des connexions multiples qui partagent les mêmes installations haute
vitesse et grande qualité. Chaque paquet de données est traité à son arrivée et
il est acheminé vers sa destination dès que le bit de capacité suivant devient
disponible. Il en résulte qu’il n’y a pas de connexion fixe pendant la durée de
la session et le trafic provenant de différentes sources est mélangé ou
multiplexé. Pour ce type de connexion, on parle de commutation de paquets alors
que pour les connexions vocales, on parle de commutation de circuits.
Il y a également de nombreux services auxiliaires qui visent à
faciliter le transfert de l’information. Cela comprend le stockage et la
transmission de l’information au moment choisi par le destinataire (par
exemple, boîte vocale), le contrôle de l’utilisateur sur l’acheminement,
l’information sur l’appelant et les services d’opérateur comme l’assistance‑annuaire.
Pendant plus de soixante ans, des années 1920 à 1990, la conception
générale du réseau de télécommunications a très peu changé (même s’il y a eu
des changements importants dans la technologie qui mettait en oeuvre cette
conception).
Un client (abonné) est connecté au central local d’une compagnie de
téléphone par une paire de fils de cuivre, appelée boucle locale, réservée au
client. Au central local, les appels sont commutés vers la boucle locale d’un
autre client (si ce client est également servi par le même central) ou
acheminés dans le réseau. S’il s’agit d’un appel local, c’est‑à‑dire
dans la même ville ou dans une zone d’appel étendue, cet appel est transporté
par des circuits intercentraux partagés de grande capacité jusqu’au central
local pertinent[7]
et il est commuté de nouveau vers la boucle locale de destination. S’il s’agit
d’un appel interurbain, c’est‑à‑dire destiné à une autre ville, cet
appel est acheminé vers un central interurbain. À partir de là, il est
transporté par des circuits intervilles partagés jusqu’au central interurbain
le plus près de la destination et ensuite jusqu’au central local pertinent où
il est commuté vers la boucle locale de destination.
La signalisation permet d’établir un appel, c’est‑à‑dire de
réserver les ressources tout au long du chemin, d’aviser la partie appelée de
la communication et de signaler à l’appelant qu’il y a une réponse ou qu’il n’y
en a pas. La signalisation permet également de libérer des ressources une fois
l’appel terminé. (Des ressources sont réservées à l’appel pendant la durée de
cet appel, que quelqu’un parle ou non.)
Pendant de nombreuses années, la signalisation a été effectuée avec le
même réseau qui achemine le trafic client (on parle alors de signalisation dans
la bande). Pendant les quinze dernières années, la signalisation a utilisé un
réseau distinct (c’est la signalisation hors bande). Cela a permis d’avoir une
utilisation plus efficace des ressources. Combinée à des
« déclencheurs » logiciels dans les commutateurs, la signalisation
hors bande a également permis d’avoir bien des services auxiliaires qui
utilisent les bases de données et les renseignements du télécommunicateur.[8]
Deux autres changements technologiques ont énormément modifié la
prestation du service. Le premier changement est celui du passage de la
technologie analogique à la technologie numérique.[9]
Avec la technologie analogique, si la même installation intercentraux devait
acheminer plusieurs appels simultanément, on utilisait une technique appelée
multiplexage en fréquence : le spectre de fréquences de l’installation
était divisé en bandes différentes qui étaient attribuées à différents
appelants. La technologie numérique utilise plutôt (ou en plus) le multiplexage
temporel. La capacité est divisée en tranches de temps, par exemple 125
tranches à la seconde. Chaque tranche est attribuée à un appel différent.
L’appel est échantillonné 125 fois par seconde et les résultats sont numérisés
et mis dans la tranche de temps pertinente. Un échantillonnage aussi fréquent
permet de reconstruire l’information à la destination.[10]
L’introduction de la technologie numérique a eu pour résultat (1) d’étendre la
capacité et de réduire les coûts, (2) d’améliorer éventuellement la qualité du
service et (3) d’offrir de nouveaux services basés sur le réacheminement des
appels et sur l’addition de l’« intelligence » du réseau.
Le deuxième changement technologique était celui de l’introduction des
fibres optiques en remplacement des fils de cuivre et des installations micro‑ondes.
Lorsqu’un câble de fibres optiques est en place, sa capacité peut être
augmentée de nombreuses fois, tout simplement en mettant à niveau l’équipement
électronique à chaque extrémité et dans des répéteurs le long de la voie. Le
câble optique lui‑même peut accommoder d’énormes accroissements de
trafic. En outre, étant donné que la lumière dans les fibres optiques est moins
sensible au « bruit » que le courant électrique dans les fils de
cuivre, ou dans les micro‑ondes, la qualité est fortement améliorée.
L’utilisation des fibres optiques a eu pour résultat de faire chuter
très rapidement le coût du transport, bien plus rapidement que le coût de la
commutation. Cela, à son tour, a donné lieu à une réduction du nombre de
centres de commutation et à une restructuration des réseaux intercentraux et
intervilles, restructuration qui est devenue beaucoup plus
« maillée » ou complète.
Les fibres optiques, avec la numérisation, ont également entraîné
d’énormes changements dans la boucle locale. Elles ont permis de rapprocher
davantage du client des parties du commutateur hôte, qui aboutit maintenant
dans une unité à distance reliée au commutateur hôte par des liaisons
ombilicales à fibres. Cela a mené à une distinction entre la partie
distribution du réseau d’accès, qui relie les clients aux unités à distance, et
la partie alimentation du réseau, qui relie les unités à distance aux
commutateurs hôtes. Avec le temps, la partie alimentation augmente et la partie
distribution diminue à mesure que les unités à distance deviennent plus petites
et plus polyvalentes et que les liaisons à fibres optiques deviennent moins
coûteuses.[11]
Le réseau, tel qu’il est décrit dans le paragraphe précédent, a été
conçu et exploité pour la transmission vocale, ce qui a été historiquement le
type prédominant de trafic.[12]
La transmission des données était traitée de l’une des deux façons
suivantes : une partie des données était codée pour pouvoir utiliser des
installations vocales, par exemple la transmission en fac‑similé. Quant
au reste, un réseau distinct était construit, avec ses propres commutateurs de
paquets et ses propres installations de transport.[13]
Au cours de la dernière décennie, les fabricants des équipements de
télécommunications et les compagnies de téléphone ont fortement encouragé
l’intégration des réseaux téléphoniques et de données. Cette intégration
devrait, en principe, offrir des économies d’échelle importantes, à la fois
dans la prestation et dans l’exploitation d’un seul réseau. Cela est devenu
très attrayant au cours des dernières années, à mesure que la transmission des
données faisait des bonds prodigieux, et semble maintenant prêt à battre toutes
les autres formes de transmission dans les années qui viennent.[14]
Selon la sagesse traditionnelle d’aujourd’hui, le réseau de l’avenir
ressemblera à un réseau de données et tout le trafic, y compris la transmission
de la voix, sera divisé en paquets de données et acheminé vers la destination
dans une connexion virtuelle paquet par paquet.[15]
Toutefois, la sagesse traditionnelle est particulièrement instable dans cette
industrie et le réseau de l’avenir est encore incertain.
La conception de réseaux décrite ci‑dessus est utilisée par les
compagnies de téléphone titulaires et par la plupart des nouveaux entrants.
Toutefois, il faudrait noter deux autres technologies. Tout d’abord, les cablôdistributeurs
ont un réseau de radiodiffusion qui touche la vaste majorité des domiciles
canadiens. Unidirectionnel à l’origine, ce réseau est maintenant converti pour
permettre le trafic bidirectionnel. L’objectif immédiat consiste à offrir
l’accès haute vitesse aux données, particulièrement à l’Internet, mais les
services locaux et d’autres services sont prévus. En second lieu, l’accès sans
fil à des clients est également une possibilité. Bien entendu, cet accès existe
aujourd’hui dans le cas du service mobile, mais la baisse des coûts laisse
croire que l’accès sans fil à emplacement fixe, à des vitesses raisonnablement
élevées, peut devenir économique.[16]
Finalement, il faut mentionner les lignes privées. Les compagnies de
téléphone ont depuis longtemps rendu accessibles, sur une base de location, des
liaisons de transport locales et intervilles, c’est‑à‑dire le
transport sans commutation ou signalisation. Les lignes privées intervilles ont
traditionnellement été louées par de très gros clients qui les utilisent pour
bâtir leurs propres réseaux internes. Les lignes privées locales étaient
utilisées pour des services qui étaient « toujours sous tension »,
comme les capteurs des systèmes d’alarme, incendie ou vol, ou pour relier les
feux de circulation des rues à un ordinateur central. Aujourd’hui, les lignes
privées locales et intervilles sont toutes deux utilisées par de nouveaux
entrants dans le domaine des télécommunications afin de constituer des réseaux
sans avoir à bâtir eux‑mêmes toutes les installations nécessaires.
Les télécommunications sont caractérisées par des coûts fixes très
élevés et par des coûts différentiels très faibles.[17]
Par exemple, le coût différentiel du service interurbain intérieur (voix) est
de l’ordre de trois à cinq cents la minute. Si on inclut une répartition des
coûts fixes, ce qui est quelque peu arbitraire mais a été fait de façon répétée
par des organismes de réglementation, le coût total moyen est alors de quelque
dix à quinze cents.[18]
Même si l’écart est moins marqué pour les services locaux, l’organisme de
réglementation a maintenu qu’une majoration de 25 % (pour les prix) sur
les coûts différentiels n’est pas déraisonnable, étant donné les coûts fixes et
les coûts communs.
Des coûts fixes élevés et des coûts différentiels faibles sont l’un des
résultats des économies d’échelle et des économies de gamme importantes qui
existent dans les télécommunications. Ces économies ont trois sources :
(1) installations (réseau) et équipement, (2) opérations « d’arrière‑guichet »
comme le traitement des commandes et la facturation et (3) efforts de
commercialisation et de vente, y compris la constitution d’une image de
fiabilité et de qualité.[19]
Les économies en matière d’installations et d’équipement sont dues à la
nature des fibres optiques, comme nous l’avons mentionné ci‑dessus. Une
fois que le câble optique est installé, sa capacité peut être mise à niveau de
nombreuses fois en changeant tout simplement l’équipement électronique qui
génère, répète et saisit les impulsions lumineuses. Le transport résultant est
si bon marché que cela peut justifier un acheminement par des circuits très
détournés, par exemple, de Toronto à Québec en passant par Vancouver.
Des économies sont également possibles avec les installations de
transport par fils de cuivre, mais ce n’est pas tout à fait au même niveau
qu’avec les fibres optiques. Creuser des tranchées ou ériger des files de
poteaux coûte le même montant, quel que soit le nombre de paires de fils de
cuivre utilisées. En outre, les frais d’entretien tendent à varier selon les
kilomètres de voie, quelle que soit la capacité d’une voie. Le réseau de
signalisation lui‑même représente essentiellement un coût fixe à cause de
ses indivisibilités. Finalement, il y a des économies dans la commutation, par
exemple, les coûts annuels d’utilisation de logiciels (licences) sont fixés en
général par commutateur, quelle que soit la durée de l’utilisation.[20]
Étant donné que les fibres optiques sont très répandues dans le
transport interurbain et intercentraux, mais que leur usage est plus limité
dans la distribution et l’accès locaux, les économies d’échelle sont bien plus
importantes dans la partie interurbaine de l’industrie. Ce point est confirmé
par les ratios des coûts fixes aux coûts différentiels. Il faut noter,
toutefois, que les coûts des installations et de l’équipement dans le cas des
services interurbains ont tellement chuté qu’ils ne constituent plus que
20 % du coût total du service. Ainsi, bien que les économies d’échelle
dues aux installations et à l’équipement puissent être importantes, l’impact
sur le coût total du service est modeste.
La deuxième source des économies d’échelle repose sur les
« opérations d’arrière‑guichet ». Celles‑ci englobent les
systèmes de traitement des commandes, de demandes de renseignements des
clients, de facturation et de collecte ainsi que les systèmes de surveillance,
d’approvisionnement et de maintenance du réseau. Les dépenses pour de tels
systèmes sont très importantes, jusqu’à des centaines de millions de dollars,
et elles peuvent l’emporter sur les dépenses en matière d’installations et
d’équipement. Au‑delà d’une certaine taille, toutefois, les systèmes
deviennent insensibles au volume du trafic. Par exemple, la modification du
système de facturation pour tenir compte d’un nouveau plan tarifaire ne doit
être faite qu’une seule fois, peu importe le nombre de clients touchés. De tels
systèmes peuvent aussi donner lieu à des économies de gamme dans tous les
services.[21]
La troisième source des économies d’échelle découle de la
commercialisation et de la constitution d’une image de marque. Des modèles
empiriques ont montré l’importance d’établir une réputation de qualité et de
fiabilité.[22]
Cela est particulièrement important dans un domaine comme celui des
télécommunications dont dépendent de façon critique de nombreuses entreprises.
Une panne de service pendant quelques heures peut signifier des millions de
dollars de pertes. Il y a des économies d’échelle importantes dans les
campagnes de publicité et dans la promotion des événements sportifs et des
spectacles pour se bâtir une image de marque.
Le deuxième et le troisième facteur donnent lieu à d’importantes
économies d’échelle si on envisage les coûts totaux du transporteur. En 1990,
lorsque la compagnie Bell Canada a présenté un dossier justifiant que les
télécommunications interurbaines constituaient un monopole naturel, elle se
concentrait essentiellement sur des facteurs qui n’étaient pas reliés aux installations.
Une perspective différente de la structure des coûts consiste à savoir
dans quelle mesure les éléments de coûts sont irrécupérables ou fongibles
(c’est‑à‑dire si les actifs peuvent être redéployés pour une autre
utilisation ou vendus sur place à une autre partie). Il s’agit là d’une
considération importante pour les nouveaux entrants. Si les investissements
sont fongibles, le risque associé à une entrée ratée est moindre.
En général, le réseau intercentraux et interurbain est fongible. Comme
nous l’avons mentionné ci‑dessus, le trafic peut être réacheminé de façon
à tirer parti de la capacité d’autres installations.[23]
La situation est plus compliquée dans la partie de l’accès local. Le réseau
d’alimentation peut être généralement redéployé pour servir d’autres clients.
Le réseau de distribution, toutefois, risque d’être en plan si un concurrent, à
l’aide de ses propres installations, accapare le client. Encore moins fongibles
sont les systèmes de soutien de l’exploitation, comme les systèmes de facturation.
Finalement, les marques et la confiance du public sont en général entièrement
non fongibles. Ainsi, une entrée à grande échelle exige un investissement
important qui risque d’être irrécupérable.
À la suite des changements technologiques et des économies d’échelle,
les gains de productivité dans l’industrie des télécommunications ont dépassé
de loin la moyenne de l’économie. Selon diverses études canadiennes qui
couvrent la période allant de 1960 à 1995, il y a eu des augmentations dans la
productivité totale des facteurs de 4 % en moyenne par année, à la fois
pour la période dans son ensemble et pour chaque décennie dans cette période.[24]
La technologie a été une cause fondamentale. En outre, les gains de
productivité ont été plus élevés pendant les périodes de forte croissance
économique puisque les nouvelles installations (ainsi que leur capacité)
étaient utilisées plus à fond. Les gains de productivité ont entraîné des coûts
unitaires moindres et des prix inférieurs, ce qui a alors stimulé la demande et
mené à une plus grande croissance de la productivité, dans un cercle vertueux.[25]
Traditionnellement, le domaine des télécommunications était traité
comme un service public, avec des niveaux de service et des prix strictement
réglementés par un tribunal administratif. Les télécommunicateurs avaient un
monopole sur un territoire et étaient obligés d’offrir le service sur demande
dans ce territoire.
Les organismes de réglementation avaient deux préoccupations
principales. Tout d’abord, les prix ne devaient pas être indûment
discriminatoires. Cela a mené à un degré très élevé d’établissement de prix
moyens. Deuxièmement, le service universel était activement poursuivi. Les
organismes de réglementation ont gardé le prix du service local résidentiel
aussi bas que possible, générant un interfinancement maximal de la part
d’autres services.[26]
Si un télécommunicateur avait besoin de revenus additionnels, l’organisme de
réglementation étudiait les prix de tous les autres services en premier. En
outre, l’organisme de réglementation se préoccupait particulièrement des prix
du service local résidentiel dans les communautés rurales et dans les petites
communautés urbaines, gardant ces prix inférieurs à ceux des centres urbains
plus importants.[27]
Il en a résulté quatre principaux types d’interfinancement (subventions
croisées). Le premier était celui de l’interurbain au service local. Cette
subvention a atteint un sommet vers la fin des années 1980 au Canada, à un
niveau de quelque 1,6 milliards de dollars par année. Depuis lors, et
particulièrement avec l’introduction de la concurrence, l’organisme de
réglementation en est venu à comprendre que la subvention était insoutenable et
a permis un « rééquilibrage » graduel des tarifs, ce qui a diminué de
moitié les prix de interurbain et doublé les prix du service local résidentiel.[28]
La subvention restante a été convertie en une subvention explicite (neutre sur
le plan de la concurrence) de quelque 300 millions de dollars par année.[29]
La deuxième subvention passe des services locaux d’entreprise aux
services locaux résidentiels. Ces derniers sont, pour la plupart, toujours
tarifés en dessous des coûts différentiels alors que les premiers ont un tarif
bien supérieur. Cela est encore vrai même si, depuis 1997, les tarifs ruraux
des entreprises ont diminué de façon importante à cause de la méthode de
réglementation par plafonnement des prix qui a été adoptée en 1998.[30]
La troisième subvention en provenance des zones urbaines finance les
zones rurales. Jusqu’à récemment, les tarifs en zones rurales étaient
inférieurs aux tarifs urbains, même si les coûts étaient beaucoup plus élevés.
Au cours des dernières années, les tarifs ruraux se sont généralement alignés
sur les tarifs urbains et, dans le cas des clients commerciaux, les ont
surpassés.
La quatrième subvention provient des services auxiliaires (connus comme
des options et fonctions ou O et F), comme l’identification de l’appelant et la
conférence à trois. Ces services sont relativement peu coûteux à fournir et leur
croissance a été rapide. Les profits provenant de ces services ont été pris en
considération par l’organisme de réglementation lorsqu’il a établi les prix du
service local résidentiel. Même si la subvention qui en résulte est implicite,
et donc non publique, on estime qu’elle est importante et en croissance.
Ainsi, trois des quatre types d’interfinancement diminuent, tout comme
leur total. Comme nous l’avons mentionné ci‑dessus, cela a eu pour
résultat de doubler en moyenne les prix du service local résidentiel et de
rapprocher davantage les prix des coûts.[31]
La nature hautement moyenne des prix des télécommunications a également
été atténuée de façon importante. Avec l’introduction de la concurrence dans
l’interurbain, l’organisme de réglementation a permis des ristournes pour les
engagements de temps et de volume et s’est finalement abstenu de réglementer
les prix des services de données et d’interurbain.[32]
Il en résulte que de gros clients négocient des ententes personnalisées alors
que le marché de masse jouit d’une pléthore de « plans » d’escomptes.
La même tendance a commencé pour les services locaux même si c’est beaucoup
moins avancé.
Pendant la plus grande
partie du vingtième siècle, les télécommunications ont été traitées comme un
monopole naturel.[33]
Chaque entreprise de télécommunications avait son propre territoire
d’exploitation, en général une province au Canada. (Bell Canada servait à la
fois l’Ontario et le Québec.).[34]
Les compagnies s’interconnectaient pour les appels d’arrivée qui franchissaient
des frontières provinciales ou nationales et « réglaient » ou
divisaient les revenus résultants selon des formules très complexes. Les tarifs
et les services étaient réglementés et les prix étaient établis de manière à
produire un taux de rendement équitable pour les investissements du
télécommunicateur. Comme il a été décrit ci‑dessus, les tarifs étaient
fortement établis selon des moyennes et le service local résidentiel était
lourdement subventionné. Le résultat, si on le compare à l’expérience d’autres
pays, a été d’avoir un service fiable et abordable, avec plus de 90 % des
foyers au Canada abonnés à ce service.
Le changement a eu lieu en premier aux États‑Unis avec
l’accessibilité de la technologie des micro‑ondes. Cela a permis à de
très gros clients de bâtir leurs propres liaisons plutôt que d’acheter le
transport auprès des entreprises de télécommunications. Dans les années 1970,
la MCI a commencé à fournir de telles installations à de grandes et moyennes
entreprises et elle a offert également par la suite le service interurbain
courant. Après de longues batailles juridiques, les tribunaux ont annulé en
1977 la décision de l’organisme de réglementation et ont confirmé le droit de
la MCI de faire la concurrence sur ce marché. À ce moment‑là, la
concurrence était encouragée dans d’autres secteurs de l’économie des États‑Unis,
comme le secteur du transport. Dans les années 1980, la concurrence a évolué
progressivement et est devenue le principal objectif de la politique
gouvernementale.[35]
C’est en 1979 que le Canada a introduit la concurrence dans les
services de données et de lignes privées. Il avait toujours été possible pour
quiconque pouvait acquérir les droits de passage nécessaires de bâtir un réseau
parallèle à celui des compagnies de téléphone. Toutefois, les compagnies de
téléphone refusaient l’interconnexion avec quiconque et un nouvel entrant ne
pouvait donc pas accéder à suffisamment d’emplacements pour offrir un service
acceptable. La décision 79‑11 a ordonné aux compagnies de téléphone
d’assurer l’interconnexion avec des services de données et des lignes privées.
En pratique, cela signifiait qu’un télécommunicateur concurrent pouvait louer
une boucle locale auprès de la compagnie de téléphone et l’utiliser pour avoir
accès à un abonné.
Même si c’était une percée sur le plan théorique, cette décision a eu
peu d’impact en pratique. L’interconnexion de services téléphoniques commutés
concurrents était toujours interdite. Les services de données et les lignes
privées occupaient tous deux une très petite part du marché total et le seul
concurrent, soit les Télécommunications CNCP, a eu peu de succès en dehors de
son service Télex (remplaçant du service télégraphique).
Les services téléphoniques commutés interurbains, avec leurs marges
énormes prévues pour l’interfinancement du service local, étaient une cible
évidente pour les nouveaux entrants. La compagnie Télécommunications CNCP a
demandé l’interconnexion des services téléphoniques commutés en 1984, mais cela
lui a été refusé.[36]
Néanmoins, la revente des lignes privées était maintenant permise et les
utilisateurs pouvaient constituer des groupes de partage qui feraient les
achats comme un seul client. En outre, conformément à la décision 84‑18,
les concurrents pouvaient offrir des services améliorés en ajoutant des
fonctions aux services de base des compagnies de téléphone. Cette disposition
ouvrait la voie à des abus et, vers la fin des années 1980, Call‑Net
louait essentiellement des lignes privées et revendait des services
interurbains commutés. Plusieurs tentatives faites par l’organisme de
réglementation pour fermer Call‑Net ont été renversées par le Cabinet
fédéral et, en 1990, le CRTC a décidé de permettre la revente des lignes
privées et des services commutés, quel que soit le but du revendeur.[37]
La concurrence basée sur la revente dépendait en dernier ressort de
l’arbitrage. Les prix offerts aux gros clients par les compagnies de téléphone
pour les appels interurbains étaient faibles afin de pousser ces clients à ne
pas bâtir leurs propres réseaux privés. En même temps, les prix des petites et
moyennes entreprises étaient très élevés afin de générer l’interfinancement
pour le service local.[38]
Les revendeurs étaient ainsi vulnérables à la structure d’établissement des
prix des titulaires.
L’interconnexion des concurrents basée sur les installations a été
finalement ordonnée en 1992. De grandes quantités de preuves ont été présentées
sur les conséquences en matière de coûts, d’innovation et de stimulation de la
croissance du marché. L’organisme de réglementation a trouvé que ces preuves
n’étaient pas concluantes. Il a toutefois trouvé que le libre choix du client
était très important et que la concurrence était la seule manière d’assurer ce
choix.
Les détails des dispositions d’interconnexion seront traités dans la
section suivante. L’organisme de réglementation a mis en place deux mesures de
protection pour empêcher l’établissement de prix anticoncurrentiels. Tout
d’abord, les coûts différentiels ont été établis comme des prix planchers et
ont été strictement appliqués. En second lieu, le mode de réglementation a été
modifié. De 1995 à 1997, pendant une période de transition, les
télécommunicateurs ont subdivisé leurs états financiers en un segment Concurrence
et en un segment Services publics et les tarifs des services publics étaient
justifiés uniquement selon la performance financière du segment Services
publics. En particulier, les pertes dans les services interurbains ne pouvaient
plus servir à justifier les augmentations des tarifs locaux. À partir de 1998,
la réglementation basée sur les gains a été abandonnée au complet et elle a été
remplacée par la réglementation sur le plafonnement des prix pour les services
publics uniquement. Cela a enlevé des stimulants pour l’interfinancement des
prix des services interurbains et des services de données.
Les participants de l’industrie ont vite compris qu’il y a
d’importantes économies de gamme entre les services locaux et les services
interurbains. Une compagnie qui pénétrait uniquement le marché de l’interurbain
était désavantagée. Par conséquent, en 1994, l’organisme de réglementation a
déclaré en principe l’ouverture du marché local à la concurrence.[39]
Les détails, y compris l’interconnexion, ont été décidés en 1997 et sont
traités dans la section 5 ci‑après.
Vers la fin de 1997, la concurrence dans le domaine de l’interurbain et
des données s’est développée au point que l’organisme de réglementation a
décidé de s’abstenir de réglementer. Cette abstention s’appliquait également
aux lignes privées dans les artères à plus forte densité de trafic même si la
réglementation continuait à s’appliquer aux autres artères.
Les services téléphoniques locaux, les services auxiliaires et les
services fournis aux concurrents (par exemple, l’interconnexion) restent
réglementés, mais les télécommunicateurs ont plus de souplesse pour établir les
prix qu’auparavant. Les services offerts aux utilisateurs finals doivent faire
face à trois ensembles de contraintes. Tout d’abord, un sous‑ensemble des
services d’accès de base fait l’objet d’un plafonnement des prix. Le niveau
moyen des prix doit changer chaque année selon l’inflation moins une
compensation de productivité. Cette compensation est établie actuellement à
4,5 %, quelle que soit l’expérience réelle des télécommunicateurs. Comme
l’inflation est bien inférieure à cela, le résultat a été une diminution
importante des prix qui a été canalisée vers les clients d’entreprises puisque
les prix résidentiels sont encore généralement inférieurs aux coûts
différentiels. En second lieu, tous les services locaux, qu’ils soient
plafonnés ou non, ont des prix planchers. Ces prix sont généralement égaux aux
coûts différentiels. En troisième lieu, l’organisme de réglementation essaie encore
de s’assurer que les clients reçoivent les avantages d’une certaine moyenne des
prix. Néanmoins, les gros clients sont généralement en mesure de négocier des
ententes et des prix qui conviennent à leurs besoins particuliers (tant que ces
prix sont supérieurs aux coûts différentiels).
L’organisme de réglementation a commencé un examen de l’état du cadre
de réglementation et les changements doivent être mis en oeuvre d’ici le début
de 2002.
Le marché canadien des télécommunications interurbaines a été ouvert à
la concurrence en juin 1992 conformément à la décision 92‑12 du CRTC.
L’élément crucial a été l’ordre d’interconnexion des réseaux interurbains des
nouveaux entrants avec les réseaux locaux des titulaires. Cela a permis aux
nouveaux entrants (fournisseurs de services interurbains concurrents ou APLDS
(Alternative Long Distance Providers)) de faire des appels et de les faire
aboutir sans construire leurs propres installations locales pour des millions
de clients.
Un client ayant un service local offert par une Entreprise de services
locaux titulaire (ESLT/ILEC) pouvait maintenant utiliser sa boucle locale,
ainsi que le transport intercentraux et la commutation locale de l’ESLT, pour
atteindre un point de présence (POP) des APLDS. Les APLDS transmettraient alors
l’appel à un POP près de la destination. À ce stade, l’appel serait transmis à
l’ESLT à la destination et cet appel aboutirait à la boucle locale de la partie appelée.
Les APLDS ont deux choix pour le point d’interconnexion. Avec un
arrangement de Communication directe, l’interconnexion a lieu au central local
de l’ESLT le plus près du client. L’ESLT achemine alors l’appel dans son
système d’accès local, vers le client ou en provenance du client. La distance
varie de quelques centaines de pieds à plusieurs milles. Dans un arrangement de
Transit d’accès, l’interconnexion se fait au central interurbain le plus près
de l’ESLT. Le titulaire achemine ensuite l’appel dans des circuits interurbains
et des circuits intercentraux locaux jusqu’au central local approprié, en
commutant l’appel selon les besoins et il le livre ensuite à l’aide du réseau
d’accès local. Dans ce cas, la distance varie énormément et peut aller jusqu’à
des milliers de milles.[40]
Les tarifs à la fois de la Communication directe et du Transit d’accès
sont strictement réglementés et ils sont basés sur des coûts différentiels à
long terme plus une majoration par rapport aux coûts communs et aux coûts
fixes. Les frais de la communication directe ont été établis en 1994 à
0,7 cent la minute. Cela a été réduite à 0,3 cent la minute en l’an
2000 selon des réductions des coûts différentiels. Les frais du transit d’accès
comprennent les frais de la communication directe plus un montant additionnel
pour la commutation et le transport supplémentaires. Ce montant supplémentaire
varie par télécommunicateur selon la configuration de son réseau, mais il est
de l’ordre de 0,5 cent la minute. Ainsi, les frais du transit d’accès sont
actuellement de l’ordre de 0,8 cent la minute.
Les fournisseurs de services interurbains concurrents (APLDS) ont
presque toujours choisi le transit d’accès et l’interconnexion avec le central
interurbain. Avec 40 de ces connexions, un APLDS peut couvrir tout le
territoire de Bell Canada alors que s’il se connecte aux centraux locaux avec
la communication directe, cela nécessiterait presque un millier de connexions.
Ce fournisseur devrait aussi assurer son propre transport vers les centraux
locaux. Par conséquent, la communication directe n’est utilisée que lorsque le
point de présence de l’APLDS est près du central local et lorsque le
fournisseur APLDS a une quantité suffisante de trafic au départ ou à l’arrivée
du central local.
Dans certains cas, un APLDS sert un abonné (client) qui génère un très
gros volume de trafic. L’APLDS établit ensuite une liaison dédiée, ou Ligne
d’accès direct, entre son point de présence et les locaux de l’abonné. La ligne
d’accès direct peut consister en une installation mise en place par l’APLDS qui
en a la propriété. Cette ligne d’accès direct peut également être fournie par
des câblodistributeurs ou par des télécommunicateurs spécialisés.[41]
Plus souvent, il s’agit d’une ligne privée locale (paire de fils de cuivre ou
câble optique) louée auprès de l’entreprise de services locaux titulaire (ESLT)
pour des frais fixes mensuels. Selon le volume du trafic et les frais mensuels,
une ligne d’accès direct peut être beaucoup plus économique que des appels
facturés à la minute.[42]
Un aspect important de l’interconnexion est la prestation de ce que
l’on appelle l’Égalité d’accès. À l’origine, si un abonné voulait utiliser les
services d’un APLDS, il devait composer un numéro de sept chiffres pour
rejoindre le fournisseur, puis un code personnel pour s’identifier et ensuite
le numéro de dix chiffres de la personne qu’il voulait rejoindre. Le fait
d’avoir à composer des chiffres supplémentaires a été un obstacle important qui
empêchait les abonnés de passer à un APLDS. Même si le chef du foyer était
abonné à un APLDS, d’autres membres de la famille ne composaient souvent pas
les chiffres supplémentaires et ils finissaient donc par utiliser le service du
titulaire.[43]
Pour rendre l’interconnexion plus utile, l’organisme de réglementation
a ordonné aux titulaires de convertir leurs commutateurs locaux pour assurer
l’égalité d’accès. Le commutateur local est avisé qu’il s’agit d’un appel
interurbain par un « 1 » de tête. Par le passé, dès réception d’un
tel appel, le commutateur local acheminait l’appel vers le commutateur
interurbain du titulaire. En vertu de l’égalité d’accès, toutefois, le
commutateur local recherche l’abonné dans une base de données et cette base lui
indique le télécommunicateur interurbain préféré de l’abonné. S’il s’agit alors
d’un APLDS, l’appel est acheminé vers le point de présence approprié et il est
remis à l’APLDS. Si le titulaire est le télécommunicateur préféré, l’appel est
acheminé sur son réseau interurbain, comme auparavant.
Le coût de la modification des réseaux des titulaires pour permettre
l’interconnexion, y compris l’égalité d’accès, a été estimé à quelque
200 millions de dollars. L’organisme de réglementation a ordonné que ces
dépenses soient récupérées auprès de tous les participants selon leur part du
marché. En pratique, cela signifie l’imposition de frais de 0,11 cent la
minute pour toutes les minutes d’interurbain pour lesquelles il y a des
ententes de communication directe ou de transit d’accès.[44]
Pour encourager le développement de la concurrence dans le marché
interurbain, l’organisme de réglementation a également requis que les
titulaires permettent aux nouveaux entrants de revendre leurs services et
installations. Il y avait trois volets principaux.
En premier lieu, les nouveaux entrants peuvent utiliser les lignes
privées des titulaires pour assurer une partie du transport interurbain de leur
réseau. Unitel (anciennement Télécommunications CNCP, maintenant AT&T
Canada) était le seul nouvel entrant à avoir une quantité importante
d’installations intervilles au départ. D’autres entrants dépendaient fortement
des installations louées auprès du titulaire et bâtissaient progressivement
leurs propres réseaux à mesure que le trafic augmentait.
En second lieu, les nouveaux entrants peuvent revendre les services
interurbains des titulaires. Cela a permis même aux entrants régionaux d’avoir
une couverture nationale dès le début. En outre, les APLDS étaient en général
de gros abonnés des titulaires et jouissaient des meilleures ristournes. De
telles possibilités d’arbitrage étaient jugées utiles au tout début de
l’entrée, à la fois pour constituer une base d’abonnés et pour commencer à
générer des rentrées de fonds. Toutefois, il s’est révélé que l’arbitrage ne
pouvait pas constituer la base d’opérations permanentes.
En troisième lieu, les titulaires doivent fournir aux nouveaux entrants
l’accès à un certain nombre de ressources auxiliaires, essentiellement à des
bases de données, dans le cas où il serait déraisonnable d’exiger que ces
ressources soient dupliquées. Un exemple de ces ressources est le service 800
ou « sans frais ». Chaque numéro 800 doit être converti en un numéro
« véritable », avec son propre indicatif régional et son propre
indicatif local, de manière à pouvoir acheminer l’appel vers sa destination.
Pour faire les conversions, il faut consulter une base de données. Il existe
deux de ces bases de données au Canada, l’une à Toronto et l’autre à Calgary,
et les interrogations (« dips ») des bases de données sont effectuées
pour les nouveaux entrants par les titulaires. Les titulaires doivent également
fournir certains services d’urgence et d’opérateurs aux nouveaux entrants, à la
demande de ces derniers.
L’organisme de réglementation a reconnu que les nouveaux entrants dans
le marché de l’interurbain devaient aider à financer les subventions du service
local. Il a établi une contribution qui s’appliquerait à chaque minute du
trafic interurbain passant par un arrangement de communication directe ou de
transit d’accès.
On estimait que la contribution implicite des services interurbains
vers les services locaux de la part des titulaires était de l’ordre de 7 à
11 cents la minute par extrémité en 1993. Pour encourager les nouveaux
entrants, l’organisme de réglementation leur a accordé une série d’escomptes
explicites et implicites qui diminuaient graduellement pendant une période de
transition de cinq ans. En 1998, les escomptes étaient éliminés. En même temps,
l’organisme de réglementation a mis en oeuvre le rééquilibrage sur trois ans en
augmentant les tarifs résidentiels locaux de 7 $ par mois et en réduisant
les tarifs de la contribution en conséquence. Il en résulte que les tarifs de
contribution varient de 0,5 cent en Ontario et au Québec à 2 cents
ailleurs.[45]
Jusqu’en 1998, seuls les nouveaux entrants faisaient des paiements de
contributions explicites aux titulaires. Les titulaires étaient censés utiliser
l’interfinancement pour couvrir leur part. À compter de 1998, tous les
télécommunicateurs interurbains versent une contribution dans un fonds central
qui distribue ensuite les subventions aux télécommunicateurs locaux sur une
base concurrentielle neutre.
Les subventions restent une question très controversée. La plupart des
participants de l’industrie aimeraient les voir réduites davantage et éliminées
progressivement. Par ailleurs, l’organisme de réglementation se demande si un
tel changement n’augmenterait pas tellement les tarifs dans les régions à coûts
élevés que le service ne serait plus abordable pour une partie importante de la
population. En outre, l’organisme de réglementation veut conserver la
possibilité de diriger les subventions vers les régions qui sont actuellement
peu servies ou qui ne sont pas servies du tout. Les subventions sont étudiées
par l’organisme de réglementation dans le cadre actuel de l’examen de la
réglementation.
La concurrence dans les communications interurbaines est généralement
considérée comme ayant été un succès. L’un des objectifs importants de
l’organisme de réglementation était de fournir aux abonnés des choix et cela a
été réalisé. Les concurrents ont commencé à offrir des services au début de
1993 et, à la fin de cette année, ils avaient obtenu quelque 7 % de la
part du marché. Une forte poussée a suivi la mise en oeuvre de l’égalité
d’accès au cours de l’automne 1994. Même si les participants gardent
confidentielle l’information sur leur part actuelle du marché, les documents
spécialisés laissent croire que les titulaires conservent de 30 à 40 % du
marché.
La question de savoir dans quelle mesure l’accès ouvert a mené à des
gains accrus d’efficience fait l’objet d’une certaine controverse. Les prix
interurbains ont chuté de plus de 50 % depuis 1992.[46]
Par ailleurs, les coûts unitaires ont en fait augmenté, au moins pendant les
premières années après l’introduction de la concurrence. La diminution des prix
était essentiellement due à la réduction des contributions résultant du
programme de rééquilibrage des tarifs décrit ci‑dessus et d’une
profitabilité réduite.
Au moment d’ouvrir l’accès au marché interurbain, on s’attendait à ce
qu’il y ait un déclin à court terme de l’efficience statique, mais que des
gains à plus long terme en efficience dynamique feraient plus que compenser
cela. Trois facteurs ont été proposés par diverses parties comme causes
éventuelles de déclin à court terme.
n Perte des économies d’échelle, à la fois dans le
réseau et dans les opérations d’arrière‑guichet comme la facturation et
les commandes à remplir. Le réseau et les systèmes existants pouvaient
accommoder toute la croissance prévue de manière très peu coûteuse.
n Coûts additionnels des ventes et de la
commercialisation. Avant l’accès ouvert, ces coûts étaient très faibles.
Maintenant, ils sont assez importants, par exemple plus importants que les
coûts du réseau et de l’équipement sur une base différentielle.
n Coûts de la modification du réseau interurbain pour
tenir compte de l’interconnexion. L’organisme de réglementation a estimé à
240 millions de dollars les coûts de démarrage et à 1,2 milliards de
dollars les coûts permanents sur 10 ans.
On n’a pas donné de détails sur les augmentations d’efficience prévues
à long terme, au‑delà d’une croyance générale dans une productivité
supérieure, dans la stimulation du marché et dans l’innovation, dues à la
concurrence.
Quelques‑uns de ces facteurs au moins se sont réalisés. Les coûts
unitaires du trafic téléphonique interurbain ont augmenté de façon importante.
En outre, la croissance de la productivité totale des facteurs est disponible
pour Bell Canada pour la période qui va de 1960 à 1995. Les résultats de 1993 à
1995 sont nettement inférieurs (0,8 %, 2,9 % et 2,4 %
respectivement, par comparaison avec une moyenne à long terme de 4 %). Il
y a une controverse considérable quant à la performance depuis 1995.[47]
De nombreuses compagnies se sont lancées dans l’industrie de
l’interurbain après 1992. Toutefois, il y a eu beaucoup de consolidation, y
compris deux faillites ainsi que de nombreuses fusions et acquisitions.
Actuellement, aucun des APLDS ne fait de profit et il n’est pas clair à quel
moment ces fournisseurs commenceront à avoir des profits.[48]
Toutefois, une nouvelle source de concurrence est en train d’émerger. Jusqu’en
1999, Telus et Bell Canada ont collaboré dans l’Alliance Stentor et ne sont pas
entrés en concurrence sur leurs territoires respectifs. Avec la fin de cette
alliance, les compagnies commencent à entrer en concurrence l’une avec l’autre.
À part Unitel, de nouveaux entrants dans l’industrie de l’interurbain
ont compté sur les titulaires pour leurs lignes privées, limitant leurs propres
installations à des commutateurs et à de l’équipement de transmission. Cela a
été considéré presque partout comme une stratégie désavantageuse et les fournisseurs
de services interurbains concurrents (APLDS) qui ont survécu sont en train de
bâtir ou d’acquérir leurs propres installations de transport.[49]
Comme nous l’avons mentionné ci‑dessus, il y a d’importantes
économies de gamme entre l’interurbain et la téléphonie locale.[50]
En 1994, l’organisme de réglementation en est arrivé à la conclusion qu’un
concurrent qui se limitait au marché interurbain était désavantagé. L’étape
suivante consistait à ouvrir le marché local à la concurrence grâce à
l’interconnexion.
La concurrence dans le marché local a été approuvée en principe en
1994. Toutefois, c’est seulement lorsque les modalités et conditions de
l’interconnexion ont été spécifiées par l’organisme de réglementation en mai
1997 que les nouveaux entrants ont commencé à devenir actifs.
Une compagnie pouvait tout simplement demander à devenir une entreprise
de services locaux concurrente (ESLC/CLEC). Elle devait offrir l’égalité
d’accès à ses abonnés (c’est‑à‑dire la possibilité de choisir un
télécommunicateur différent comme fournisseur préféré de l’interurbain) et elle
devait aussi offrir un service d’urgence (le 911) et un service de transmission
de message afin de permettre aux malentendants d’utiliser des claviers spéciaux
avec leur téléphone. Pour tous les autres aspects, l’une ESLC était
déréglementée.
À son tour, l’ESLC pouvait s’interconnecter avec une entreprise de
services locaux titulaire (ESLT/ILEC) qui acheminer les appels à destination,
vers les abonnés de son réseau. Tant que le trafic échangé était plus ou moins
équilibré, aucun des télécommunicateurs ne facturait l’autre pour le trafic
d’arrivée. Si des études montraient que le trafic dans un sens représentait
plus de 10 % du trafic dans l’autre sens, il y aurait des frais. En
principe, ces frais étaient calculés à la minute. En pratique, toutefois, à
cause de la difficulté à mesurer continuellement le trafic, les frais seraient
calculés par circuit d’interconnexion et par mois.
L’interconnexion a lieu à un point d’interconnexion (POI) sur lequel
les deux parties s’entendent. Si une ESLC remet le trafic à une ESLT dans une
partie d’une zone de service local étendu pour l’acheminer vers une autre
partie, il y a des frais de transit.
Les détails techniques de l’interconnexion ont été traités par le
Comité directeur sur l’interconnexion du CRTC (CDIC/CISC), forum de l’industrie
qui a plusieurs comités et sous‑comités de travail. Lorsqu’une entente ne
pouvait pas être conclue, le CRTC rendait sa décision, mais cela ne s’est pas
produit très souvent.
Avant l’interconnexion locale, tous les télécommunicateurs qui étaient
interconnectés avec l’ESLT étaient traités comme des clients (abonnés). C’était
le cas des fournisseurs de services sans fil (WSP ou wireless service
providers) qui offraient le service mobile. N’étant pas des entreprises de
services locaux concurrentes, ces fournisseurs payaient les entreprises de
services locaux titulaires pour faire aboutir leurs appels. Toutefois, les ESLT
ne payaient pas les WSP pour faire aboutir les appels allant dans l’autre sens.
Mais, comme non ESLC, les WSP pouvaient garder le trafic interurbain provenant
de leurs abonnés mobiles car ils ne devaient pas offrir l’égalité d’accès. En
août 2000, Microcell et Clearnet (ce n’était pas Rogers) sont devenues
finalement des entreprises de services locaux concurrentes.
L’autre avantage à devenir une ESLC, c’est le fait de recevoir des
subventions du fonds central. Chaque territoire d’exploitation d’une ESLT est
divisé en bandes tarifaires, correspondant très approximativement au coût du
service. Une ESLC ou une ESLT qui dessert un abonné résidentiel reçoit une
subvention mensuelle par ligne, le niveau de la subvention dépendant de la
bande. La subvention est égale à zéro ou elle est négligeable dans les zones
urbaines de grande et moyenne importance, qui sont les zones naturellement
ciblées par les nouveaux entrants, et cela ne change donc pas grand‑chose
en pratique.[51]
L’organisme de réglementation a réalisé que le fait de bâtir un nouveau
réseau local était extrêmement coûteux et exigeait beaucoup de temps. Un nouvel
entrant pourrait avoir des abonnés importants qu’il ne pourrait pas rejoindre
pendant des années. En outre, il y a des économies importantes d’échelle pour
certains éléments d’approvisionnement du service local.
L’un des éléments critiques est celui de la boucle locale, c’est‑à‑dire
le chemin de transmission des locaux de l’abonné au central local de l’ESLT.
L’organisme de réglementation a ordonné aux ESLT de dégrouper les boucles
locales, c’est‑à‑dire de rendre accessible aux ESLC tout simplement
la paire de fils de cuivre de l’abonné, sans commutation locale ou transport ou
encore sans signalisation. L’organisme de réglementation a déclaré que les
boucles locales étaient des éléments essentiels dans les zones rurales et dans
les zones urbaines plus petites. Le prix est établi au coût différentiel plus
une majoration déterminée par l’organisme de réglementation. En outre, lorsque
l’entreprise de services locaux titulaire (ESLT) soumet l’information sur le
coût pour montrer qu’un service n’est pas tarifé de manière
anticoncurrentielle, il faut indiquer le prix de la boucle locale et non pas le
coût de revient. Dans les villes de grande et moyenne importance, l’organisme
de réglementation a trouvé que les boucles n’étaient pas des installations
essentielles puisqu’il y aurait probablement d’autres sources
d’approvisionnement. Toutefois, les boucles locales devaient être traitées
comme si elles étaient essentielles pendant une période de cinq ans.[52]
Les boucles locales aboutissent au central de l’ESLT. Pour pouvoir
utiliser ces boucles locales, les ESLC doivent colocaliser l’équipement dans le
central, près du point d’extrémité de l’ESLT (répartiteur principal ou
répartiteur de fibres optiques). Les ESLT doivent offrir la colocalisation aux
ESLC à des prix réglementés basés sur les coûts, et aussi pour l’interconnexion
avec les APLDS, si l’espace le permet. Étant donné que l’un des effets du
passage du fil de cuivre à la fibre optique est de libérer l’espace dans le
central, il s’ensuit que l’espace est disponible dans la plupart des cas.
L’organisme de réglementation canadien a refusé d’ordonner aux ESLT de
dégrouper tout autre élément du réseau.[53]
Cela est contraire à la situation aux États‑Unis, où les ESLT sont
obligées de dégrouper et d’offrir sur une base autonome tout élément du réseau
là où c’est techniquement faisable.
L’organisme de réglementation canadien a ordonné que tous les services
de détail vendus par une ESLT pouvaient être achetés au prix de détail et
revendus par une ESLC. C’est intéressant car les ESLT offrent ce qui équivaut à
une remise sur quantité aux abonnés de leur service Centrex, service qui se
rapproche beaucoup du service local d’affaires. Une telle revente réduit la
discrimination tarifaire, mais à part cela, il ne s’agit pas d’un facteur
majeur dans la concurrence locale.
De nouveau, l’organisme de réglementation canadien s’est éloigné de
l’approche utilisée par la FCC aux États‑Unis. Aux États‑Unis, la
FCC a ordonné que tous les services de détail d’une ESLT soient rendus
accessibles à n’importe quelle ESLC à un prix de gros inférieur de 15 % à
25 % au prix de détail. Ainsi, si le prix de détail chutait, il en serait
de même pour le prix de gros. Cette mesure était particulièrement controversée
et elle fait l’objet de plusieurs contestations judiciaires. Par contre,
l’organisme de réglementation canadien n’a pas établi de prix de gros. Dans
l’ensemble, le CRTC a été déçu du rôle de la revente pour ce qui est de créer
une concurrence viable à long terme dans l’industrie de l’interurbain. Le CRTC
a favorisé explicitement la concurrence basée sur les installations plutôt que
la concurrence basée sur la revente lorsqu’il s’agit d’ouvrir le marché local à
la concurrence.[54]
Si un abonné veut passer à un nouveau fournisseur de service local, il
veut généralement pouvoir garder le même numéro de téléphone. Les abonnés sont
très réticents à changer leur numéro de téléphone.[55]
Les abonnés résidentiels ont donné leur numéro à leurs amis, à leurs employeurs
et à d’autres personnes. Les abonnés d’affaires l’ont imprimé dans leur en‑tête,
dans leur documentation publicitaire et dans leur guide de service également.
En outre, les annuaires téléphoniques imprimés ne sont mis à jour qu’une fois
par an.
Pour encourager la concurrence locale, l’organisme de réglementation a
ordonné aux ESLT de modifier leurs systèmes pour permettre la transférabilité
du numéro local de façon à ce que les clients puissent garder le même numéro
même s’ils changent de fournisseur. Cela exige que, pour établir chaque
communication, il y ait une consultation de base de données pour voir si le
numéro d’arrivée a été « transféré » à un autre télécommunicateur et
si l’information d’acheminement est appropriée.[56]
La transférabilité du numéro local a été mise en oeuvre dans les centres
urbains de grande et moyenne importance et elle est déployée partout ailleurs.[57]
La plupart des utilisateurs d’Internet y ont accès grâce à un fournisseur de services Internet (ISP ou Internet Service Provider). Traditionnellement, il s’agissait d’un accès commuté à 56 kbps ou moins (souvent beaucoup moins). À la fois les compagnies de téléphone et les câblodistributeurs déploient l’accès haute vitesse qui promet d’être de dix à vingt fois plus rapide.
Les ISP, comme AOL et PSInet, veulent offrir également un service
d’accès haute vitesse. En réponse, l’organisme de réglementation a ordonné à la
fois aux entreprises de services locaux titulaires (ESLT) et aux exploitants
d’un réseau de câbles d’accommoder les ISP. Les ESLT doivent fournir des boucles
de fils de cuivre dégroupées qui ont une qualité suffisamment haute pour
permettre l’utilisation des fréquences supérieures (et donc une capacité plus
élevée). Les câblodistributeurs doivent fournir de l’espace dans leurs anneaux
à fibres optiques et dans leurs câbles coaxiaux. Les modalités et conditions
d’un tel accès sont toujours à l’étude. Étant donné le temps qu’il faut pour
arriver à une entente, l’organisme de réglementation a ordonné aux compagnies
de câbles de rendre accessibles leurs services d’accès haute vitesse de détail
aux ISP à un prix de gros, c’est‑à‑dire à 25 % de moins que le
prix de détail.
Il est encore tôt pour évaluer le succès de la concurrence locale.
Toutefois, certains points peuvent être signalés. Tout d’abord, l’entrée dans
le marché local est beaucoup plus difficile que l’entrée dans le marché de
l’interurbain. Pour réussir, cette entrée doit être basée sur des installations
plutôt que sur la revente. Cela exige alors de gros investissements et de longs
délais d’exécution. Il en résulte que, jusqu’à présent, la perte des parts du
marché des ESLT est probablement inférieure à 3 %.[58]
La plupart des nouveaux entrants ont ciblé les abonnés d’affaires au
coeur des villes. Un grand nombre de bâtiments à plusieurs locataires peuvent
être desservis par une quantité relativement petite de nouvelles installations.
À la fois AT&T et Sprint Canada suivent cette stratégie, soit en
constituant leurs propres installations soit en acquérant une ESLC existante
(Metronet, dans le cas de AT&T). En outre, cette stratégie est également
suivie par un certain nombre d’entrants qui ne sont pas (encore) affiliés à un
fournisseur de télécommunications existant, par exemple GT Telecom et Axxent.
Une autre approche est envisagée par les promoteurs immobiliers. Le
plus important est Metrus, promoteur actif dans de nombreuses régions, et
particulièrement dans les banlieues nord de Toronto. Il a créé une filiale,
Futureway, pour desservir les abonnés dans les nouveaux lotissements qu’il
bâtit. Des installations à fibres optiques sont mises en place pendant la
construction originale et elles sont donc assez économiques. Futureway a
actuellement environ un millier d’abonnés résidentiels et dessert une douzaine
d’immeubles commerciaux de taille moyenne.
Les universités sont également devenues des fournisseurs de services
téléphoniques locaux. C’est particulièrement facile pour elles puisque les
étudiants dans les résidences sont des abonnés captifs. En outre, le trafic
généré par les étudiants atteint un sommet pendant les soirées alors que le
trafic administratif culmine pendant le jour. Ainsi, il faut moins
d’installations pour desservir un campus que s’il s’agissait d’un mélange plus
traditionnel d’abonnés.
Actuellement, les universités regroupent le trafic de sortie hors
campus et le remettent à une ESLT, comme si les universités étaient elles‑mêmes
les abonnés. Elles payent les prix habituels de l’utilisateur final. Les
universités se sont demandé si elles devaient acquérir ou non le statut
d’entreprises de services locaux concurrentes (ESLC). Si elles devenaient des
ESLC, elles n’auraient plus à payer des frais d’utilisateurs finals aux ELST.
Elles paieraient uniquement les frais d’interconnexion lorsque le trafic n’est
pas équilibré. En fait, si le déséquilibre du trafic est en leur faveur, elles
peuvent finir par recevoir des paiements d’interconnexion de la part des ESLT.
Par ailleurs, si les universités devenaient des ESLC, elles seraient
obligées de permettre à leurs abonnés de choisir un fournisseur de services
interurbains préféré (à cause de la mise en oeuvre de l’égalité d’accès). De
nombreuses universités préfèrent avoir un arrangement exclusif avec un APLDS
désigné.
Certains observateurs de l’industrie croient que Futureway et les universités
sont les premiers exemples de ce qui peut devenir une tendance. Les
propriétaires de bâtiments à plusieurs unités, qu’il s’agisse d’appartements
résidentiels ou de bureaux, veulent en fait devenir des
« transporteurs » téléphoniques. Ils peuvent facilement regrouper le
trafic généré par leurs locataires et le transmettre à une ESLT pour la
livraison. Quant aux universités, la question est encore ouverte pour ce qui
est de savoir si c’est à leur avantage ou non de devenir des ESLC.
L’une des questions sur laquelle on se penche actuellement est celle de
savoir si un locataire dans un bâtiment à plusieurs unités peut choisir son
télécommunicateur local. En particulier, pour répondre à une demande d’abonné,
est‑ce qu’une ESLT ou un autre télécommunicateur peut mettre ses
installations dans un bâtiment dont le propriétaire a choisi un fournisseur
différent ou fournit le service lui‑même? La compétence de l’organisme de
réglementation se limite aux télécommunicateurs. Pour lancer des directives à
l’intention des propriétaires de bâtiments, l’organisme de réglementation
devrait déclarer qu’il s’agit de télécommunicateurs. Toutefois, cela mènerait à
la création de dizaines de milliers de nouveaux télécommunicateurs. En outre,
la Loi sur les télécommunications limite la propriété étrangère des
télécommunicateurs canadiens à 20 % (33 % par l’intermédiaire des
sociétés de portefeuilles). Faudrait‑il interdire aux propriétaires
étrangers des bâtiments d’offrir ces services à leurs locataires?
Alors que la concurrence locale a été lente à se développer, il y a un
certain nombre de nouveaux entrants éventuels qui fourniraient le service à
très grande échelle. En fait, on s’attendait à ce que les câblodistributeurs
commencent à offrir les services téléphoniques avant même que l’interconnexion
ne soit entièrement mise en oeuvre. Jusqu’à ce jour, cela ne s’est pas réalisé.[59]
Toutefois, ils ont un réseau exploitable qui passe par la plupart des domiciles
au Canada et ils sont en voie de rendre ce réseau bidirectionnel (trafic dans
les deux sens). Les fournisseurs de l’électricité et du gaz naturel ont
également des droits de passage, et quelques réseaux exploitables, qu’ils
pourraient utiliser pour pénétrer le marché local des télécommunications.
Finalement, des liaisons sans fil fixes peuvent être utilisées par les
propriétaires des nouvelles licences de fréquence pour éviter toute nécessité
du droit de passage.[60]
On s’attend à ce que les répercussions de la concurrence locale soient
de nature semblable aux répercussions de la concurrence dans le domaine de
l’interurbain, même si elles seront plus lentes à se faire sentir, de toute
évidence. En particulier, il y aura probablement quelques pertes d’efficience à
court terme qui seront, on l’espère, plus que compensées par des gains à long
terme. De nouveau, les bénéfices réduits dus aux économies d’échelle, les
ventes additionnelles et les dépenses de commercialisation ainsi que les coûts
de l’interconnexion jouent tous un rôle à court terme. À vrai dire, la
complexité et le coût de l’interconnexion locale se révèlent beaucoup plus
élevés que pour l’interconnexion de l’interurbain. Toutefois, les abonnés
peuvent choisir leur fournisseur.
L’industrie du transport ferroviaire ainsi que les télécommunications
locales et interurbaines sont toutes des industries de réseau. Elles utilisent
un réseau pour connecter différents emplacements. Ce réseau regroupe le trafic
entre différentes paires origine‑destination et le concentre dans des
liaisons intercentraux ou intervilles. Cela permet au trafic d’utiliser des
liaisons de grande capacité, même si le trafic entre l’origine et la
destination peut être de faible volume. À son tour, l’utilisation de liaisons
partagées de grande capacité entraîne des coûts unitaires moindres pour le
trafic acheminé sur ces liaisons.[61]
Les abonnés individuels doivent avoir accès au réseau de base. Dans le
cas du transport ferroviaire, cela se fait souvent à l’aide de voies de service
réservées aux clients.[62]
(Les clients du transport ferroviaire moins importants peuvent utiliser le
transport par camion, avec son coût plus élevé par unité et ses coûts de
transbordement.) Dans les télécommunications, l’accès a été traditionnellement
assuré au moyen d’une paire de fils de cuivre ou d’un câble coaxial dédié. Le
trafic dans ces liaisons d’accès est en général bien inférieur à celui du
réseau de base. Il ne s’agit que du trafic de départ ou d’arrivée d’un abonné.
Comme les niveaux de trafic sont beaucoup plus élevés dans le réseau de
base que dans les liaisons d’accès, les économies d’échelle peuvent se réaliser
davantage dans le réseau de base. Les coûts d’accès sont plus élevés et peuvent
agir comme un goulot d’étranglement.
Les liaisons d’accès dans les télécommunications, et pour les
expéditeurs ferroviaires à fort volume, ont en général été assurées sur une
base de monopole. Les niveaux de trafic générés par la plupart des clients ne
supportent pas plusieurs fournisseurs concurrents. Il en résulte que l’accès
devient un goulot d’étranglement : alors que les réseaux de base peuvent
être très concurrentiels, l’accès à ces réseaux l’est en général beaucoup
moins. Pour s’assurer que la concurrence se développe, il faut ouvrir l’accès,
par règlement si c’est nécessaire.[63]
Alors que le transport ferroviaire et les télécommunications sont
semblables puisqu’il s’agit dans les deux cas d’industries de réseau, ces
industries diffèrent quant aux caractéristiques de la demande et à la structure
des coûts. Ces différences ont des répercussions sur le rôle de l’accès ouvert
dans la promotion de la concurrence dans chacune des industries.
Le transport ferroviaire est dominé par un petit nombre de gros
expéditeurs. Dans les télécommunications, il y a aussi un certain nombre de
gros abonnés. Toutefois, la plus grande partie du marché de l’interurbain est
un marché de masse, constitué de millions d’abonnés résidentiels et de petites
entreprises. Cela est encore plus prononcé dans le marché local des
télécommunications. Dans ce cas, même les très gros abonnés ont un nombre
limité de lignes d’accès.
On peut donc s’attendre à ce que l’accès soit davantage un obstacle à
la concurrence dans les télécommunications que dans le cas des compagnies ferroviaires.
Les gros clients dans l’une ou l’autre des deux industries sont des cibles
attrayantes pour les concurrents qui peuvent leur offrir d’autres arrangements
d’accès. En outre, un gros client peut fournir son propre accès au réseau de
son choix.[64]
Toutefois, contrairement aux télécommunications, l’industrie ferroviaire ne
dessert pas un très grand nombre de petits abonnés ayant un faible niveau de
trafic.[65]
La structure des coûts représente une autre différence entre les
compagnies ferroviaires chemin de fer et les télécommunications. Les deux
jouissent d’économies d’échelle. Toutefois, il semblerait que ces économies
soient plus importantes dans les télécommunications que dans le transport
ferroviaire. Le câble à fibres optiques, avec son énorme capacité inexploitée,
n’a pas d’analogie dans le domaine ferroviaire.[66]
Son déploiement dans le réseau intercentraux et intervilles a mené à d’énormes
économies d’échelle dans le réseau de base. Par conséquent, les liaisons
d’accès qui alimentent le réseau de base sont d’autant plus importantes.
Les fibres optiques sont également installées dans la partie accès du
réseau de télécommunications, à la fois par les titulaires et par les nouveaux
entrants. En ce qui concerne la clientèle, les fibres optiques sont mises en
place principalement pour les gros abonnés et il y a donc une analogie avec les
clients ferroviaires dont le trafic justifierait une nouvelle voie de service.
Quant au marché de masse, on espère que la boucle d’abonné numérique
asymétrique ADSL, suivie par les fibres optiques, permettra la prolifération de
nouveaux services, comme la vidéo commutée.[67]
Si ces services se répandent, ils changeront la structure des coûts et pourront
justifier un accès plus concurrentiel. Pour l’instant, toutefois, l’accès
constitue encore un goulot d’étranglement important pour les plus petits
abonnés.
Le transport ferroviaire diffère également des télécommunications
puisque les produits doivent être transportés dans des conteneurs physiques
qu’il faut retourner, une fois vides, au point d’origine.[68]
Dans le cas de ces conteneurs physiques, il y a des questions de sécurité et un
niveau de complexité qui ne s’appliquent pas aux télécommunications. Par
ailleurs, le trafic des télécommunications est extrêmement sensible au temps.
Par exemple, le trafic vocal ne peut pas tolérer de délais de plus de 300 à
500 millisecondes. Cela ajoute une complexité qui est absente du transport
ferroviaire et rend difficile, en particulier, la combinaison du trafic vocal
et du trafic de données.
En conclusion, l’accès constitue un goulot d’étranglement plus sérieux
dans les télécommunications que dans le transport ferroviaire, à la fois à
cause d’une demande plus diffuse et d’économies d’échelle plus importantes dans
les télécommunications. En outre, l’exploitation des réseaux de base dans le
domaine ferroviaire soulève des difficultés différentes, et peut‑être
plus critiques. Cela signifie que les comparaisons entre les politiques d’accès
ouvert dans le domaine ferroviaire et dans celui des télécommunications doivent
être interprétées avec prudence.
L’interconnexion est une forme importante d’accès à d’autres types de
réseau aussi bien pour les compagnies ferroviaires que pour les
télécommunications.[69]
À vrai dire, sans interconnexion dans les télécommunications, le niveau actuel
de la concurrence dans les marchés de l’interurbain et dans les marchés locaux
n’aurait jamais été atteint. L’entrée dans ces marchés aurait dû se faire à une
si grande échelle que cela n’aurait pas été possible. Par contraste, l’interconnexion
a joué un rôle moindre dans la concurrence ferroviaire. À la fois les tarifs
des lignes concurrentielles et des manoeuvres interréseaux ont été peu
utilisés, même si leur disponibilité a pu avoir un impact hors de proportion
avec leur utilisation réelle.
Un aspect important de l’interconnexion est celui du prix facturé pour
cette interconnexion. Dans les télécommunications interurbaines, le prix de la
commutation et du regroupement est basé sur des coûts différentiels à long
terme plus une majoration par rapport aux coûts fixes et aux coûts communs.
Dans le transport ferroviaire, le tarif des manoeuvres interréseaux est basé
sur le coût, alors que les tarifs des lignes concurrentielles sont basés sur
des revenus provenant des utilisateurs finals du télécommunicateur pour un
trafic comparable.
Pour l’interconnexion dans l’industrie de l’interurbain, l’APLDS paie
également un supplément par minute, ou contribution, qui sert à subventionner
le service local résidentiel. Jusqu’à présent, la plus grande partie de la
controverse au sujet du prix de l’interconnexion s’est faite sur ces frais de
contribution. Les frais de commutation et de regroupement ont reçu relativement
peu d’attention.[70]
Le transport ferroviaire n’a pas l’équivalent des frais de contribution
pour l’interconnexion et les frais d’interconnexion se rapprochent donc
davantage des coûts. Toutefois, les coûts (et les revenus) changent avec le
temps et les frais d’interconnexion devraient être surveillés et modifiés au
besoin.
L’interconnexion représente l’échange du trafic à des points d’origine
ou de destination qui ne sont pas rejoints par le réseau du transporteur (ou
télécommunicateur) principal. La revente des installations consiste en la
location des installations de manière à étendre le réseau du transporteur
principal jusqu’au client (ou à l’abonné). Ces installations peuvent être
louées sur une base exclusive, c’est‑à‑dire que le transporteur a
la propriété exclusive de l’installation physique pendant la durée du bail. Ce
qui est beaucoup plus fréquent, toutefois, c’est que les installations sont
louées sur une base de partage, c’est‑à‑dire qu’un calendrier de
tranches spécifiques de temps est réservé au locataire (lignes privées dans les
télécommunications, droits de circulation dans le transport ferroviaire).
Dans les télécommunications interurbaines, deux types d’installations
entrent en jeu. Tout d’abord, des lignes privées intervilles louées permettent
au télécommunicateur d’étendre son réseau dans des zones où le trafic ne
justifie pas la constitution d’un réseau. Plus important encore, dans le
contexte de l’accès, les lignes privées locales (ligne d’accès direct ou DAL)
permettent à un APLDS de relier les locaux d’un abonné à son point de présence,
contournant ainsi les installations locales commutées du titulaire. La quantité
de trafic sur les lignes d’accès direct a fait l’objet de controverses avec le
temps. Dans les premières années de la concurrence, lorsque les frais
d’interconnexion étaient élevés, de 10 % à 15 % du trafic des
nouveaux entrants a pu utiliser ces lignes d’accès direct. À mesure que les
frais chutent, toutefois, les lignes d’accès direct sont maintenant limitées à
de très gros abonnés et ne jouent plus un rôle majeur dans la promotion de la
concurrence.[71]
Dans les télécommunications locales, les boucles locales dégroupées ont
été envisagées comme un moyen pour les nouveaux entrants de constituer leurs
réseaux dans des zones où ils n’avaient pas encore atteint une masse critique
d’abonnés. Ces boucles sont tarifées à un coût différentiel à long terme plus
une majoration. Jusqu’à présent, la concurrence locale n’a pas atteint une si
grande échelle pour pouvoir juger si les boucles locales dégroupées jouent avec
succès le rôle prévu. Toutefois, les nouveaux entrants se plaignent que le prix
des boucles locales est trop élevé pour rendre leur utilisation viable dans la
pénétration générale du marché. Ils préfèrent plutôt desservir des îlots
concentrés d’abonnés avec leurs propres installations.
En conclusion, alors que la revente des installations (ou des tranches
de temps dans ces installations) a joué un rôle dans la concurrence dans le
domaine des télécommunications, ce rôle va sans doute diminuer à mesure que les
concurrents mettent en place leurs propres installations dans les zones qu’ils
veulent desservir et rejoignent les emplacements en dehors de leur réseau à
l’aide d’ententes d’interconnexion.[72]
Les fournisseurs spécialisés (dans des créneaux particuliers) existent
à la fois dans les télécommunications et dans le transport ferroviaire, mais
leurs rôles sont assez différents. Dans les télécommunications, ces
fournisseurs remplissent trois rôles principaux.
Tout d’abord, ces fournisseurs peuvent être des arbitragistes. Avec des
millions de clients, et des systèmes de facturation très inflexibles, les
principaux télécommunicateurs négocient des ententes individualisées uniquement
avec les plus gros de leurs abonnés. Le reste du marché est desservi par des
plans d’escompte généraux qui laissent de nombreuses possibilités aux
arbitragistes. Toutefois, à mesure que les télécommunicateurs améliorent leurs
systèmes de facturation, les possibilités d’arbitrage diminuent et on s’attend
à ce que cela continue.
En second lieu, ces
fournisseurs de créneau peuvent avoir des compétences de commercialisation
spécialisées. Par exemple, ils peuvent desservir des communautés d’immigrants
dans leur propre langue. D’autres fournisseurs peuvent regrouper les services
de manière attrayante, par exemple avec des services de carte de crédit.
D’autres encore peuvent offrir des options de prix plus pratiques, par exemple
des cartes d’appel pour les appels internationaux.
En troisième lieu, ces
fournisseurs peuvent offrir des améliorations. Par exemple, un fournisseur peut
gérer toutes les communications d’une compagnie comme un seul produit. Un autre
peut intégrer les communications dans d’autres processus d’affaires d’une
compagnie. Bien entendu, un fournisseur spécialisé peut offrir moins qu’un
télécommunicateur important, à un prix moindre, aux abonnés qui veulent
accepter une qualité moindre, par exemple la voix sur Internet.
Alors que les
télécommunicateurs spécialisés peuvent être des compléments de
télécommunicateurs importants, ils sont le plus souvent en concurrence directe
avec eux. Dans une industrie caractérisée par des économies d’échelle marquées,
l’existence de fournisseurs spécialisés sera toujours précaire. En particulier,
ils sont vulnérables aux initiatives des grands télécommunicateurs. Par
conséquent, la plupart des télécommunicateurs spécialisés suivent une stratégie
de croissance ou de vente à un joueur plus important. Le résultat est une
consolidation dans l’industrie.
Dans le transport
ferroviaire, par contre, les lignes secondaires complètent souvent les lignes
principales, plutôt que d’entrer en concurrence avec elles. Les lignes
secondaires ont des opérations et des structures de coût simplifiées qui leur
permettent d’assurer de manière économique le trafic à faible densité que les
transporteurs des lignes principales ne peuvent pas acheminer.
Les clients comme
transporteurs
Selon les ententes
d’interconnexion, il peut être intéressant pour un gros client de devenir un
transporteur. Aucun des gros abonnés ne l’a encore fait dans les
télécommunications, mais le concept a été activement discuté.[73]
Comme nous l’avons indiqué ci‑dessus, de nombreuses universités et
quelques propriétaires de gros immeubles ont déjà fourni un certain service
localisé et ils assurent la commutation et le regroupement du trafic avant de
le remettre à un télécommunicateur important. Jusqu’à présent, toutefois, aucun
d’eux n’est devenu un télécommunicateur local certifié, en partie à cause des
exigences de réglementation auxquelles il faudrait faire face (particulièrement
quant à la disposition sur l’égalité d’accès).
Même s’ils ne s’établissent
pas comme des télécommunicateurs, les gros abonnés peuvent se servir de cette
possibilité pour faire pression sur les télécommunicateurs existants. Lorsque
l’auto‑approvisionnement est faisable sur le plan technique et
économique, les télécommunicateurs répondent généralement en offrant des
ristournes à leurs plus gros abonnés. Lorsqu’il y a revente, l’arbitrage permet
de s’assurer qu’une partie de ces ristournes se répercute sur les abonnés plus
petits.
Par ailleurs, la
prolifération des abonnés comme télécommunicateurs mènerait à une
interconnexion beaucoup plus complexe et beaucoup plus coûteuse, aussi bien sur
le plan des opérations que sur celui des coûts de transactions en vue d’établir
et d’administrer les ententes requises.
7. CONCLUSION
En conclusion, l’accès
ouvert a été essentiel au développement de la concurrence à la fois dans les
marchés de l’interurbain et dans les marchés locaux des télécommunications.
Toutefois, il est important de faire la distinction entre l’interconnexion et
la revente des installations et des fonctionnalités. L’interconnexion, qui mène
le trafic à destination, sera toujours nécessaire pour que les abonnés puissent
faire aboutir le trafic dans des endroits qui ne se trouvent pas dans le réseau
de leur principal télécommunicateur. L’interconnexion justifie les facteurs
externes du réseau et aide à maximiser les avantages à la fois pour les abonnés
et pour les fournisseurs.
La revente des installations
et des fonctionnalités, toutefois, est en général une mesure transitoire
jusqu’à ce que la concurrence soit fermement établie. Si une installation est
essentielle, c’est‑à‑dire si elle ne peut pas être dupliquée pour
des raisons techniques, il peut y avoir une exigence continue de la rendre
accessible aux concurrents. Dans d’autres cas, il semblerait qu’il n’y ait
aucune raison d’obliger une telle revente.[74]
INDUSTRIES DE RÉSEAU : PIPELINES DE GAZ NATUREL
EXPÉRIENCE DE LA DÉRÉGLEMENTATION DANS L’INDUSTRIE
NATURE DES PIPELINES DE GAZ
NATUREL
Le produit
Le gaz naturel est
transporté par pipeline sous l’une des deux formes suivantes : le gaz brut, qui est du gaz non traité contenant diverses
quantités d’impuretés (y compris l’eau, l’acide et le dioxyde de carbone), et
le gaz résiduaire ou gaz de qualité pipeline désigné comme du gaz naturel
commercialisable. Le gaz de qualité pipeline est un produit hautement homogène
qui respecte un standard uniforme utilisé par la plupart des pipelines en
Amérique du Nord. Les pipelines sont conçus pour transporter du gaz brut ou du
gaz de qualité pipeline, mais non les deux.
Même si le présent mémoire
se concentre sur les deux types de pipelines, l’accent est mis essentiellement
sur les pipelines conçus pour transporter le gaz commercialisable, c’est‑à‑dire
sur les pipelines de transport et les pipelines de distribution.
Les pipelines
Voici quelques‑unes
des caractéristiques importantes, qui s’appliquent aussi bien aux pipelines de
gaz brut qu’aux pipelines de gaz commercialisable, et dont il faut tenir compte
lorsqu’on compare les pipelines à d’autres systèmes de réseau :
·
Les pipelines, par comparaison avec d’autres systèmes de réseau comme
les télécommunications, ont une technologie rudimentaire. La technologie des
pipelines n’a pas changé de façon importante au cours des vingt ou trente
dernières années;
·
Les pipelines permettent de très grosses économies d’échelle, ce qui
découle du fait que la capacité du pipeline augmente de manière exponentielle
avec le diamètre du tuyau. (Un pipeline ayant un diamètre de 12 pouces
peut transporter quatre fois autant de gaz qu’un pipeline de 6 pouces;
cependant, le coût du droit de passage et de l’installation est pratiquement
identique.);
·
Les pipelines exigent beaucoup de capitaux. Le seul coût d’exploitation
important qui est fonction de l’utilisation est le coût du carburant;
·
Les pipelines de gaz naturel sont hautement spécialisés. Ils ne peuvent
transporter que du gaz naturel. (Ils peuvent être convertis pour transporter
d’autres produits comme le pétrole ou l’eau, mais les conversions sont
coûteuses et permanentes.);
·
Les pipelines sont unidirectionnels, c’est‑à‑dire que le
gaz ne peut s’écouler que dans une seule direction. (Quelques segments de
tuyaux relativement courts sont conçus pour fonctionner de manière
bidirectionnelle, en général sur une base saisonnière.)
Pipelines de gaz brut
En général, les pipelines de
gaz brut de l’Alberta ont un petit diamètre (par exemple, de deux à quatre
pouces) et sont relativement courts (50 kilomètres ou moins). Leur but est
de transporter du gaz brut provenant de plusieurs puits jusqu’à l’usine de
traitement de gaz naturel. Les pipelines de gaz brut (qui sont parfois désignés
comme des réseaux collecteurs) sont souvent la propriété d’un ou de plusieurs
producteurs de gaz. Même s’ils sont souvent sous juridiction provinciale, les
droits et l’accès ne sont pas activement réglementés.
Les non propriétaires qui
veulent relier leur puits de gaz à un réseau collecteur doivent tout d’abord
négocier les conditions tarifaires et d’accès avec les propriétaires. Dans ces
circonstances, la pratique de l’industrie est d’établir des droits tiers pour
ces réseaux collecteurs selon la formule de « Jumping Pound », qui
est en fait un droit basé sur le coût.[75]
Si un expéditeur tiers ne peut pas négocier une entente mutuellement
satisfaisante, il peut en appeler à l’organisme de réglementation (l’Alberta
Energy and Utilities Board ou « E.U.B. ») pour déclarer le pipeline
service public et établir des droits ou il peut faire une demande auprès du
Conseil (Board) pour bâtir son propre pipeline.
Pour des raisons évidentes,
les exploitants des conduites de collecte ne veulent pas être réglementés comme
des services publics, ce qui les incite à négocier « équitablement »
selon la formule de Jumping Pound. (En outre, une compagnie peut exploiter une
conduite de collecte dans une région, mais dépendre d’un tiers comme exploitant
dans une autre région.) S’il y a un surplus de capacité dans une conduite de
collecte existante qui dessert une région, les organismes de réglementation ne
se prononceront généralement pas en faveur d’une demande visant à créer une
nouvelle conduite.
En Colombie‑Britannique,
la situation est essentiellement la même, sauf que les conduites de collecte
qui sont la propriété des exploitants relient des puits de gaz à des conduites
de collecte de gaz brut plus importantes qui sont la propriété de Westcoast et
qui mènent à des usines de traitement de gaz centralisées qui sont également la
propriété de Westcoast (les installations de collecte et de traitement du gaz
brut de Westcoast sont réglementés par l’Office national de l’énergie). Les
réseaux de collecte qui appartiennent à des indépendants en Colombie‑Britannique
sont réglementés de manière passive et fonctionnent comme en Alberta.
Ces régimes ont été mis en
place depuis le début des années 1960 et ils n’ont pratiquement pas été touchés
par la déréglementation de l’industrie qui a eu lieu vers le milieu des années
1980.
Pipelines de transport
Les pipelines de transport
sont en général des réseaux haute pression à grand diamètre qui ne transportent
que du gaz de qualité pipeline. Au Canada, il y a quatre réseaux importants de
transport du gaz, soit Westcoast, Nova/TransCanada/TQM, Alliance Pipelines et
Maritimes & Northeast Pipelines, plus un certain nombre de conduites plus
petites. Tous ces réseaux offrent des services de transport interprovinciaux
et/ou internationaux.
Vous trouverez ci‑après
un bref historique de ces pipelines ainsi qu’un exposé sur la façon dont
l’exploitation et la réglementation de ces pipelines a changé à la suite de la
déréglementation du gaz naturel vers le milieu des années 1980; nous traitons
également des enjeux auxquels ces réseaux doivent faire face de nos jours.
Historique
Depuis l’achèvement du
réseau de TransCanada PipeLine en 1960, tous les pipelines interprovinciaux et
internationaux sont sous la juridiction de l’Office national de l’énergie
(l’ONÉ ou l’Office). (Nova est une exception. À cause d’une entente de
commodité entre M. C.D. Howe et le premier
ministre Manning, Nova a toujours été réglementé par l’Alberta même s’il s’agit
d’un pipeline interprovincial sur le plan technique.) Au départ, l’Office
n’autorisait et ne réglementait la construction de nouvelles installations de
pipelines qu’en émettant des certificats d’utilité publique. Cette section de
la Loi sur l’ONÉ (actuellement la Partie III) suivait et suit encore le modèle
de la Loi sur les chemins de fer.
Westcoast et TCPL
fonctionnaient au départ comme des compagnies de pipelines privées. TCPL
achetait tout le gaz de qualité pipeline qu’il lui fallait pour remplir son
pipeline auprès des producteurs à la sortie des usines de traitement de gaz et
selon des contrats à long terme et à prix fixe (on parle alors de regroupement
(agrégation) de l’approvisionnement). La compagnie transportait le gaz du point
d’achat en Alberta jusqu’à la frontière Alberta/Saskatchewan dans le pipeline
Nova en vertu de contrats de transport à long terme. TCPL transportait ensuite
le gaz dans son propre réseau de pipelines vers divers points de livraison au
Canada et vendait ensuite le gaz soit à des compagnies locales de distribution
(par exemple, Consumer’s Gas) soit à des pipelines aux États‑Unis (par
exemple, Tennessee Gas), également en vertu de contrats à long terme. En tant
que compagnie de transport privée, TCPL ne transportait pas le gaz pour
d’autres et n’était pas obligée de le faire.
Westcoast fonctionnait de la
même façon, sauf que cette compagnie achetait du gaz brut auprès des
producteurs au point d’interconnexion avec ses installations. La compagnie
traitait le gaz brut dans l’une de ses grandes usines de traitement
centralisées, transportait le gaz dans son pipeline vers divers points de
livraison et le vendait soit à des compagnies provinciales de distribution
(compagnies locales) soit à des pipelines aux États‑Unis (par exemple,
Northwest Pipe). Tout comme TCPL, Westcoast était une compagnie de transport
privée et ne transportait pas le gaz pour d’autres compagnies.
Initialement, ces compagnies
de pipelines n’étaient pas soumises à une réglementation économique. Elles
vivaient sur la marge entre le prix d’achat du gaz payé aux producteurs et le
prix de vente provenant des acheteurs. Toutefois, au début des années 1970, les
compagnies de pipelines ont commencé à se sentir à l’étroit financièrement et,
à commencer par TCPL, elles ont demandé à l’Office national de l’énergie d’avoir
des droits réglementés. Presque en même temps, le gouvernement fédéral a
commencé à réglementer les prix du gaz, à l’intérieur et pour l’exportation,
marquant ainsi le début d’une décennie de droits et tarifs de pipelines très
strictement réglementés[76],
ce qui se poursuit de nos jours à bien des égards.
Déréglementation du gaz
naturel
La déréglementation du gaz
naturel vers la fin de 1985 visait à déréglementer les prix du gaz et non
pas les droits et tarifs des pipelines. Les producteurs voulaient avoir la
possibilité de vendre leur gaz directement aux acheteurs plutôt qu’à des
compagnies de pipelines comme TCPL ou Westcoast. Les acheteurs voulaient avoir
la possibilité d’acheter directement auprès de vendeurs autres que les
compagnies de pipelines. À la fois les producteurs et les acheteurs voulaient
avoir la possibilité de négocier leurs propres prix. Toutefois, avant que cela
se produise, à la fois les acheteurs et les vendeurs devaient être assurés
d’une évaluation non discriminatoire des réseaux de pipelines.
C’est ainsi que commença le
processus de dégroupage. Le gaz naturel en tant que produit était séparé du
transport. Avant la déréglementation, les pipelines n’offraient qu’un service
entièrement regroupé, c’est‑à‑dire que le gaz ne pouvait être
acheté que sur une base de livraison. À la suite de la déréglementation, les
compagnies de pipelines sont devenues de simples transporteurs publics ou à
accès ouvert. Elles n’achetaient plus ni ne vendaient plus de gaz. (Les
compagnies de pipelines ont créé des filiales de commercialisation du gaz pour
gérer leurs activités d’achat et de vente du gaz. Ces filiales sont guidées par
les codes de conduite et de « cloisonnement » approuvés par
l’Office.) Les acheteurs et les vendeurs pouvaient maintenant conclure un contrat pour la capacité avec TCPL ou
Westcoast. Les droits étaient basés sur les coûts et les conditions du service
étaient non discriminatoires. Les compagnies de pipelines devaient transporter
le gaz pour d’autres selon les mêmes barèmes et conditions que si elles
transportaient le gaz pour leurs propres filiales de commercialisation.
Les caractéristiques du
service de pipeline dégroupé sont les suivantes :
·
Il y a deux types généraux de services, soit le service ferme et le
service interruptible;
·
Le service ferme est un service contractuel d’une durée minimale d’un
an ou encore de dix ans si de nouvelles installations doivent être construites.
Il y a des frais mensuels de demande ou de réservation qui sont fonction de la
capacité qu’il faut réserver plus une taxe sur produit qui est fonction de la
quantité de gaz qui doit être déplacée en un mois. Les ratios de carburant sont
approuvés par l’Office, mais l’expéditeur fournit en général le carburant. Les
droits du service ferme sont basés sur les coûts selon les méthodologies
traditionnelles de coûts du service. Les droits et tous les changements
apportés à ces droits doivent être approuvés par l’Office. L’ONÉ établit
également le rendement permis sur une base de référence (base tarifaire);
·
Le service interruptible est donné à contrat sur une base mensuelle et
il s’agit d’un type de service avec une clause du meilleur effort. L’expéditeur
n’est facturé que pour ce qu’il utilise et le droit est en général fonction de
droits fermes avec possibilité de soumission dans une plage définie;
·
Les modalités et conditions détaillées du tarif doivent également être
approuvées par l’Office et elles ne doivent pas varier;
·
Les droits et tarifs gouvernant ces services sont les mêmes quelle que
soit la nature de l’expéditeur, c’est‑à‑dire que les gros
expéditeurs et les petits expéditeurs payent tous le même droit unitaire;
·
Les files d’attente pour une nouvelle capacité sont tenues à jour sur
la base du premier arrivé premier servi;
·
Le coût des nouvelles installations qui permettent de desservir de
nouveaux clients ou le coût moyen sont en général « intégrés » à la
base tarifaire et ces coûts sont récupérés auprès de tous les expéditeurs et
non pas tout simplement auprès des nouveaux expéditeurs. (La principale forme
d’interfinancement dans les pipelines de transport est celle des anciens
expéditeurs qui subventionnent de nouveaux expéditeurs.)
Depuis le début des années
1990, les expéditeurs ont eu l’autorisation d’échanger leurs droits de capacité
pour les pipelines de transport. Tout expéditeur qui détient un droit de
capacité ferme ou interruptible sur un pipeline comme Nova, TCPL ou Westcoast
peut vendre (céder) la totalité ou une partie de sa capacité pour n’importe
quelle période de temps à d’autres expéditeurs à des prix de compensation (le
cessionnaire doit respecter toutes les modalités du tarif). En partie, à cause
des modalités et conditions uniformes du service, le marché des capacités est
très liquide et, selon les conditions du marché, les transactions en matière de
capacité se font à escompte ou à prime par rapport au droit réglementé.[77]
Les compagnies de pipelines, toutefois, ne peuvent vendre de la capacité
qu’au droit réglementé.
Lorsque les expéditeurs
passent un contrat de service sur un pipeline, il s’agit en général d’un volume
uniforme (10 millions de pieds cubes) par jour pendant la durée du contrat
(par exemple, une année). Le gaz doit être livré à un point de réception
spécifié dans le pipeline et à un débit uniforme pendant toute la période de
24 heures. Le gaz doit respecter les spécifications de qualité pipeline et
avoir une pression minimale spécifiée. L’expéditeur doit également prendre
livraison d’une quantité semblable de gaz (moins le carburant) à un point de
livraison spécifié et à un taux uniforme. Les expéditeurs ne peuvent pas être
en rupture d’équilibre. Les livraisons quotidiennes dans le pipeline doivent
être égales aux quantités retirées du pipeline pendant la même journée ou alors
des amendes s’appliquent. Il y a très peu ou pas de souplesse du tout dans les
modalités du service offert par le pipeline.
Jusqu’au début des années
1990, tous les enjeux reliés aux droits et aux tarifs étaient réglés à la suite
d’audience longues et coûteuses tenues par l’Office (une fois par année). Plus récemment,
l’industrie a expérimenté avec des régimes d’incitatifs et avec des groupes de
travail sur les pipelines afin de réduire le temps consacré aux audiences. Les
régimes d’incitatifs visaient à créer des stimulants pour les compagnies de
pipelines afin qu’elles génèrent des efficiences surtout du côté de
l’exploitation et qu’elles partagent les bénéfices avec les expéditeurs. Les
résultats jusqu’à présent ont été mixtes.
Les groupes de travail sur
les pipelines ont eu beaucoup plus de succès. Il s’agit de comités constitués
des compagnies de pipelines (par exemple, TCPL) et de leurs expéditeurs. Ces
comités essaient de résoudre les questions de droits et de tarifs en dehors de
la salle d’audience. Lorsqu’ils réussissent à faire appuyer fortement un
changement ou une nouvelle initiative, ce changement est en général approuvé
par l’Office. Si une solution ne peut pas être négociée, la question en jeu est
alors résolue au cours d’une audience de l’Office.
Lorsque le gaz doit être
transporté par plusieurs pipelines de raccordement avant d’atteindre sa
destination finale (le gaz canadien est expédié dans toute l’Amérique du Nord),
il faut avoir une entente de transport pour chaque pipeline de raccordement. Au
cours de la dernière décennie, les compagnies canadiennes et américaines de
pipelines ont travaillé à normaliser leurs procédures d’exploitation en vue de
faciliter le transport du gaz par plusieurs pipelines. La première étape
consistait à normaliser le gaz de qualité pipeline. Aujourd’hui, tout le gaz
suit ces normes, ce qui permet de le faire circuler dans tout le réseau de
pipelines d’Amérique du Nord. D’autres procédures qui ont été normalisées (ou
sont en voie de l’être) sont des procédures de nomination, de dates limites
pour les changements de nomination, de répartition du gaz, d’informatisation,
etc. Même si le système n’est pas encore tout à fait parfait, le gaz circule
rapidement d’un pipeline à l’autre.
Enjeux actuels
pour les compagnies de pipelines
Le monde protégé
des pipelines de gaz a été perturbé par l’arrivée de la concurrence dans les
dernières années. À mesure que les droits de Nova augmentaient à cause de
l’intégration du coût des nouvelles installations dans le coût des
installations existantes, les expéditeurs qui se trouvaient dans des régions à
proximité des pipelines d’exploration ont demandé à construire leurs propres
pipelines. De nouveaux pipelines concurrents risquent de nuire à la capacité de
Nova et de créer à l’extrême une « spirale de la mort ».
Pour combattre cette menace,
Nova a abandonné son tarif de port de longue date (c’est‑à‑dire un
droit uniforme quel que soit la distance à laquelle le gaz est transporté dans
le réseau) et a cherché à faire approuver des droits basés sur la distance, ce
qui a été fait par l’organisme de réglementation à l’automne de 1999. Elle a
également cherché et reçu l’approbation pour des tarifs de fidélité ou de
contournement en vertu desquels elle pouvait négocier des tarifs avec des
expéditeurs qualifiés qui envisagent le contournement. Toutefois, Nova n’est
autorisée à répercuter qu’une partie du coût du tarif de contournement sur ses
expéditeurs. Les actionnaires doivent supporter le reste du coût.
Une concurrence plus
menaçante pour le réseau Nova/TCPL est celle de la construction récente de
l’Alliance Pipeline, pipeline de grande capacité qui va du nord‑est de la
Colombie‑Britannique jusqu’en Alberta et au sud de Chicago. Un nouveau
pipeline désigné Vector Pipeline est construit de l’est de Chicago jusqu’au sud‑ouest
de l’Ontario. Ces deux pipelines seront en service avant la fin de l’an 2000 et
entreront directement en concurrence pour le même marché que celui que
Nova/TCPL a desservi largement comme un monopole depuis 1960. C’est aussi la
première fois qu’il y a un important surplus de capacité de pipelines pour
transporter le gaz de l’Alberta vers l’est, aux États‑Unis et dans les
marchés canadiens centraux.
En réponse à l’Alliance,
TCPL a proposé à son groupe de travail des changements qui lui permettraient de
négocier des ristournes individuelles avec des expéditeurs individuels afin
d’empêcher d’autres expéditeurs de passer de TCPL à l’Alliance Pipeline. Le
coût de cette ristourne serait supporté par d’autres expéditeurs. Jusqu’à
présent, les expéditeurs n’ont pas accepté la proposition et les négociations
se poursuivent.
Pour l’instant, il n’y a
aucun protocole qui permettrait à un expéditeur de transporter le gaz tout
d’abord dans un pipeline Nova et ensuite dans un pipeline Alliance ou dans un
pipeline Alliance et de le transborder ensuite dans le réseau TCPL à n’importe
lequel des points d’interconnexion. À ce début des opérations d’Alliance, il
est peu probable qu’il y ait eu des demandes pour un tel service.
Réseaux de distribution
Les pipelines ou réseaux de
distribution représentent le secteur de l’industrie du gaz naturel que la
plupart des gens reconnaissent ou avec lequel ils sont en contact. Les
compagnies locales de distribution reçoivent du gaz d’un ou de plusieurs
pipelines de transport à haute pression, réduisent la pression et livrent le
gaz aux clients finals, ce qui comprend les clients résidentiels, commerciaux
et industriels. Les compagnies locales de distribution bénéficient de contrats
de franchise à long terme avec les municipalités qui leur octroient le monopole
dans les communautés desservies.
Avant la déréglementation de
1985, les compagnies locales de distribution n’offraient à leurs clients que
des services entièrement regroupés à des prix de vente au détail. L’ensemble
des services comprenait ce qui suit :
·
Le gaz en tant que produit. Les compagnies locales de distribution
achetaient tout le gaz dont leurs clients avaient besoin auprès de compagnies
de transport aux endroits où le réseau de distribution était raccordé avec le
pipeline (appelés points de livraison);
·
Le transport du gaz. Il s’agit de la circulation du gaz à partir du
pipeline de transport (point de livraison) jusqu’au domicile ou à l’usine du
client;
·
L’emmagasinage du gaz. Les compagnies locales de distribution essaient
d’acheter leurs besoins annuels en gaz à un taux quotidien uniforme auprès de
la compagnie de transport (c’est‑à‑dire, facteurs de charge
élevée), ce qui minimise le coût unitaire du gaz acheté. Toutefois, les
utilisateurs finals ou les clients utilisent en général le gaz sur une base
saisonnière. De nombreuses compagnies locales de distribution entretiennent de
grandes installations d’emmagasinage dans lesquelles elles injectent le gaz
pendant les mois d’été et elles le retirent en hiver pour répondre aux demandes
des jours de pointe;
·
L’équilibrage de la charge. La diversité des besoins quotidiens de ces
clients permet aux compagnies locales de distribution d’équilibrer la charge.
Par exemple, si une usine réduit ses opérations aujourd’hui alors qu’une autre
ajoute un quart, la compagnie locale de distribution peut équilibrer ces
variations de charge l’une par rapport à l’autre. Plus la clientèle d’une
compagnie locale de distribution est grande et variée, plus cet équilibrage
sera efficace;
·
Les services de compteurs et de facturation. En général, la compagnie
locale de distribution possède et exploite les compteurs installés à chacun des
points de vente des clients.
La déréglementation du gaz
naturel a lancé un long processus de dégroupage de ces services et, à cause de
la complexité de ces systèmes, le processus se poursuit de nos jours.
Historiquement, la
distribution du gaz (y compris tous les services indiqués ci‑dessus) a
été fortement réglementée par les gouvernements provinciaux sur la base du coût
du service (par exemple, la Commission de l’énergie de l’Ontario, la British
Colombia Utilities Commission et la Régie de l’énergie du Québec). À la fois
les modalités de service et les droits sont strictement réglementés. De
nouveau, le but de la déréglementation du gaz naturel n’était pas de
déréglementer les services publics de distribution du gaz. Toutefois, pour
permettre à l’utilisateur final, y compris aux clients résidentiels, de bien
magasiner leur approvisionnement en gaz naturel, il fallait apporter des
changements importants à l’exploitation des réseaux de distribution du gaz.
Contrairement aux pipelines
de transport, les compagnies locales de distribution offrent un ensemble de
services ou des tarifs basés sur la nature du client. En termes génériques, ces
tarifs comprennent les tarifs résidentiels, les tarifs commerciaux et les
tarifs industriels et le principal facteur qui distingue ces tarifs est celui
du volume. En termes simples, les coûts alloués à chaque classe de client sont
basés sur le client « moyen ». (Les compagnies locales de
distribution ont toujours eu la possibilité de négocier les tarifs industriels
dans une plage spécifiée (fourchette des taux). Toutefois, le coût de la
ristourne offerte à un client doit être recouvré auprès d’autres industriels dans
la même classe tarifaire.) Il n’est donc pas surprenant que la question de
l’interfinancement entre les classes tarifaires et dans les classes tarifaires
constitue un enjeu toujours présent dans la réglementation des compagnies
locales de distribution.
Initialement, le dégroupage
des compagnies locales de distribution n’a retiré que le gaz (comme produit) de
l’ensemble des services offerts par ces compagnies. Toutefois, les clients
ayant un facteur de charge élevé se sont plaints car ils n’avaient pas besoin
de tous les services offerts. Tout ce dont ils avaient besoin, c’était
seulement du transport et peut‑être d’une petite quantité d’emmagasinage.
En même temps, de nouveaux acteurs - les commercialisateurs (ou distributeurs) - pénétraient le marché.
De nombreux distributeurs voulaient faire leur propre lecture de compteur et
leur propre facturation pour leurs clients; ils voulaient faire leur propre
équilibrage de charge et ils voulaient gérer leur propre capacité
d’emmagasinage.
C’est ainsi que commença le
long processus de dégroupage qui s’est poursuivi pendant plus d’une décennie.
Les principales questions portaient sur l’identification des services qui
peuvent être offerts de manière concurrentielle (par exemple, les services de
lecture de compteur, de facturation et peut‑être d’emmagasinage), le
traitement des actifs délaissés qui sont la propriété du service public (par
exemple, les systèmes de facturation), l’évaluation des actifs lorsque ces
actifs sont transférés d’un service public réglementé à une filiale ou à une société
affiliée (par exemple, actifs d’emmagasinage) ainsi que les codes de conduite
dans le cas où le service public a entrepris des activités concurrentielles
comme celles de la commercialisation (distribution) du gaz.
Tout au long de ce
processus, les organismes de réglementation avaient comme principaux objectifs
de s’assurer que les services de distribution de base n’étaient pas compromis,
particulièrement pour les clients résidentiels, que les coûts étaient répartis
« équitablement » et que, lorsque des activités spécifiques comme
l’emmagasinage étaient déréglementées, cela donne lieu à un marché
raisonnablement concurrentiel et non pas à un monopole déréglementé.
Sommaire
La réglementation
passive des réseaux de collecte du gaz brut n’a pas changé de façon importante
pendant plus de quarante ans et il n’y a pas non plus de demande de changement
pour l’instant.
La déréglementation du gaz
naturel en tant que produit au milieu des années 1980 a eu pour résultat que
les compagnies des réseaux de transport du gaz sont devenues des transporteurs
publics ou à contrat, mais qu’elles continuent à être étroitement réglementées
sur une base de coût de service. De nos jours toutefois, les principaux réseaux
de transport doivent faire face à une véritable concurrence (par exemple,
Nova/TCPL contre Alliance/Vector), mais ils n’ont pas la souplesse voulue pour
fixer les prix et établir une concurrence efficace. C’est l’enjeu le plus
important auquel doivent faire face aujourd’hui les compagnies de pipelines,
les organismes de réglementation et les expéditeurs (et peut‑être regarder
du côté des compagnies ferroviaires pour ).
La déréglementation du gaz a
également donné lieu à des changements importants dans la distribution du gaz. Dans
ce secteur, des activités non monopolistiques en découlent et un menu de
services est créé qui permettra à l’utilisateur final d’acheter la quantité
exacte de chaque service requis.
La déréglementation du gaz
naturel a‑t‑elle amélioré l’efficience de l’industrie du gaz
naturel? En ce qui concerne le gaz naturel en tant que produit, la réponse est
affirmative sans la moindre équivoque. L’impact de la déréglementation du gaz
sur l’efficience du transport par pipeline est moins clair.
Depuis la déréglementation
du gaz en 1985, des marchés du gaz naturel hautement concurrentiels, liquides,
transparents et donc efficients ont émergé à des endroits clés du pays. En
outre, plusieurs produits financiers et contrats à terme sont offerts sur le
marché afin de permettre à la fois aux acheteurs et aux vendeurs de gérer les
risques de prix inhérents aux bourses des marchandises. Depuis 1986, les
consommateurs ont bénéficié de prix de gaz concurrentiels qui ont été bien en
deçà du niveau des prix réglementés. C’est seulement au cours des douze
derniers mois que les prix du marché du gaz naturel ont dépassé le niveau des
prix réglementés qui étaient en place jusqu’en 1986. Les efficiences des
marchés gaziers d’aujourd’hui dépassent de loin les attentes des décideurs du
milieu des années 1980. La déréglementation du gaz naturel est considérée comme
l’une des politiques économiques les plus réussies des années 1980.
L’impact de la déréglementation du gaz sur l’efficience des pipelines de gaz n’a pas été aussi important. Il est certain que la déréglementation a obligé les compagnies de pipelines à changer leur façon de fonctionner en ouvrant leurs systèmes à des tiers sur une base non discriminatoire, mais cela n’a pas donné lieu à des droits ou à des coûts réduits. Alors que les compagnies de pipelines fonctionnaient à des taux très élevés d’utilisation (en général avec un facteur de charge de 100 %), ces taux élevés d’utilisation étaient symptomatiques d’une pénurie de capacité (caractéristique classique d’un monopole).
Pour être équitable envers
les compagnies de pipelines, celles‑ci ont pris un certain nombre de
mesures, depuis la déréglementation des années 1980, pour répondre aux besoins
de leurs expéditeurs. Toutefois, la plupart de ces changements et des nouveaux
services visaient à rendre les marchés gaziers plus efficients et plus liquides
(par exemple, transferts des inventaires, déviations, procédures de nomination
et affectations rationalisées). Ces changements n’ont pas rendu les pipelines
eux‑mêmes plus efficients ou moins coûteux.
À la suite de la frustration
ressentie par les expéditeurs à cause de ce qu’ils percevaient comme des coûts
élevés et une réglementation faible, l’industrie a expérimenté avec des régimes
de réglementation incitatifs au cours des cinq dernières années. Ces régimes
ont été conçus pour encourager les compagnies de pipelines à économiser les
coûts en leur permettant de partager les économies. Jusqu’à présent, les
résultats ont été limités. Ces régimes n’ont pas donné lieu à de nouvelles
efficiences importantes.
En réponse à la capacité
insuffisante des nouveaux pipelines qui doivent transporter la production
croissante de gaz de l’Alberta, un groupe de producteurs de gaz a lancé son
propre projet de pipelines vers le milieu des années 1990. Ce projet est devenu
Alliance Pipeline, qui sera en service à la fin de l’an 2000. Pour la première
fois, la capacité des pipelines de l’Alberta dépassera la capacité de
production du gaz de l’Alberta.
Alliance Pipeline entrera
directement en concurrence avec TransCanada pour ce qui est des expéditeurs.
L’industrie espère que cette concurrence mènera à un service de pipelines plus
efficient et moins coûteux.
Le 8 novembre 2000
[1] Cela commence à changer avec le projet de construction du nouveau pipeline Alliance.
[2] Dans ce cas, la revente des installations est indirecte. Cela comprend la location et l’incorporation de ces installations dans un réseau d’une entreprise de télécommunications concurrente et par conséquent dans les services offerts à l’utilisateur final.
[3] L’interconnexion a entraîné à la fois des coûts permanents et des frais de démarrage. En outre, les coûts des ventes et de la commercialisation ont augmenté de façon importante et, ce qui est encore plus controversé, les avantages dus aux économies d’échelle ont été réduits. Comme compensation partielle, la commercialisation et les ventes accrues ont stimulé la demande et augmenté la taille du marché.
[4] Des compagnies de pipelines ont créé des filiales de commercialisation pour gérer leurs activités d’achat et de vente du gaz.
[5] On peut également utiliser le transport par camion pour accéder à un réseau ferroviaire.
[6] Il y aurait de nombreuses difficultés techniques, par exemple le fonctionnement des compresseurs.
[7] Un central local est également appelé central de classe 5 et un central interurbain est un central de classe 4. Cette terminologie est héritée du temps où il y avait une hiérarchie à cinq niveaux de centres de commutation. De nos jours, les trois niveaux supérieurs de la hiérarchie ont été retirés et tous les centraux de classe 4 peuvent communiquer entre eux grâce à un acheminement dynamique qui identifie les voies les moins congestionnées à un moment donné. Même si l’on cherche à enlever la distinction entre les commutateurs de la classe 4 et ceux de la classe 5, et à n’avoir qu’un seul réseau, la distinction en pratique demeure. Voir la discussion ci‑après.
[8] Par exemple, une entreprise qui a plusieurs emplacements peut spécifier qu’après 18 heures, les appels au central d’Halifax doivent être acheminés vers le central de Vancouver.
[9] À vrai dire, les commutateurs analogiques ont été remplacés par des commutateurs numériques et le transport intercentraux a été numérisé. La plupart des boucles locales sont encore au moins partiellement analogiques (les exceptions étant le RNIS (ISDN) et, plus récemment, XDSL).
[10] Les algorithmes de compression permettent d’avoir un échantillonnage beaucoup moins fréquent tout en offrant la même fidélité. Ces algorithmes exploitent les redondances et le « temps mort » dans le discours. Cela permet de condenser jusqu’à dix ou quinze appels dans la tranche de temps qui servait auparavant à un seul appel (ce qui explique pourquoi les téléphones cellulaires ont une qualité aussi médiocre – la capacité y est particulièrement faible et la compression est donc utilisée de manière beaucoup plus étendue).
[11] Le résultat final sera d’avoir des fibres optiques jusqu’au domicile ou au bureau. Toutefois, les composants électroniques des fibres sont encore trop coûteux pour avoir un ensemble par client et ils le resteront sans doute pendant environ une autre décennie. Entre‑temps, les compagnies de téléphone augmentent la capacité des installations actuelles de distribution à fils de cuivre en utilisant des fréquences plus élevées, par exemple ADSL.
[12] Si on remonte au dix‑neuvième siècle, le type prédominant de trafic était celui de la télégraphie, qui constituait une certaine forme de données, et qui avait son propre réseau très étendu.
[13] Les emplacements en dehors du réseau pouvaient accéder au réseau de données à l’aide de connexions commutées dans le réseau téléphonique.
[14] Le trafic vocal augmente annuellement de 2 % à 5 % dans le réseau local et de 8 % à 10 % dans le réseau interurbain. Par contraste, le trafic des données augmente de plus de 40% par année et il est piloté essentiellement par l’Internet public et par divers intranets privés.
[15] Cela lance un défi car la voix, contrairement aux données, se détériore rapidement avec des retards même mineurs. Une connexion virtuelle dans un réseau à commutation de paquets ne sera jamais aussi bonne qu’une connexion dédiée dans un réseau à commutation de circuits : le défi à relever est de rendre cette connexion « assez bonne ».
[16] Le sans fil fixe à large bande, comme le LMCS, est déjà offert à petite échelle au Canada. Les normes des services mobiles à large bande ont été adoptées, mais l’équipement ne sera disponible qu’en 2001.
[17] L’industrie des télécommunications mesure le coût différentiel (moyen), plutôt que le coût marginal, qui est souvent zéro. Le coût différentiel est défini par le coût de l’ajout d’un nouveau service, ou la prise en compte de la croissance annuelle d’un service existant, et le résultat est exprimé comme le coût moyen par unité additionnelle de sortie.
[18] Ces coûts sont ceux du début des années 1990. Les coûts plus récents sont confidentiels et ils ne sont pas accessibles au public. Des déclarations récentes dans la presse professionnelle laisse croire que leur structure n’a pas beaucoup changé même si les coûts ont pu baisser dans l’ensemble. Voir par exemple Stu Verge, alors avec Bell Atlantique, traiter des coûts de commutation de circuits par rapport aux coûts de la commutation de paquets.
[19] Dernièrement, les compagnies de télécommunications ont déclaré qu’il y a des économies de gamme importantes lorsqu’on fournit à la fois le contenu et le transport. Toutefois, ces compagnies n’ont pas formulé comment ces économies se produisent. (Je vais sans doute enlever cette remarque dans la version finale puisqu’elle est controversée et qu’elle ne fait pas mieux comprendre le propos du présent exposé.)
[20] Les coûts des logiciels peuvent représenter la moitié des coûts d’un commutateur. Certains fabricants essayent de restructurer la façon dont ils facturent les logiciels pour qu’une partie au moins de ces logiciels soit facturée en fonction de l’utilisation.
[21] Des preuves empiriques laissent croire que des systèmes de soutien de l’exploitation, comme ceux qui sont décrits ci‑dessus, constituent un obstacle important à l’entrée à grande échelle sur le marché. Même si les petits systèmes sont facilement accessibles, ils « n’évoluent pas » bien et les grands systèmes sont assez exigeants. En fait, même les titulaires ont souvent beaucoup de problèmes à étendre et à modifier leurs systèmes.
[22] Ce problème est semblable à celui auquel les compagnies aériennes doivent faire face car elles doivent investir fortement dans la publicité et dans la commercialisation (ainsi que dans les systèmes de réservations). Le problème sous‑jacent est que le transport aérien et les télécommunications sont tous deux des services instantanément « périssables » dans lesquels l’unité de demande est bien plus petite que l’unité d’approvisionnement. Les transporteurs doivent regrouper un grand nombre de clients et cela nécessite des campagnes de commercialisation de masse.
[23] Certains commentateurs s’inquiètent d’un engorgement de capacité, étant donné la nature des fibres optiques. Faut‑il encore que cet engorgement se développe! Les câbles à fibres optiques transcontinentaux se vendent toujours à des centaines de millions de dollars.
[24] Voir la décision 97‑9 du CRTC. Par contraste, aux États‑Unis, la productivité totale des facteurs (PTF/TFP) pour les entreprises de télécommunications a été de 3 % en moyenne par année. Voir Robert Crandall, témoignage devant le CRTC, juin 1991.
[25] Certaines preuves laissent croire que l’introduction de la concurrence a mené à un ralentissement de la croissance de la productivité à court terme. Il reste à voir si la concurrence donne lieu à une croissance plus élevée à plus long terme. Ce point est traité plus en détail ci‑après.
[26] Le fait de garder les prix de l’accès local sous le coût différentiel peut se justifier en terme de facteurs externes au réseau : plus le nombre de personnes que je peux rejoindre est élevé, plus ma connexion avec le réseau a de la valeur. Toutefois, à mesure que la vaste majorité de la population se connectait au réseau, la valeur des connexions additionnelles devenait plus petite et n’avait plus aucune importance.
[27] Cela était justifié à l’origine sur la base de la « valeur du service ». On prétendait que les clients dans les zones rurales ou dans les petits centres urbains pouvaient rejoindre un nombre inférieur de personnes dans le cadre du prix local et qu’ils devaient payer des frais interurbains pour être en mesure de rejoindre autant de personnes que les clients des centres urbains plus importants. Plus récemment, on a justifié la politique par la nécessité de garder le service téléphonique « abordable » dans les zones rurales. Bien entendu, quelques‑unes de ces zones rurales sont des régions de chalets.
[28] Diverses parties ont également réclamé le rééquilibrage des tarifs pour des raisons de bien‑être social. L’élasticité des prix en matière de demande du service interurbain se mesurait de –0,45 alors que celle du service local résidentiel était d’environ –0,01. Ainsi, le rééquilibrage augmentait de façon importante le surplus des clients. On ne sait pas, toutefois, dans quelle mesure cet argument a influencé les organismes de réglementation.
[29] Des frais de contribution qui varient de 0,4 cents à 2 cents la minute sont recueillis à chaque extrémité d’un appel interurbain. L’argent est ensuite distribué aux fournisseurs certifiés du service local, par ligne résidentielle desservie. Des montants plus élevés par ligne sont payés dans les zones rurales et déclinent à zéro dans les villes plus importantes. La subvention sera examinée en 2001 et sera probablement ciblée pour les zones ayant des coûts élevés de service.
[30] D’autres détails sont donnés ci‑après.
[31] Contrairement aux craintes de quelques groupes, les augmentations des tarifs résidentiels n’ont pas réduit le pourcentage des foyers abonnés au service téléphonique, qui reste au‑dessus de 98 % à l’échelle nationale. Toutefois, il y a encore des îlots avec des niveaux très faibles de pénétration, comme les réserves indiennes.
[32] Le tarif interurbain de base est encore réglementé, mais presque tout le trafic se fait selon des plans d’escompte.
[33] Même les appareils téléphoniques ou terminaux étaient fournis sur une base de monopole, jusqu’en 1964 aux États‑Unis et en 1980 au Canada.
[34] En outre, il y avait un certain nombre de petites compagnies de téléphone « indépendantes » qui servaient surtout des zones rurales.
[35] En 1984, selon une mesure visant à promouvoir la concurrence, l’ancien réseau de Bell a été subdivisé et on a alors établi un télécommunicateur interurbain et cinq télécommunicateurs locaux régionaux, chacun d’eux ayant l’interdiction de pénétrer dans le secteur d’activité de l’autre.
[36] La principale raison était que la concurrence réduirait les prix pour le petit nombre de gros utilisateurs aux dépens du grand nombre de petits utilisateurs qui paieraient des prix plus élevés. (Communication personnelle, John Lawrence, vice‑président, Télécommunications, CRTC).
[37] Ainsi, la concurrence dans le domaine de l’interurbain au Canada a pris une voie différente de celle des États‑Unis.
[38] À partir du milieu des années 1980, les compagnies de téléphone ont insisté auprès de l’organisme de réglementation pour qu’il leur permette de « rééquilibrer » les tarifs, de réduire les tarifs interurbains et d’avoir des augmentations compensatoires du tarif local. Cette initiative rendrait le marché de l’interurbain moins vulnérable à l’entrée.
[39] Pour les compagnies de téléphone, l’ouverture du marché de la téléphonie locale à la concurrence leur permettait, à titre de compensation, d’entrer dans le marché du câble (c’est‑à‑dire de la câblodistribution). De fait, les compagnies de câble étaient censées être les premières à pénétrer le marché de la téléphonie locale. Jusqu’à présent, il n’y a eu aucun signe de la « convergence » prévue.
[40] Par exemple, les centraux locaux dans le Nord éloigné dépendent d’un commutateur interurbain à Ottawa. Une connexion de Transit d’accès permettrait à un fournisseur de services interurbains concurrent (APLDS) avec un point de présence (POP) à Ottawa de faire acheminer le trafic par Bell Canada jusqu’à Fort Chimo.
[41] La fourniture de lignes d’accès direct était à l’origine de la concurrence dans le réseau local aux États‑Unis.
[42] Dans le cas des dispositions portant sur les lignes d’accès direct, on parle souvent de « contournement » car le trafic contourne le réseau local commuté du titulaire. Toutefois, dans de nombreux cas, la ligne d’accès direct est fournie par le titulaire et le fournisseur de services interurbains concurrent n’a qu’à remplacer un service par un autre. Cela est parfois appelé « contournement du service public ». Dans d’autres cas, le fournisseur APLDS utilise les installations fournies par une autre compagnie. On parle alors de « contournement des installations ».
[43] Ce problème était quelque peu atténué pour les gros abonnés d’affaires qui avaient leur propre commutateur privé (ou PBX) et qui pouvaient le programmer de manière à composer automatiquement les chiffres supplémentaires. Toutefois, même dans ces cas, les utilisateurs devaient attendre quelques secondes pour obtenir la connexion et cela s’est révélé inacceptable.
[44] Les abonnés qui n’avaient pas choisi un APLDS comme leur télécommunicateur préféré avaient automatiquement le titulaire comme télécommunicateur. Les nouveaux entrants ont avancé que, étant donné l’inertie des abonnés, cela avantageait indûment les titulaires. Ils voulaient que tous les abonnés choisissent activement un télécommunicateur interurbain au moyen d’un vote. Les abonnés qui n’indiquaient pas leur choix seraient attribués au hasard à un télécommunicateur, proportionnellement au nombre d’abonnés des télécommunicateurs qui avaient fait un choix positif. Un tel plan avait été utilisé aux États‑Unis. Toutefois, l’organisme de réglementation canadien n’en a pas vu la nécessité.
[45] Les subventions, et donc les tarifs de contribution, sont propres au territoire d’exploitation de chaque titulaire. Le montant de 0,5 cent la minute est pour Bell Canada. Il y a quelques compagnies indépendantes de téléphone, particulièrement dans le Québec rural, qui ont des tarifs de contribution de plus de 5 cents la minute.
[46] Le revenu moyen par minute est gardé confidentiel par les télécommunicateurs. Alors que les régimes tarifaires du marché de masse sont publics, les ententes avec les gros abonnés ne le sont pas.
[47] Les résultats de 1996 à 2000 seront disponibles au début de 2001. On ne peut pas déduire grand‑chose des revenus comptables des télécommunicateurs pour cette période puisqu’il y a eu des réductions massives de la valeur de l’actif en 1998 et en 1999, dues en partie au sous‑amortissement effectué pendant un certain nombre d’années.
[48] Le plan d’affaires d’Unitel, présenté à l’organisme de réglementation en 1990, indiquait que la compagnie allait avoir des rentrées nettes de fonds à la cinquième année, mais que l’investissement initial ne serait pas recouvré au cours de la période de quinze ans couverte par l’étude.
[49] La corporation Ledcor a bâti 48 câbles de fibres optiques le long de l’emprise du CNR, de Vancouver à Montréal. Ces fibres ont été achetées par divers télécommunicateurs.
[50] Les économies de gamme sont dues à l’utilisation de ressources conjointes, comme l’équipement, les systèmes de facturation, les forces de ventes communes ainsi que les promotions et les annonces communes pour se bâtir une image de marque.
[51] La subvention peut jouer un rôle dans certaines circonstances. Certaines compagnies de téléphone rurales peuvent chercher à s’étendre dans des territoires adjacents, par exemple Téléphone Guevremont près de St‑Hyacinthe. En outre, par une circonstance bizarre, quelques banlieues tout juste au nord de Toronto ont été classées comme semi‑rurales.
[52] La durée de cette période est actuellement à l’étude.
[53] En août 2000, l’organisme de réglementation a ordonné à une ESLT de rendre accessibles les fils à l’intérieur d’un grand bâtiment, c’est‑à‑dire les câbles à fils de cuivre allant du sous‑sol jusqu’aux locataires dans les divers étages. Ce dégroupage d’une sous‑boucle a été ordonné car il n’était pas pratique pour les concurrents qui avaient déjà une présence dans le sous‑sol d’aller jusqu’au central de l’ESLT pour s’interconnecter. Toutefois, il s’agissait d’un ordre provisoire et la question est incluse dans une procédure plus vaste.
[54] Décision 97‑8 du CRTC. Ce point a été défendu avec vigueur par David Colville, vice‑président du CRTC, à une réunion de l’industrie le 7 mai 1997.
[55] Cela est moins vrai pour la deuxième ou la troisième ligne au même emplacement. Dans ce cas, toutefois, un abonné devra obtenir la première ligne auprès de l’ESLT et les lignes additionnelles auprès d’une ESLC, ce qui peut être assez ennuyeux.
[56] Cela ajoute une demi‑seconde au temps d’établissement de la communication. Aux États‑Unis, les ESLT ont proposé de ne pas effectuer de consultation (dips) de la base de données dans les centraux où ils desservaient toujours tous les abonnés. La FCC a refusé, en disant que la différence dans le temps d’établissement de la communication donnerait aux titulaires un avantage sur les nouveaux entrants.
[57] Les ESLT ont eu l’autorisation de répercuter les coûts de la mise en oeuvre sur leurs abonnés. L’hypothèse était que l’augmentation résultante des prix des ESLT permettrait aux ESLC de recouvrer leurs coûts de mise en oeuvre, sans qu’il soit nécessaire d’avoir une approbation de réglementation formelle.
[58] Cela suppose que la téléphonie mobile est un marché distinct. Jusqu’à présent, les prix de la téléphonie mobile ont été si élevés que l’on ne pense pas qu’elle puisse remplacer la téléphonie fixe, mais plutôt qu’elle en sera un complément. Toutefois, à mesure que les prix baissent, on s’attend à ce que les deux marchés fusionnent.
[59] Les compagnies de téléphone, qui ont obtenu le droit d’offrir la télévision par câble à titre de compensation, ne sont pas entrées dans ce marché non plus.
[60] Tant que les titulaires sont forcés de tarifer le service résidentiel en dessous des coûts différentiels, la pénétration de masse est peu probable. Toutefois, le marché des affaires est attrayant de nos jours.
[61] Dans le transport ferroviaire et dans les télécommunications, le client ou l’abonné peut avoir suffisamment de trafic entre les deux points pour justifier une liaison dédiée, c’est‑à‑dire une ligne privée dans la terminologie des télécommunications. Ce type de transport ne partage pas les caractéristiques de l’industrie de réseau et il n’est pas traité dans le présent document.
[62] Les clients du transport ferroviaire moins importants utilisent le transport par camion pour accéder au chemin de fer.
[63] Cela suppose que la concurrence est souhaitable en soi, soit parce que le choix du client est l’objectif principal soit parce que l’on pense que la concurrence donnera lieu à des efficiences sur le plan dynamique et de la répartition qui surpasseront les coûts.
[64] Par exemple, un expéditeur peut envoyer son fret par camion, à une compagnie de transport ferroviaire concurrente ou à la destination finale dans certains cas.
[65] Alors que les gros abonnés des télécommunications ont donné la poussée initiale à la concurrence, ce sont les préoccupations au sujet de l’accès de la part des plus petits abonnés qui ont piloté en grande partie l’ouverture de l’accès par la réglementation.
[66] En ce qui concerne d’autres éléments, à la fois les télécommunicateurs et les transporteurs ferroviaires ont des systèmes d’information sophistiqués afin d’assurer le service à la clientèle (facturation, commandes à remplir, etc.) Toutefois, les télécommunicateurs, qui regroupent le trafic de millions d’abonnés, doivent aussi investir énormément dans la commercialisation et dans la promotion de l’image de marque auprès d’un marché de masse. Même si je n’ai pas eu vent d’études formelles, j’ai l’impression que les coûts fixes représentent un ratio beaucoup plus élevé du coût total des télécommunications que du coût total du transport ferroviaire.
[67] Par exemple, la vidéo acheminée sur Internet.
[68] Le transport du fret est en général déséquilibré : le volume de retour, le cas échéant, correspond rarement au volume de la destination principale. Dans les télécommunications, alors que le trafic vocal est bidirectionnel, le trafic de données est souvent unidirectionnel, avec des retours déséquilibrés.
[69] Dans un environnement de monopole, l’interconnexion permet également aux clients d’atteindre des destinations qui ne sont pas desservies par leur transporteur d’origine.
[70] Comme nous l’avons indiqué ci‑dessus, la partie Communication directe a été réduite de 0,7 cents à 0,3 cents ce printemps à la suite d’une entente entre les titulaires et les nouveaux entrants, entente qui a été endossée par l’organisme de réglementation. Il convient de noter que les titulaires se trouvent eux‑mêmes maintenant dans le rôle de nouveaux entrants à mesure que Bell Canada étend sa couverture dans l’ouest du Canada et Telus dans l’est du Canada.
[71] Toutefois, la disponibilité servira toujours de limite supérieure pour les frais d’interconnexion.
[72] Il y a une analogie, même imparfaite, avec les droits de circulation du transport ferroviaire.
[73] Inévitablement, dans les télécommunications, le concept a déjà donné naissance à un acronyme, soit BCPP pour « building centric provider » (fournisseur centré sur les bâtiments).
[74] Les télécommunicateurs peuvent choisir de louer entre eux les installations et les fonctionnalités, lorsque c’est efficient d’agir ainsi. Toutefois, il vaut mieux laisser de telles décisions aux forces du marché.
[75] La formule de Jumping Pound sert à établir un droit fondé sur un montant imputé pour les coûts d’exploitation, sur l’amortissement des coûts comptabilisés des installations et un taux d’épuisement de champ, sur un taux de rendement réglementé des biens non amortis (base de référence) et sur un montant imputé pour l’impôt.
[76] Les tarifs dans l’industrie gazière constituent les modalités et conditions détaillées du service. Les tarifs doivent être approuvés par l’Office.
[77] Le jour où le prix du marché du gaz en Alberta est de 5,00 $/GJ et le prix du marché à Toronto est de 7,00 $/GJ, le prix du marché de la capacité de TCPL de l’Alberta à Toronto sera de 2,00 $/GJ, même si le droit réglementé est de 1,00 $/GJ.