Le
présent rapport de recherche a été préparé à la demande du Comité d’examen
de la Loi sur les transports au
Canada. Il renferme les constatations et les opinions du(des)
auteur(s), mais ne reflète pas nécessairement les opinions du Comité
d’examen ou de ses membres.
Recherche menée pour le compte du Comité
d’examen de la Loi sur les transports
au Canada
La
restructuration des compagnies ferroviaires nord‑américaines et ses
répercussions sur la politique des fusions
reRR
R.L. Banks & Associates, Inc. Février
2001
Rapport rédigé par
La restructuration des compagnies ferroviaires
nord-américaines
et ses répercussions sur la politique des fusions
Rapport rédigé pour le
Symposium ferroviaire relatif à l’Examen de la
Loi
sur les transports au Canada
par
R.L. Banks & Associates, Inc.
Économistes et
ingénieurs des transports
1717 K St. N.W.
Washington, D.C. 20036
Winnipeg, le 27
février 2001
La restructuration des compagnies ferroviaires
nord-américaines
et ses répercussions sur la politique des fusions
Rapport rédigé pour le
Symposium ferroviaire
relatif à l’Examen de la Loi sur les
transports au Canada
par R.L. Banks &
Associates, Inc.
Winnipeg, le 27
février 2001
Table des matières
Sommaire...............................................................................................................................
Introduction.............................................................................................................................
La
surveillance bifurquée des fusions et sa suppression..........................................................
Le défi
relevé par la CELTN : Des règles propres à l’industrie du transport
ferroviaire sont‑elles nécessaires?
Préoccupations
des expéditeurs et des provinces..................................................................
Le Surface
Transportation Board connaît son moment de vérité..............................................
Restructuration
de l’industrie du transport ferroviaire au cours des dernières années....................
Canada.............................................................................................................................
États-Unis........................................................................................................................
Réduction de
l’effectif.....................................................................................................
Changement
dans les fonctions des compagnies ferroviaires.............................................
Concentration
du pouvoir................................................................................................
Croissance
des compagnies ferroviaires locales et régionales............................................
Mexique...........................................................................................................................
Raisons du
regroupement des compagnies ferroviaires..............................................................
Rationalisation
des installations..........................................................................................
Économies
d’échelle..........................................................................................................
Fusions
réactives, « cramdowns », et compagnies sur lesquelles on ne peut
compter.............
Rendement des
transporteurs ferroviaires américains de catégorie I en voie de
restructuration..
Enjeux
transfrontaliers...........................................................................................................
Restructuration
future : Les duopoles et l’intérêt public..............................................................
Structures
réglementaires canadienne et américaine................................................................
Bureau
canadien de la concurrence.....................................................................................
Réglementation
des fusions des compagnies ferroviaires avant mai 1996................................
Réglementation
des fusions des compagnies ferroviaires aux États‑Unis................................
Enjeux en
matière d’évaluation des fusions ferroviaires..............................................................
Limites des
méthodes du Bureau de la concurrence dans le cas des compagnies ferroviaires..
Les fusions
des compagnies ferroviaires et l’intérêt public.....................................................
Évaluation de
la concurrence du marché et liée aux produits.............................................
Besoin de
compétences particulières..............................................................................
Accès
concurrentiel et théorie du montant forfaitaire.........................................................
Définition du
marché visé................................................................................................
Résumé des
conclusions et des recommandations..................................................................
Annexe : La
restructuration des compagnies ferroviaires américaines selon la méthode de
concentration du marché du secrétariat à la Justice des États‑Unis.....................................................................................................
Selon son
mandat, le Comité d’examen de la Loi sur
les transports au Canada (CELTC) doit examiner notamment la mesure dans
laquelle l’actuelle structure législative et réglementaire touchant les
transports correspond aux exigences de l’intérêt public susceptibles de
découler de la restructuration de l’industrie du transport ferroviaire. Le
présent document de travail a été commandé à l’appui de ce mandat. Il passe en
revue les volets, les causes et les conséquences de cette restructuration en
Amérique du Nord au cours des deux dernières décennies, et fait état des
principales préoccupations en matière de politique suscitées par le rôle futur
du gouvernement à cet égard.
À noter
surtout la conclusion selon laquelle un regroupement plus poussé des compagnies
ferroviaires nord‑américaines ne devrait être permis que moyennant les
garanties les plus rigoureuses que la concurrence ne sera pas diminuée. Il se
pourrait fort bien que de nouveaux arrangements fournissent des occasions de
tirer parti de nouveaux marchés ainsi que des changements dans les courants
commerciaux par suite de lignes de conduite favorisant l’intégration des
économies régionales. Toutefois, toute réduction du nombre de transporteurs
ferroviaires de catégorie I pourrait être accompagnée de bons mécanismes
compensatoires, de façon que les compagnies ferroviaires restent les serviteurs
de la régionalisation, et qu’ils n’en deviennent pas les maîtres.
Au cours
des deux dernières décennies, la restructuration de l’industrie nord‑américaine
du transport ferroviaire l’a beaucoup réduite et l’a rendue plus concentrée et
efficace. Ces tendances précèdent l’adoption des dispositions législatives sur
la déréglementation, mais elles ont été accélérées par la Staggers Act des États‑Unis et, au Canada, par la LTN de 1987
et la LTC.
Au Canada,
le principal moyen de restructuration a été l’abandon de lignes et leur vente à
des compagnies ferroviaires d’intérêt local et régional. Les deux grands
transporteurs ferroviaires canadiens se sont départis de milliers de milles de
lignes non rentables, donnant ainsi naissance à des douzaines de compagnies
ferroviaires d’intérêt local et à des courants de circulation énergiquement
accrus et réorientés. Dans la mesure où il y a eu aux États‑Unis
rationalisation des installations et réduction de la main‑d’oeuvre,
jointes à des économies connexes, c’est un processus semblable – et non des
fusions – qui a été le principal catalyseur de cette tendance.
La capacité
des fusions à assurer le bien public a également été fréquemment mise en doute
après la piètre exécution de trois des cinq dernières grandes fusions de
compagnies ferroviaires nord‑américaines.
Les dispositions
législatives sur la déréglementation, et la concentration du marché, ont réduit
dans l’ensemble les prix du transport ferroviaire, mais accru les occasions
d’imposer des prix déloyaux ou injustes à un grand nombre d’expéditeurs
captifs.
Par suite
de cette situation, un grave mouvement de ressac a été constaté chez les
expéditeurs, tant au Canada qu’aux États‑Unis, qui a failli compromettre
le processus de déréglementation aussi bien que l’aptitude durable des
compagnies ferroviaires à modifier leurs réseaux respectifs de la façon la plus
propre à réagir à l’évolution des courants commerciaux et à celle des besoins
logistiques desdits expéditeurs.
Les
résultats négatifs du processus de restructuration ont forcé l’organisme de
réglementation des États‑Unis très favorable aux compagnies ferroviaires,
soit le Surface Transportation Board, 1) à examiner officiellement les
propositions d’accès concurrentiel, 2) à imposer un moratoire de
15 mois en matière de fusions de grandes compagnies ferroviaires, et
3) à réexaminer ses lignes directrices sur l’évaluation des fusions et à
proposer à leur égard des restrictions accrues sensiblement. En l’absence de
telles révisions aux règles régissant les fusions, les résultats généralement
prévus sont une nouvelle réglementation de l’industrie du transport
ferroviaire, et la création d’un duopole visant l’ensemble du continent.
À une
époque où les fusions laissent entrevoir peu d’avantages découlant de
l’efficacité opérationnelle accrue, l’importance de ceux dont bénéficient les
transporteurs grâce à la cessation d’exploitation de services concurrentiels
doit être assujettie à une vérification très attentive. Le rétablissement de
doubles relations hiérarchiques en matière de surveillance des fusions au
Canada augmenterait dûment les exigences auxquelles doivent se conformer les
éventuelles compagnies ferroviaires de catégorie I qui songent à
fusionner. Vu la gravité des décisions à prendre, qui détermineront
probablement la structure du réseau ferroviaire nord‑américain pendant
des décennies, le coût d’une circonspection accrue est certainement justifié.
La
surveillance gouvernementale du processus de restructuration exigera la mise en
application de deux séries de compétences : l’aptitude à l’analyse
concurrentielle, que possède le Bureau de la concurrence, et l’aptitude à
évaluer et à surveiller en permanence les mécanismes déployés pour protéger la
concurrence, qui sont des compétences nécessaires et particulières que possède
l’Office des transports du Canada (OTC).
En outre,
comme les regroupements multinationaux de compagnies ferroviaires peuvent être
conditionnés par les vues divergentes et peut‑être conflictuelles des
autorités canadiennes et des autorités américaines, la mise sur pied d’une
commission mixte Canada ‑ États‑Unis, ayant le pouvoir
d’éliminer les incohérences dans les décisions de fusion, devrait être
préconisée s’il y a lieu.
Le Canada devrait modifier ses règles de fusion d’une façon qui n’est ni
obstructionniste ni susceptible de codifier une structure industrielle qui se
révélera nuisible aux intérêts nationaux à long terme. Il doit donc formuler
des règles qui viseront en général à promouvoir le gradualisme, et la
réversibilité des initiatives de restructuration.
Selon son mandat,
le Comité d’examen de la Loi sur les
transports au Canada (CELTC) doit examiner notamment la mesure dans
laquelle l’actuelle structure législative et réglementaire touchant les
transports correspond aux exigences de l’intérêt public susceptibles de découler
de la restructuration de l’industrie du transport ferroviaire. Le présent
document de travail a été commandé à l’appui de ce mandat. Il passe en revue
les volets, les causes et les conséquences de cette restructuration en Amérique
du Nord au cours des deux dernières décennies, et fait état des principales
préoccupations en matière de politique suscitées par le rôle futur du
gouvernement à cet égard. À noter surtout la conclusion selon laquelle un
regroupement plus poussé des compagnies ferroviaires nord‑américaines ne
devrait être permis que moyennant les garanties les plus rigoureuses que la
concurrence ne sera pas diminuée. Il se pourrait fort bien que de nouveaux
arrangements fournissent des occasions de tirer parti de nouveaux marchés ainsi
que des changements dans les courants commerciaux par suite de lignes de
conduite favorisant l’intégration des économies régionales. Toutefois, toute
réduction du nombre de transporteurs ferroviaires de catégorie I pourrait
être accompagnée de bons mécanismes compensatoires, de façon que les compagnies
ferroviaires restent les serviteurs de la régionalisation, et qu’ils n’en
deviennent pas les maîtres. Les compagnies ferroviaires groupées devraient être
libres de proposer la nature de ces mécanismes compensatoires, mais ceux‑ci
ne devraient être approuvés qu’après un examen rigoureux en vertu de normes
prêtant toute l’attention voulue à l’intérêt public.
En 1993, la
Commission d’examen de la Loi sur les transports
nationaux (CELTN) a recommandé que la surveillance des fusions ferroviaires
ne soit confiée qu’au Bureau de la concurrence, et que les pouvoirs de l’Office
national des transports (ONT) lui soient retirés.[1] En invoquant le chevauchement inutile
des dispositions de la Loi sur la
concurrence et de celles de la Loi de
1987 sur les transports nationaux (LTN de 1987), elle s’est prononcée en
faveur des dispositions de la Loi sur la
concurrence, qu’elle jugeait meilleures que les dispositions radicales et
inutilement coûteuses de la LTN de 1987.[2] En faisant observer que les règles
particulières à l’industrie ont tendance à être élaborées à la lumière de
préoccupations transitoires, elle a formulé la conclusion suivante :
À long terme, les mécanismes de contrôle prévus
par la Loi
sur la concurrence,
notamment en matière... de fusions... pourraient s’avérer plus aptes à garantir
que la concurrence règne dans des arrangements commerciaux relatifs au
transport qu’il est impossible aujourd’hui d’anticiper. [3]
Elle a
lancé en outre le défi suivant :
Nous concluons que ceux qui préconisent des
procédures spécialisées pour stimuler la concurrence dans un mode quelconque
devraient être tenus de démontrer, premièrement, pourquoi les règles de la Loi sur la
concurrence ne
suffisent pas et, deuxièmement, pour quelle raison toute règle spécifique au
transport donnerait de meilleurs résultats.[4]
À l’origine
de la recommandation de la CELTN, qui a été incorporée par la suite dans la Loi sur les transports au Canada (LTC de
1996)[5], il y avait une vive préoccupation
quant à la durabilité à long terme du réseau ferroviaire canadien. De 1986 à
1991, le nombre de tonnes transportées par les compagnies ferroviaires
canadiennes a diminué de 2 p. 100, et la composition du trafic a
continué à évoluer, passant des marchandises de grande valeur aux marchandises
de faible valeur. Le ratio d’exploitation de l’industrie du transport
ferroviaire est tombé de 0,90 à 0,96 entre ces deux années, ce qui correspondait
à une diminution de 5 p. 100 des recettes d’exploitation, jointe à
une augmentation de 1 p. 100 des dépenses d’exploitation. En dollars
constants, ces changements ont été de -21 p. 100 et de
-15 p. 100 respectivement. En 1991, tant le CFCP (CP Rail) que le CN
ont subi des pertes, de 6,9 millions de dollars pour le premier et de
34,3 millions de dollars pour le second, qui était encore une société
d’État.[6]
L’accroissement
de la rentabilité des compagnies ferroviaires canadiennes dépendait clairement
alors, tout comme maintenant, de la réduction des frais d’exploitation. Le
principal moyen de le réaliser a été de rationaliser les installations,
processus fortement encouragé par l’abrogation des dispositions de la LTN de
1987 et de la LTC de 1996. Le régime de surveillance bipartite instauré lors de
l’adoption de la LTN de 1987 risquait de nuire à l’aptitude des fusions à
contribuer au processus de rationalisation, et il était par conséquent une
bonne cible pour le changement. En particulier, les réseaux ferroviaires
respectifs du CN et du CFCP, dans l’est du Canada, ont donné lieu à des
propositions de reconfiguration au début des années 1990.[7] (À noter qu’un résultat de
l’annulation du pouvoir d’autoriser les fusions dont bénéficiait l’ONT, manifestement
non recherché par la CELTN, a été le regroupement des réseaux respectifs du CN
et du CFCP.)[8] Toute solution pour l’est du Canada
pouvait être minée par une LTN dont la seule initiative légale était de refuser
les regroupements allant à l’encontre de l’intérêt public. Comme dans le cas de
toute délégation de pouvoir à un organisme administratif, l’absence de normes
expresses ou formelles rend le processus de prise de décisions plus sensible à
l’influence politique.
L’élimination
du pouvoir de l’ONT en matière de surveillance des fusions, qui était l’une de
plusieurs réductions du pouvoir de réglementation conféré par la LTC de 1996, a
fait également triompher le point de vue, partagé par le Bureau de la
concurrence, selon lequel les organismes de réglementation sont régulièrement
cooptés par l’industrie qu’ils réglementent.[9] Ce phénomène est bien établi. Même
ces organismes, qui sont expressément créés pour protéger les consommateurs,
ont tendance à s’écarter de leur ligne de conduite, ce qui est naturel puisque
ce sont les représentants de l’industrie réglementée, et non leurs clients, qui
interagissent régulièrement avec le personnel desdits organismes. Toutefois, le
pouvoir de l’ONT était essentiellement négatif : celui‑ci n’avait
que le pouvoir de refuser une fusion approuvée, ou susceptible de l’être, par
le Bureau de la concurrence, généralement réfractaire aux fusions. Il s’ensuit
que la préoccupation apparente résultait de ce que l’ONT pourrait, en niant la
situation ou en imposant l’inclusion, essayer de protéger des transporteurs non
rentables menacés par une fusion visant à accroître l’efficacité.
L’histoire
récente a bien mis en lumière le défi lancé par la CELNT : la Loi sur la concurrence est‑elle un
bon moyen de préserver ou d’encourager la concurrence dans l’industrie du
transport ferroviaire, ou bien faut‑il instaurer d’autres mécanismes
particuliers à cette dernière? La situation a‑t‑elle tellement
évolué? La structure organisationnelle de cette industrie l’a‑t‑elle
menée à un point où des règles fondamentalement différentes sont maintenant
appropriées? Quelles sont les préoccupations au sujet du maintien de l’actuel
mode de surveillance des fusions?
En décembre
1999, un projet de regroupement visant le CN et le BNSF a déclenché le réexamen
des lignes directrices sur les fusions applicables aux transactions effectuées
aux États‑Unis. Les lignes directrices proposées par le STB prévoient une
augmentation considérable des exigences de présentation et une enquête
approfondie comme jamais auparavant, qui visent à ralentir ou à arrêter la
restructuration de l’industrie.[10] Ce sont pour ainsi dire toutes les
règles proposées qui sont tout à fait particulières à l’industrie : il y a
peu d’analogies avec les critères, généralement applicables aux autres secteurs
de l’économie, que le secrétariat à la Justice et la Federal Trade Commission
des État‑Unis appliquent lorsqu’ils examinent les fusions. En outre,
l’intégration rapide des économies régionales et des réactions des compagnies
ferroviaires ont amené le STB à effectuer un examen sans précédent des enjeux
transfrontaliers, notamment la possibilité de demander aux nations touchées de
coordonner de concert la surveillance des fusions.
Des
modalités de surveillance particulières à l’industrie du transport ferroviaire
sont‑elles appropriées au Canada? Aucun changement n’est nécessaire,
laisse entendre le CN qui, avec le BNSF, pourrait faire une forte impression en
alléguant que le STB les avait ciblés injustement lorsqu’il a imposé un
moratoire sur les fusions et proposé de nouvelles règles. Le CN a fait au CELTC
la déclaration suivante :
Le CN ne voit aucune raison fondamentale de
réserver aux fusions ou acquisitions un traitement différent de celui qui
prévaut dans d’autres secteurs industriels. Les transactions ferroviaires sont
soumises à la législation générale en matière de concurrence depuis des
décennies.... Dans le passé, le Parlement n’a assigné un rôle dans l’examen des
fusions aux ministres fédéraux concernés que dans le cas où l’on avait constaté
une véritable opposition du public à un important projet de fusion. Le Canadien
National ne présenterait aucune opposition à une modification à la Loi sur la
concurrence en vue de
confier au ministre des Transports le pouvoir de faire des représentations
auprès du Commissaire du Bureau de la concurrence lorsque le public s’oppose à
un projet de transaction dans le secteur ferroviaire. Le Canadien National ne
s’opposerait pas non plus à une autre modification à la Loi sur la
concurrence visant à
exiger du Commissaire qu’il tienne compte de l’opinion du ministre.[11]
Quels que
soient les autres mérites de la position du CN, sa reconnaissance du fait que
la prise en compte des vues du ministre des Transports pourrait être exigée par
la loi ne saurait être considérée comme significative. Le CN est certainement
au courant de l’inefficacité totale d’exigences semblables aux États‑Unis,
où les organismes concernés sont en désaccord.[12]
Les
expéditeurs canadiens ont été prompts à signaler l’épisode CN – BNSF
comme une raison de réexaminer le régime de réglementation. Le Conseil canadien
des expéditeurs a formulé la plainte suivante :
Il est ironique de constater que les
représentations des expéditeurs relativement à cette fusion proposée [CN‑BNSF] étaient adressées au STB des États‑Unis,
parce que l’Office n’avait aucune compétence pour s’occuper de la question...
Il a
recommandé ce qui suit :
Les dispositions de la partie VII de la
LTN de 1987 devraient être rétablies, et augmentées s’il y a lieu pour faire
état de regroupements du type proposé par la transaction CN‑BNSF et par
toutes autres transactions résultant en une fusion ou un regroupement, quelle
qu’en soit la structure.[13]
Un certain
nombre d’autres intervenants provinciaux et d’autres expéditeurs ont indiqué
que des changements devaient être apportés; le ministère des Transports et de
la Voirie de la Colombie‑Britannique a recommandé une surveillance
bipartite OTC‑Bureau de la concurrence[14], tout comme l’Association
canadienne des fabricants de produits chimiques (ACFPC).[15] La Saskatchewan a recommandé, outre
un nouvel article de la LTC révisée qui prévoirait l’examen de questions
relatives à la concurrence ferroviaire en réaction aux projets de fusion de
compagnies ferroviaires de catégorie I, la mise sur pied d’une commission
mixte qui réunirait des représentants du Surface Transportation Board des États‑Unis
et de l’OTC et/ou du Bureau de la concurrence, pour discuter de questions de
procédure, dans le cas où ces fusions proposées viseraient une compagnie
ferroviaire américaine.[16]
Il ne fait
pas de doute que ces parties non ferroviaires ont décelé un souci authentique
de l’intérêt public, qui justifierait l’intervention de l’OTC ou du Ministre
relativement à d’éventuelles fusions de compagnies ferroviaires de
catégorie I. Pour certaines, très imprécises, l’étendue de leur désir de
freiner les initiatives de fusion reflète la frustration des expéditeurs aux
prises avec de piètres services ferroviaires et des prix différentiels, deux
facteurs qui ont peut‑être très peu à voir avec le regroupement
ferroviaire comme tel. Pourquoi un lien si faible? Parce que ces problèmes
précèdent la récente série de fusions; la piètre qualité des services est un
fléau pour les expéditeurs ferroviaires depuis plus d’un siècle – la première
plainte dont l’ICC a été saisie, en 1887, portait sur l’approvisionnement en matériel
–, et les compagnies ferroviaires elles‑mêmes ont étudié et réétudié ce
problème avec au mieux un succès limité.[17] De plus, les graves perturbations
des services, qui ont résulté des transactions entre le Union Pacific, le
Southern Pacific (UP‑SP) et Conrail, et qui ont énergisé derechef les
expéditeurs, étaient très probablement des problèmes temporaires allant de pair
avec cette fusion, et non des preuves de déséconomies d’échelle inhérentes aux
réseaux d’une telle ampleur.
Mais dans
l’esprit des expéditeurs, le fait d’associer de piètres services à une
situation de monopole est tout à fait naturel. Dans une étude sur la qualité
des services ferroviaires au cours de la période de 1990 à 1996 inclusivement,
commandée par le Congrès, le General Accounting Office (GAO) des États‑Unis,
une division de recherche indépendante de ce dernier, a signalé que les
compagnies ferroviaires déclaraient avec insistance que les niveaux de services
étaient « satisfaisants » malgré un profond mécontentement des
expéditeurs.[18] En règle générale, c’est le point
de vue des clients qui détermine si un service est « satisfaisant ».
Si un client trouve que le service qui lui est fourni est insatisfaisant, il
s’arrangera pour trouver un autre fournisseur. C’est l’énorme frustration de ne
pas pouvoir bénéficier de services ferroviaires concurrentiels qui augmente les
exigences en matière d’accès concurrentiel, c’est‑à‑dire la
possibilité d’avoir recours à un autre transporteur pour briser tout monopole
ferroviaire local. Mais sauf dans le cas d’un regroupement du CN et du CFCP, il
est peu probable que des fusions créeront un plus grand nombre d’expéditeurs
captifs au Canada.[19]
À la
lumière de l’activité de restructuration menée au cours des cinq dernières
années par le STB et par l’organisme qui l’a précédé, on peut juger du
revirement stratégique dudit STB. La dernière action importante de l’Interstate
Commerce Commission, avant que celle‑ci soit éliminée graduellement et
que ses responsabilités soient confiées au STB, a été d’approuver la fusion du
Burlington Northern Railroad et de l’Atchison Topeka & Santa Fe Railway
Company, qui est entrée en vigueur en octobre 1995. Le STB, qui a été établi le
29 décembre 1995, a été confronté à la demande de fusion entre le
Union Pacific Railway et le Southern Pacific Railway déjà présentée. Il l’a
approuvée à l’unanimité en 1996, et la fusion a pris effet le mois suivant.
Toute opposition à cette dernière a virtuellement été écartée, et pour bon
nombre d’observateurs, le STB a donné l’impression d’être un promoteur plutôt
qu’un arbitre impartial. La prise de contrôle de Conrail par la NS et par la
CSX a été approuvée en juillet 1998, et elle est entrée en vigueur le 1er juin 1999.
Quant à la fusion du CN avec l’IC, approuvée en mai 1999, elle a été instaurée
par étapes, presque tout de suite après.
Entre
l’annonce de la fusion du CN et du BN annoncée en décembre 1999, et le mois de mars
suivant, le STB a été amené à déclarer ce qui suit :
Nous avons adopté notre réglementation
actuelle sur les fusions peu après l’adoption de la Staggers Act de 1980.... Cette réglementation,
qui visait à encourager les chemins de fer à formuler des propositions qui
aideraient à rationaliser la capacité excédentaire dans la mesure où il n’y
aurait aucune atteinte à la concurrence, à l’accès aux services essentiels et à
d’autres objectifs d’intérêt public, était une réaction juste et concertée aux
graves problèmes avec lesquels les chemins de fer et leurs clients étaient
alors aux prises....
Nous avons largement atteint nos
objectifs. Il ne semble pas y avoir d’avantages marqués, en matière d’intérêt
public, à réduire ou à rationaliser encore les réseaux ferroviaires, car il ne
reste pas grand‑chose à faire à cet égard. En fait, le principal problème
auquel font face les chemins de fer, c’est‑à‑dire l’accroissement
de la rentabilité grâce à l’amélioration du service à la clientèle, a trait au
développement de l’infrastructure insuffisante, et non à l’élimination de la
surcapacité.[20]
L’industrie
nord‑américaine du transport ferroviaire a fait l’objet d’une
restructuration importante au cours des 20 dernières années, mais les
intervenants ont manifestement été différents dans chacun des trois pays
signataires de l’Accord de libre‑échange nord‑américain (ALÉNA).
Ces changements sont généralement dans la lignée de tendances qui datent de
loin, même si dans certains cas, celles‑ci ont été accélérées depuis la
déréglementation des compagnies ferroviaires aux États‑Unis, en 1980, et
depuis les modifications apportées à la législation canadienne des transports,
en 1987.
Les deux
grands transporteurs ferroviaires canadiens se sont débarrassés de milliers de
milles de lignes non rentables, donnant ainsi naissance à des douzaines de
compagnies ferroviaires d’intérêt local, et réorientant énergiquement les
courants de circulation pour tirer parti du commerce hémisphérique accru.
Pour
assurer cette restructuration, un certain nombre de lois ont notamment été
édictées et un certain nombre de traités internationaux ont été ratifiés. La
LNT de 1987 prévoyait que jusqu’à 4 p. 100 des lignes du CN et du
CFCP seraient abandonnées chaque année, ce qui allait permettre de rationaliser
les installations excédentaires. L’Accord de libre‑échange entre le
Canada et les États‑Unis (ALÉ), adopté en 1989, même si les services
ferroviaires y étaient expressément soustraits, et l’entrée en vigueur de
l’ALENA en 1994, ont réduit sensiblement les obstacles à la circulation
transfrontalière du capital, des produits et des services.[21] Le budget de février 1995 a
véritablement joué un rôle de catalyseur, ayant éliminé les subventions au
transport ferroviaire des marchandises, tout comme le rôle joué par la
privatisation du Canadien National qui a eu lieu la même année, et par
l’adoption de la LTC en 1996, qui a éliminé le contingentement relatif aux cessions
d’embranchements et favorisé la croissance d’une industrie du transport
ferroviaire d’intérêt local (courtes lignes).
Comme l’a
signalé Statistique Canada :
Le tonnage des marchandises transportées par
les sociétés ferroviaires au Canada a augmenté de 21,1 % entre 1993 et
1998... Le rôle stratégique que les sociétés ferroviaires ont déjà joué dans le
développement de l’économie canadienne a diminué avec le temps, à mesure que
d’autres modes de transport se sont développés et que les gouvernements ont
retiré ou réduit leur soutien à des lignes de chemin de fer non rentables. Des
sociétés ferroviaires en manque de liquidités, qui faisaient aussi face à un
problème d’excédent de capacité, se sont efforcées de rationaliser leurs lignes
de chemin de fer. La Loi de 1987 sur les transports nationaux prévoyait la rationalisation, mais
celle‑ci s’est effectuée plutôt lentement en raison de certaines
restrictions concernant l’abandon des voies ferrées ou le transfert de lignes.
La nouvelle Loi sur les transports au Canada, adoptée en juillet 1996, a accéléré le
processus d’abandon et d’acquisition des voies excédentaires par des
transporteurs ferroviaires sur de courtes distances.... La longueur des voies
exploitées a diminué de façon constante au cours de la période observée. La
longueur totale de ces voies, qui comprennent les voies possédées, louées et
partagées, a diminué de 13,3 %, tombant de 85 000 km en 1993 à
73 000 km en 1998. Le CN et le CP ont ensemble exploité 20,3 %
de voies de moins, tandis que les transporteurs sur de courtes distances en ont
exploité 32,7 % de plus. Cette hausse rend compte de la croissance des
sociétés ferroviaires sur de courtes distances au Canada. [22]
La
croissance de l’industrie ferroviaire d’intérêt local (courtes distances), qui
a eu lieu sur le tard au Canada, donne l’occasion de tirer parti de deux
modèles économiques très différents dans le domaine des chemins de fer. Non
assujettis à des règles d’exploitation restrictives, et avantagés par des
structures salariales moindres, ces compagnies ferroviaires peuvent exercer
leur activité avec beaucoup plus de souplesse que leurs homologues de
catégorie I, et assurer à leurs clients en direct des services qui
dépassent de loin la capacité ou les modes d’exploitation types des grandes
compagnies ferroviaires. Mais d’autre part, les transporteurs ferroviaires de
catégorie I peuvent dorénavant se concentrer sur le transport de grandes
quantités de marchandises sur de longues distances, en comptant énormément sur
les compagnies ferroviaires d’intérêt local pour la prestation du service
affluent. Environ 35 compagnies ferroviaires d’intérêt local ont été
créées depuis l’adoption de la LTC de 1996, soit plus du triple de celles qui
avaient été mises sur pied pendant la période d’effet de la LTN de 1987. Elles
exploitent environ 20 p. 100 des voies ferrées canadiennes, et c’est
sur leurs lignes qu’aboutit ou prend son origine un pourcentage comparable du
tonnage transporté par chemin de fer au Canada.
En réaction
à l’effondrement du Penn Central et d’une flopée d’autres compagnies
ferroviaires du nord‑est des États‑Unis, le Congrès a adopté la Staggers Act en 1980, pour rétablir la
rentabilité de l’industrie du transport ferroviaire. Il a maintenu le pouvoir
de l’ICC de décider du sort réservé aux demandes de fusion. La Staggers Act établissait également des
normes moins rigoureuses en matière d’unification de petites compagnies
ferroviaires. En 1981, l’ICC a décidé que l’intérêt public consistait à « équilibrer
les avantages éventuels pour les demandeurs et pour la population et les
préjudices éventuels causés à cette dernière ». En 1982, elle a cessé
d’imposer des conditions protégeant le trafic des compagnies ferroviaires qui
subissaient le contrecoup d’une fusion. Elle a découragé la présentation de
demandes de fusions parallèles réduisant les solutions de rechange pour les
expéditeurs, et rejeté les transactions financières qui n’intégraient pas la
gestion et l’exploitation.
La
restructuration de l’industrie du transport ferroviaire a compris notamment les
volets suivants :
·
la
réduction de la capacité excédentaire grâce à la diminution des installations
fixes, du matériel roulant et de l’effectif;
·
la
redistribution des fonctions ferroviaires, par exemple la modification du
niveau d’investissement dans les wagons au profit de tiers propriétaires,
notamment de clients des compagnies ferroviaires;
·
le
regroupement des principales compagnies ferroviaires de façon à augmenter très
sensiblement la concentration du pouvoir;
·
l’augmentation
du nombre de compagnies ferroviaires locales et régionales (service affluent)
grâce à la vente de lignes peu rentables.
D’autres
éléments du processus de restructuration sont notamment la réduction du temps nécessaire
à la propriété transfrontalière et à l’exploitation courante, ainsi que
l’accroissement du nombre d’installations partagées, en tant que conditions de
fusion et d’acquisition.
La
restructuration des compagnies ferroviaires a créé un certain paradoxe. D’une
part, l’industrie est caractérisée par quelques « super » ou
« méga » compagnies ferroviaires des plus efficaces, ce qui va de
pair avec une importante concentration du pouvoir. D’autre part, la propriété
des voies, l’investissement dans le matériel roulant, et les frais
d’exploitation sont dorénavant le fait de centaines de nouveaux chemins de fer
locaux et régionaux, d’expéditeurs et de destinataires, de courtiers en
transport et d’autres fournisseurs de wagons, ce qui a parfois des répercussions
transfrontalières. Il s’ensuit qu’au cours des 20 dernières années, de
plus en plus d’entités commerciales de l’ensemble du Canada et des États‑Unis
en sont venues à compter sur un plus petit nombre de compagnies ferroviaires.
En substance, la liste des clients des compagnies ferroviaires s’est allongée
de façon à comprendre non seulement ceux qui expédient et reçoivent des
produits, mais aussi ceux qui investissent dans un segment de ce qui était
auparavant l’industrie du transport ferroviaire, ou qui l’exploitent, notamment
plusieurs centaines de compagnies ferroviaires locales et régionales, dont la
plupart assurent la correspondance avec une seule grande compagnie ferroviaire
de catégorie I.
Le
développement des chemins de fer a toujours reçu un appui important du public,
en particulier les droits d’expropriation, les concessions massives de terrains
et l’aide financière directe. Aiguillonnée par la concurrence régionale, au
début des années 1900 l’industrie du transport ferroviaire a grossi
jusqu’à devenir un réseau surabondant, inefficace et labyrinthique d’activités
non coordonnées, qui a atteint un sommet en juin 1916. Mais l’expérience
acquise par le gouvernement fédéral des États‑Unis en matière de
nationalisation du réseau ferroviaire, pendant la Première Guerre mondiale, a
mené à l’adoption de la Transportation
Act de 1920, qui a mis l’accent sur la rentabilité et sur la nécessité d’un
réseau intégré d’activités ferroviaires. Cette loi a légitimé ce qu’exigeaient
les bons principes économiques, soit la rationalisation de l’industrie.
La
réduction de l’effectif de l’industrie du transport ferroviaire (compagnies
ferroviaires de catégorie I) entre les années de pointe et 1999 a été
considérable. Au fur et à mesure qu’augmentait la concurrence de l’automobile,
les compagnies ferroviaires étaient soumises à des pressions visant à les
amener à fusionner, à abandonner des lignes peu rentables et, dans certains
cas, à déclarer faillite. Comme le montre le tableau 1, tandis que la
réduction antérieure à 1980 était régulière et substantielle, celle qui a suivi
s’est accélérée. En outre, la réduction d’effectif antérieure à 1980 n’a pas
modifié radicalement la répartition des services ferroviaires. Comme nous le
verrons plus loin, la transition des services ferroviaires à des services non
ferroviaires s’est accélérée elle aussi après 1980.
Tableau 1
Regroupement des compagnies ferroviaires américaines de catégorie I
|
|
Compagnies ferroviaires américaines de
catégorie I |
||
|
Années |
Milles de lignes possédées
(milliers) |
Nombres de compagnies ferroviaires |
Nombres d’employés (milliers) |
|
1929 |
230 |
162 |
1 661 |
|
1955 |
211 |
126 |
1 015 |
|
1970 |
196 |
73 |
566 |
|
|
|
|
|
|
1980 |
165 |
36 |
458 |
|
1985 |
146 |
23 |
302 |
|
1990 |
120 |
14 |
216 |
|
1995 |
108 |
11 |
188 |
|
1999 |
99 |
7 |
178 |
Source : Association of American Railroads
Bien qu’une
multitude de fonctions ferroviaires soient dorénavant le fait d’autres parties
non traditionnelles, comme le chargement et le déchargement accrus par les
expéditeurs, la commercialisation par les courtiers en transport et les
services assurés par les transporteurs par eau, l’évolution principale de ces
fonctions est axée sur deux phénomènes, à savoir 1) l’énorme augmentation
du trafic intermodal visant les transporteurs routiers; 2) l’évolution de
la propriété des wagons, celle‑ci passant des compagnies ferroviaires de
catégorie I à d’autres parties. Le trafic intermodal (remorques et
conteneurs) est passé de trois millions d’unités en 1980 à neuf millions
d’unités en 1999. Une grande partie de ce trafic a été commercialisé par des
sociétés de camionnage et des courtiers en transport. De plus, cette initiative
a éliminé le chargement et le déchargement ferroviaires, l’enlèvement et la
livraison, ainsi qu’un certain nombre de fonctions administratives.
Le deuxième
changement important dans la prestation des services ferroviaires est indiqué
clairement par le pourcentage de plus en plus réduit du parc de wagons
appartenant aux compagnies ferroviaires de catégorie I. Comme le montre le
tableau 2, ces dernières, qui possédaient 68 p. 100 du parc de
wagons en 1980, n’en avaient plus que 42 p. 100 en 1999. Même si
cette baisse est attribuable dans une certaine mesure à la réduction du
matériel roulant des compagnies ferroviaires de catégorie I et à
l’augmentation du nombre de chemins de fer locaux et régionaux, elle s’explique
également par le nombre de plus en plus grand de wagons appartenant à des
sociétés de crédit‑bail ferroviaires et à des sociétés propriétaires de
wagons, ainsi qu’à des expéditeurs. Ces sociétés et ces expéditeurs, par
exemple, possédaient 441 000 wagons en 1980, chiffre qui est passé à
663 000 en 1999. Ces 222 000 wagons supplémentaires dépassent
parfois de dix fois l’augmentation des parcs de wagons des chemins de fer
locaux et régionaux entre 1980 et 1999.
Tableau 2
|
Wagons de marchandises en service aux États-Unis |
||||
|
Années |
Compagnies
ferroviaires de catégorie I |
Autres |
Wagons de marchandises |
Compagnies ferroviaires de catégorie I en pourcentage du total |
|
1980 |
1 168 114 |
542 713 |
1 710 827 |
68 % |
|
1985 |
867 070 |
554 616 |
1 421 686 |
61 |
|
1990 |
658 902 |
553 359 |
1 212 261 |
54 |
|
1995 |
583 486 |
635 441 |
1 218 927 |
48 |
|
1999 |
579 140 |
789 696 |
1 368 836 |
42 |
|
1980-99 |
- 50,4 % |
45,5 % |
- 20,0 % |
|
Source : Association of American Railroads
L’un des
changements les plus retentissants dans la structure de l’industrie du
transport ferroviaire, depuis 1980, a été la concentration accrue des
opérations et du pouvoir entre un nombre relativement faible de compagnies
ferroviaires. La concentration du trafic entre les quatre compagnies
ferroviaires principales était restée relativement stable entre 1929 et 1969
(environ 25 p. 100), puis elle était passée graduellement à
43 p. 100 en 1980. Mais pendant la période qui a suivi, le
pourcentage de concentration a plus que doublé. Comme le montre le
tableau 3, en 1999 les quatre plus grandes compagnies ferroviaires ont
acheminé 95 p. 100 du trafic. Cette hausse substantielle a découlé de
l’acquisition de sociétés importantes par d’autres grandes compagnies
ferroviaires; à noter surtout 1) l’achat du Santa Fe Railway par le
Burlington Northern en 1995, 2) l’acquisition du Southern Pacific par le
Union Pacific en 1996, et 3) la prise de contrôle de Conrail par la CSX et
le Norfolk Southern, en 1999. D’autres fusions de compagnies ferroviaires
importantes ont eu lieu au début des années 1980.
Tableau 3
Concentration des compagnies ferroviaires américaines de catégorie I, de
1929 à 1999
|
Années |
Nombres de compagnies ferroviaires
de catégorie I |
Pourcentages de tonnes-milles transportées par les quatre compagnies
ferroviaires principales |
|
1929 |
162 |
23 % |
|
1940 |
134 |
27 |
|
1950 |
129 |
25 |
|
1960 |
109 |
25 |
|
1970 |
73 |
34 |
|
|
|
|
|
1980 |
36 |
43 |
|
1985 |
23 |
47 |
|
1990 |
14 |
66 |
|
1995 |
11 |
69 |
|
1999 |
7 |
95 |
Source : Association of American Railroads
L’abandon à
long terme de voies ferrées s’est poursuivi au cours des deux dernières
décennies, mais une partie importante des voies qui autrement auraient pu être
mises au rancart a été vendue à des exploitants ferroviaires locaux et
régionaux. Comme le montre le tableau 4, 433 nouvelles compagnies
ferroviaires locales et régionales ont été créées aux États‑Unis depuis
1980, ce qui représente 32 810 milles de voies en exploitation
directe. Même si certaines d’entre elles ont depuis cessé leurs activités, il y
avait au total, en 1999, 550 compagnies ferroviaires locales et régionales
nouvelles ou déjà existantes, qui représentaient 26 p. 100 des milles
de voies possédés et 29 p. 100 des milles de voies exploités. Mais
ces petits transporteurs ferroviaires ne justifiaient que de
18 p. 100 du nombre de wagons complets acheminés par l’industrie, et
tout juste de 9 p. 100 du total des recettes‑marchandises.
Tableau 4
|
Nouvelles compagnies ferroviaires locales et régionales |
||
|
Années |
Nombres |
Milles de voies en propriété |
|
1980-84 |
79 |
2 614 |
|
1985-89 |
139 |
14 495 |
|
1990-94 |
103 |
8 549 |
|
1995-99(est.) |
112 |
7 152 |
|
Totaux |
433 |
32 810 |
Source : Association of American Railroads
Comme aux
États‑Unis (Conrail) et au Canada (le CN), la restructuration ferroviaire
mexicaine a comporté le regroupement d’une foule de lignes déficitaires en une
unique entité appuyée par le gouvernement, suivi de la privatisation d’un
réseau revigoré. Les Ferrocariles Nacionales de Mexico (FNM ou Ferronales), qui
ont inauguré leur première grande ligne en 1873 (de Veracruz à Mexico), ont
englobé, pendant la période de 1982 à 1987, les quatre autres réseaux
ferroviaires publics mexicains.
Vers la fin
des années 1980, le contrôle des déficits importants et croissants des
FNM, qui dépassaient parfois les 600 millions de dollars américains par
année, était devenu une préoccupation majeure du gouvernement; il était devenu
manifeste que tout espoir des Ferronales de devenir autosuffisants était
tributaire de changements d’envergure qui donneraient à cette compagnie le
loisir d’exploiter ses services sur une base plus commerciale. Parmi les
contraintes auxquelles elle faisait face, il y avait les restrictions en
matière de politique tarifaire des compagnies ferroviaires : toute
modification de tarif devait être ratifiée par le gouvernement, ce qui limitait
grandement l’aptitude de ladite compagnie à concurrencer le camionnage. Au
chapitre des coûts, la main‑d’oeuvre était un obstacle important puisque
avec quelque 80 000 employés, les Ferronales avaient un rendement par
employé équivalant à seulement 10 p. 100 de celui des compagnies
ferroviaires américaines. Ils étaient donc grandement handicapés quant à leur
aptitude à mettre à pied ou congédier des employés, les seuls motifs de renvoi
possibles étant la désertion, la consommation d’alcool ou de drogues, le goût
de la bagarre et l’indécence.
La
privatisation des FNM s’est déroulée en plusieurs étapes. Une série de
« convenios » – accords entre la Compagnie et le gouvernement – ont
été conclus à compter de 1985, et ils visaient à l’auto-suffisance financière
de cette dernière avant 1988, puis peu à peu avant des dates ultérieures.
Toutefois, comme le ratio d’exploitation des FNM est passé de 95 en 1984 à 129
en 1988, soit une augmentation sensationnelle, il est devenu évident que
d’autres mesures étaient nécessaires. L’impartition des services de soutien, en
particulier de l’entretien du matériel, a débuté en 1994; des concessions ont
été adjugées rapidement dans trois des cinq divisions d’exploitation de la
Compagnie.
Avec la
ratification de l’ALÉNA, le réseau ferroviaire mexicain est devenu attrayant
pour les investisseurs étrangers. Le trafic a commencé immédiatement à
augmenter sur le réseau des FNM, et, à compter de 1996, le gouvernement du
Mexique a entamé le processus d’adjudication du droit d’exploiter des services
sur des tronçons de l’infrastructure de la Compagnie. De grandes compagnies
ferroviaires américaines ont acheté une participation minoritaire dans les
opérations concédées, qui devaient, en vertu de la loi, demeurer sous le
contrôle de ressortissants mexicains. La Transportación Ferroviaria Mexicana
(TFM), affiliée à la compagnie KCS, exploite maintenant les 4 200 kilomètres
de voies du Northeast Railway, qui vont de Laredo (Texas) à Mexico, et
collabore avec l’alliance CN‑IC‑KCS, même si elle ne lui est pas
rattachée officiellement. (Par exemple, le personnel du CN en poste au Mexique
effectue des ventes conjointes spécifiques‑client avec les compagnies KCS
et TFM.) Le réseau Pacifique‑Nord de la Ferromex, d’une longueur de
6 500 kilomètres, se rend jusqu’à de multiples points de passage
frontalier, et il a contribué à augmenter les capacités intermodales sur le plan
international. La Ferrosur, troisième et dernier transporteur ferroviaire
indépendant, a commencé à exercer son activité à la fin de 1998, et elle
dessert le centre du Mexique.
Dans toute industrie,
les chemins de fer y compris, les buts stratégiques des fusions recherchées
sont d’obtenir un ensemble quelconque de synergies intersociétés et de
puissance commerciale accrue. Le gouvernement a tout intérêt à s’assurer que
les avantages publics et privés de ces synergies, en particulier ceux qui se
traduisent par la réduction des coûts de même que par des innovations plus
efficaces en matière de développement et de déploiement, l’emportent sur les
inconvénients publics d’une concurrence réduite.
La
politique gouvernementale a fait la promotion du regroupement de compagnies
ferroviaires, avec plus ou moins d’intensité, depuis le tout début du XXe siècle.
La U.S. Transportation Act de 1920 a donné
son aval aux fusions en tant que moyen de réduire la surcapacité du réseau,
position dont le bien‑fondé a été mis en doute mais qui n’a jamais été
renversée jusqu’à ce que le STB en arrive à la conclusion, en mars 2000,
que la politique des fusions établie par le Congrès au cours des
années 1970 était devenue contre‑productive, et qu’elle ne
favorisait plus l’intérêt public.[23]
La
justification publique des fusions a généralement été la réalisation
d’économies diverses. Les candidats à une fusion ont toujours allégué que ce
regroupement allait entraîner une structure de coûts moindre grâce à l’abandon
d’installations faisant double emploi ou excédentaires, et à une meilleure
utilisation de celles qui seraient conservées. Les économies d’exploitation résultant
des circuits réduits, des opérations terminales combinées, de la réduction et
du jumelage des voies, etc., ont été au nombre des avantages que les fusions
alléguées comme étant d’intérêt public doivent avoir de bonnes chances de
produire pour bénéficier de l’approbation réglementaire. Les règles proposées
par le STB décrivent ces avantages éventuels comme suit (traduction) :
Par. 1180.1c)(1) : Avantages éventuels. En
éliminant les obstacles monétaires aux transactions entre sociétés, en
augmentant le rendement de l’investissement et en permettant aux transporteurs
de réduire les coûts grâce à des économies d’échelle, des économies d’envergure
et des économies de densité, les fusions peuvent entraîner d’importants
avantages pour le public, comme de meilleurs services, une concurrence accrue
et une plus grande efficacité économique. Elles peuvent améliorer les finances
et les activités d’un transporteur.[24]
Dans le
passé, ces avantages ont été faibles ou illusoires.[25] Il ne fait pas de doute que la
densité du trafic sur les lignes fait diminuer les coûts, compte tenu de la
prise de certaines mesures importantes lorsque la capacité est atteinte.
Toutefois, on peut souvent profiter pleinement des économies de densité en
prenant des mesures moins draconiennes qu’une fusion.[26] La libre poursuite des économies de
densité, l’étalement des frais d’infrastructure fixes en fonction d’un trafic
accru, peuvent avoir deux conséquences négatives mais opposées. Tout d’abord,
comme l’a démontré l’« implosion » UP‑SP, la détermination de
la capacité de l’infrastructure n’est pas une science exacte, pas plus
d’ailleurs que l’évaluation de la demande future. Lorsque la capacité et la
demande sont mal assorties, c’est‑à‑dire que la capacité ne vas pas
de pair avec la demande, la congestion qui en résulte peut jeter rapidement le
chaos dans tout un réseau. Deuxièmement, les avantages d’une stratégie
consistant à rationaliser les lignes à faible densité de circulation sont
autolimitatifs; l’élimination de services affluents contribue à réduire la densité sur les grandes
lignes. C’est pourquoi on a modifié la politique ferroviaire et
gouvernementale, qui, au lieu de favoriser les abandons de lignes, a préconisé
dans toute la mesure du possible la cession de ces dernières à des transporteurs
ferroviaires d’intérêt local (courtes distances). Mais le traitement réservé à
ces compagnies ferroviaires après leur création est devenu très préoccupant.
Dans l’avenir, l’aptitude à les financer sera tributaire de leur capacité de
maintenir une certaine indépendance par rapport aux compagnies ferroviaires de
catégorie I qui assurent la liaison, et on peut s’attendre à ce que les
prix d’achat d’embranchements « captifs» reflètent directement les
garanties de service et de prix fournies par ces derniers.
Dans les
circonstances, comme les occasions de rationaliser les installations sont avant
tout tributaires des fusions parallèles, et que la structure actuelle des
compagnies ferroviaires au Canada et aux États‑Unis peut être
caractérisée comme un triple duopole – le CN et le CFCP au Canada, le BNSF et
le UP dans l’ouest des États‑Unis, ainsi que la CSX et le NS dans l’Est
–, il n’y a aucune autre fusion importante qui puisse déboucher sur une
rationalisation à grande échelle des installations sans engendrer également de
grands monopoles ferroviaires.
Même encore
plus aléatoire que le potentiel des fusions d’assurer des économies de densité,
il y a la capacité des fusions de produire des économies en matière
d’organisation ferroviaire. Le rendement du KCS et de l’IC au sommet de
l’industrie américaine des compagnies ferroviaires de catégorie I, au
cours des années récentes, met clairement en lumière la question de l’existence
même de telles économies. En 1961, Kent Healy a découvert des déséconomies
d’échelle manifestes dans les compagnies ferroviaires comptant plus de
10 000 employés.[27] Cette conclusion a été contestée,
Frank Wilner soutenant que l’expérience avait démontré l’inexactitude grossière
de ces assertions[28], déclaration écrite au moment‑même
où les malheurs des UP‑SP et Conrail allaient commencer. En fait, les
observations de Healy – lisez‑les attentivement – étaient et sont
toujours tout à fait justifiables. Il n’a pas rejeté l’idée d’économies de
densité – la relation entre le volume de trafic particulier à une ligne et
l’efficacité opérationnelle n’est pas contestée –, mais il a effectivement mis
en doute la tendance des gros organismes à éloigner leur direction de leurs
clients, et leur direction des effectifs sur le terrain. La bureaucratisation
est source d’inefficacité, de désaffection des expéditeurs, et d’autres
calamités, qui étaient bien évidentes, en particulier dans le cas de la fusion
UP‑SP. La fusion relativement efficace entre le CN et l’IC, comme le CN
l’a signalé à maintes reprises, a eu des avantages en partie à cause d’une
stratégie bien planifiée de centralisation et de décentralisation
contemporaines des fonctions. On a tenté consciemment de faire en sorte que les
personnes exerçant la plupart des fonctions de commercialisation restent à
l’écoute de la clientèle, et les fonctions susceptibles de profiter d’économies
d’échelle, comme l’achat et l’administration, ont été regroupées.[29] Le CN et l’IC ont également été
confrontés à un défi bien moins important au cours de la phase de mise en
oeuvre de la fusion, c’est‑à‑dire qu’ils n’ont pas dû englober un
réseau étendu et en grande partie décrépit comme celui du UP, ni intégrer des
systèmes le premier jour d’exploitation qui a suivi la fusion, tâche sans
précédent à laquelle le NS et la CSX ont dû faire face.
Une raison
légitime de chercher à réaliser des fusions est notamment le repositionnement
des transporteurs ferroviaires pour leur permettre de tenir compte des
changements dans les courants commerciaux, motivation évidente tant dans les
projets de fusion réalisés du CN que dans ses projets de fusion qui ont échoué,
et pour accroître les possibilités en matière de service assuré par un seul
transporteur. L’industrie nord‑américaine du transport ferroviaire comprend
plusieurs grands réseaux qui se chevauchent et qui sont interconnectés, ce qui
entraîne une concurrence acharnée ainsi que de fortes exigences de
collaboration entre transporteurs pour donner une étendue géographique aux
zones de service. Les réseaux routiers, d’autre part, ne sont pas
interdépendants, de sorte que les camions ont accès à tous les points d’origine
et de destination possibles grâce à l’infrastructure fournie par le
gouvernement. Les entrepreneurs en camionnage jouissent ainsi d’avantages
considérables en matière d’exploitation (et de cheminement de l’information),
dont les compagnies ferroviaires ne peuvent pas bénéficier à cause de leur
infrastructure géographiquement restreinte. Les transports qui exigent une
haute qualité du service et qui s’effectuent sur de grandes distances sont
enlevés aux compagnies ferroviaires par les entrepreneurs en camionnage, malgré
une structure de coûts qui, chez les premiers, devient de plus en plus
avantageuse à mesure qu’augmente la longueur du trajet. Les fusions accroissent
l’aptitude des compagnies ferroviaires à effectuer le transport du début à la
fin (service assuré par un seul transporteur). Celles‑ci affirment
qu’elles obtiennent ainsi les avantages d’un réseau continental entièrement
intégré, et qu’elles évitent ainsi la contrainte « artificielle » que
constituerait une portée géographique limitée. Toute procédure de fusion future
forcera les intéressés à s’interroger sur la mesure dans laquelle des
arrangements moins draconiens que la fusion permettraient d’atteindre les mêmes
objectifs.[30]
D’autres
motifs de fusion sont souvent plus impérieux et suspects. Les fusions ont
suscité de l’opposition, étant donné que les dirigeants des compagnies
ferroviaires craignent d’être débordés par leurs concurrents. Et il est
difficile de déterminer avec précision si cela constitue une menace réelle. Les
conséquences de la non‑acquisition du UP par le SP après la fusion du
BNSF ont peut‑être été moins graves que celles qu’aurait eu
l’acquisition. Mais il n’y a aucun moyen réel de le prouver. Le NS s’est peut‑être
senti obligé de faire une guerre d’enchères ou de soumissions à la CSX pour
acquérir Conrail, mais il aurait peut‑être atteint les buts recherchés à
moindres frais en négociant des droits de circulation avec ladite CSX, ce qui
aurait épargné à ces deux transporteurs des dépenses inutiles se chiffrant en
milliards de dollars. Mais les antécédents à long terme en matière de fusions
de compagnies ferroviaires ont démontré à maintes reprises le rôle primordial
des fusions défensives ou réactives lors du processus de regroupement de
compagnies ferroviaires.
Les fusions
permettent par ailleurs d’atteindre deux objectifs importants de gestion
ferroviaire. Le premier, c’est qu’aux États‑Unis, les compagnies
ferroviaires ont pu se servir des fusions comme moyen d’abroger des conventions
collectives en vertu de ce qu’on appelle le pouvoir de « cramdown ».
Les syndicats font l’allégation suivante :
Après les transactions effectuées dans le
passé, les transporteurs ont subi les pressions des marchés financiers,
désireux de les amener à réaliser des économies immédiates et à réagir à la
chute du cours de leurs actions en réduisant leurs coûts; ils ont réagi en
mettant à pied des employés.[31]
À noter que
le secrétariat aux Transports des États‑Unis a fait écho à cette
évaluation en exhortant les intéressés à mettre fin au pouvoir d’effectuer un
« cramdown ». En outre, le rôle des marchés financiers est pris en
compte d’une autre façon lors du processus de fusion : la part du PIB
détenue par l’industrie du transport ferroviaire diminue depuis des décennies,
mais la croissance est essentielle pour courtiser les investisseurs. Le seul moyen
toujours efficace d’obtenir une compagnie ferroviaire de catégorie I est
d’en faire l’acquisition. Il est extrêmement rare qu’on arrive à faire croître
à l’interne une telle compagnie ferroviaire, et le résultat est mitigé. Les
tableaux 5 et 6 de la page suivante montrent la diminution du nombre de
compagnies ferroviaires de catégorie I dans l’est et dans l’ouest des
États‑Unis. Avec le temps, au fur et à mesure que le ratio de
concentration des quatre principales compagnies ferroviaires s’accroît, pour
atteindre éventuellement 100 p. 100 dans ces deux parties des États‑Unis,
il faut noter que les recettes d’exploitation desdites compagnies ferroviaires,
mesurées en dollars US constants de 1999, restent sensiblement les mêmes. Les
nouveaux « méga‑transporteurs » ne sont pas non plus
surdimensionnés par rapport à ceux qui les ont précédés. Les recettes
d’exploitation de Conrail pour 1980 ont dépassé en 1999 celles de tout
transporteur de l’Est, et dans l’Ouest, ce n’est qu’en 1995 que les recettes
d’un transporteur ont été plus élevées, en termes réels, que celles du BN en
1980. (Les compagnies ferroviaires SP et Santa Fe ont été respectivement le
deuxième et le troisième des plus gros transporteurs ferroviaires de l’Ouest au
chapitre des recettes d’exploitation en 1980, et la compagnie ferroviaire UP a
été la quatrième.)
Enfin, une
raison de fusionner des compagnies ferroviaires occasionnellement invoquée est
l’amélioration des services et de la capacité financière d’un transporteur
ferroviaire qui n’a pas les reins solides, en l’unissant à un autre qui les a.
L’expérience acquise avant l’adoption de la Staggers
Act en ce qui a trait aux fusions de compagnies ferroviaires dont la
situation était précaire a été assez insatisfaisante pour provoquer l’apport de
changements aux règles régissant les fusions, qui ont restreint énormément le
pouvoir réglementaire d’exiger qu’on tienne compte des compagnies ferroviaires
devenues incapables de soutenir la concurrence. Il n’en demeure pas moins que
la compagnie UP a invoqué avec succès le motif de fusion qui consiste à venir
en aide à une compagnie précaire lorsqu’elle a tenté d’acquérir le transporteur
ferroviaire SP. Sur les 1 300 déclarations d’appui des expéditeurs à
ce projet de fusion, un bon nombre ont fait état des problèmes posés par ce
transporteur pour justifier ladite fusion.[32]
Tableau
5
Compagnies
ferroviaires de catégorie I de l’est des États-Unis : Recettes
d’exploitation par ordre décroissant
et en
dollars constants US de 1999 (milliers)
|
Années : |
1980 |
1982 |
1983 |
1984 |
1985 |
1986 |
1987 |
1992 |
1998 |
1999 |
|||||||||||||||||||||
|
Ratios de concentration des quatre principales
compagnies ferroviaires : |
60,5 % |
59,7 % |
70,6 % |
86,1 % |
87,2 % |
95,0 % |
96,4 % |
97,8 % |
97,5 % |
100,0 % |
|
||||||||||||||||||||
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
Recettes des |
15 633 |
$ |
13 038 |
$ |
13 531 |
$ |
17 654 |
$ |
16 464 |
$ |
16 554 |
$ |
16 162 |
$ |
13 371 |
$ |
13 782 |
$ |
13 357 |
$ |
|
||||||||||
|
4 principales compagnies ferroviaires par
transporteur |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
1 |
7 231 |
$ |
5 626 |
$ |
4 745 |
$ |
5 305 |
$ |
5 005 |
$ |
6 450 |
$ |
6 402 |
$ |
5 088 |
$ |
5 031 |
$ |
6 260 |
$ |
|
||||||||||
|
2 |
3 115 |
$ |
2 841 |
$ |
3 877 |
$ |
5 021 |
$ |
4 608 |
$ |
4 739 |
$ |
4 608 |
$ |
4 334 |
$ |
4 285 |
$ |
6 074 |
$ |
|
||||||||||
|
3 |
2 966 |
$ |
2 622 |
$ |
2 514 |
$ |
4 152 |
$ |
3 865 |
$ |
4 398 |
$ |
4 394 |
$ |
3 681 |
$ |
3 805 |
$ |
671 |
$ |
|
||||||||||
|
4 |
2 321 |
$ |
1 948 |
$ |
2 395 |
$ |
3 176 |
$ |
2 986 |
$ |
968 |
$ |
758 |
$ |
628 |
$ |
661 |
$ |
352 |
$ |
|
||||||||||
|
5 |
2 025 |
$ |
1 805 |
$ |
1 489 |
$ |
1 443 |
$ |
1 287 |
$ |
460 |
$ |
425 |
$ |
303 |
$ |
348 |
$ |
|
|
|
||||||||||
|
6 |
1 851 |
$ |
1 703 |
$ |
1 441 |
$ |
516 |
$ |
501 |
$ |
173 |
$ |
180 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
7 |
1 805 |
$ |
1 472 |
$ |
1 371 |
$ |
189 |
$ |
172 |
$ |
123 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
8 |
1 799 |
$ |
1 465 |
$ |
356 |
$ |
186 |
$ |
169 |
$ |
144 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
9 |
679 |
$ |
674 |
$ |
186 |
$ |
184 |
$ |
160 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
10 |
370 |
$ |
386 |
$ |
170 |
$ |
136 |
$ |
124 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
11 |
219 |
$ |
196 |
$ |
164 |
$ |
122 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
12 |
215 |
$ |
181 |
$ |
142 |
$ |
76 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
13 |
209 |
$ |
165 |
$ |
108 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
14 |
209 |
$ |
150 |
$ |
101 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
15 |
186 |
$ |
146 |
$ |
68 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
16 |
176 |
$ |
142 |
$ |
36 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
17 |
171 |
$ |
134 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
18 |
159 |
$ |
112 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
|
19 |
141 |
$ |
77 |
$ |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||
Source : Association of American Railroads, U.S. Bureau of the Census
Tableau 6
Compagnies
ferroviaires de catégorie I de l’ouest des États-Unis : Recettes d’exploitation
par ordre décroissant
et en dollars constants US de 1999 (milliers)
|
Années : |
1980 |
1982 |
1985 |
1986 |
1988 |
1990 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
|
||||||||||||||||||||||||||||
|
Ratios de concentration des quatre principales
compagnies ferroviaires: |
66,2 % |
68,0 % |
69,1 % |
81,3 % |
84,5 % |
87,0 % |
89,1 % |
93,7 % |
97,4 % |
100,0 % |
100,0 % |
|
||||||||||||||||||||||||||||
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
||||||||||||||||||||||||||||
|
Recettes des |
18 466 |
$ |
15 723 |
$ |
14 811 |
$ |
16 179 |
$ |
17 386 |
$ |
16 923 |
$ |
17 236 |
$ |
18 907 |
$ |
19 503 |
$ |
19 818 |
$ |
20 164 |
$ |
|
|||||||||||||||||
|
4 principales compagnies ferroviaires par transporteur |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|||||||||||||||||
|
1 |
6 563 |
$ |
6 161 |
$ |
5 904 |
$ |
5 365 |
$ |
5 997 |
$ |
5 731 |
$ |
5 642 |
$ |
7 047 |
$ |
8 578 |
$ |
10 072 |
$ |
9 987 |
$ |
||||||||||||||||||
|
2 |
4 193 |
$ |
3 398 |
$ |
3 134 |
$ |
5 316 |
$ |
5 939 |
$ |
| |||||||||||||||||||||||||||||